Epttre aux Colossiens, IV
Trois allusions dans les épîtres de saint Paul éclairent de dermiers et touchants reflets la personne de l’évangéliste 1. Toutes sont pour rappeler la fidélité de saint: Luc; l’une mentionne expressément le dévouement professionnel. « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue » : ainsi est-il désigné dans l te aux Colossiens, et l’on sent vibrer dans cette épithète toute la tendresse reconnaissante de
l'Apôtre prisonnier. Luc sera jusqu’à la fin
l'ami des bons et surtout des mauvais jours.
captivité, l’horizon s’assombrit. Saint Paul, acquitté une première fois, est arrêté de nouveau par la police néronienne; des nuages menaçants s’amoncellent sur la tête du vieil Apôtre, la solitude grandit autour de lui :
Démas, par amour du siècle présent, a déserté
Après une éclaircie à l’issue de la première
Rome pour retourner à Thessalonique. « Luc
seul est avec moi », écrit Paul à Timothée.
Sur cette dernière phrase de l’Apôtre bientôt martyr, la figure de saint Luc s’évanouit aux yeux de l'historien, comme dans un mélancolique et tendre crépuscule.
À quelle époque de cette vie si généreusement dévouée au service de l’Église, saint
1. Epître aux Colossiens, IV, 14; à Philémon, 24; II à Timothée, IV, 11.
Es
Re
Luc a-t-il écrit son évangile? Nous ne pouvons la déterminer à coup sûr. Comme le remarquait déjà saint Jérôme, la fin de la pre- -mière captivité de saint Paul à Rome, en l’an 63 ou 64, semble bien convenir à la rédaction du livre des Actes. Si Luc avait composé son récit après la persécution de Néron, aurait-il gardé à l’autorité romaine cette sympathie que les Actes manifestent si nettement? Ecrivant après 70, n’aurait-1l pas, dans son histoire de l’Église naissante, laissé pressentir par quelque allusion la ruine de Jérusalem et du peuple juif? Dans les Actes, Luc n’a pasun mot qui fasse entrevoir cette catastrophe. Le troisième évangile a précédé les Actes, nous ne savons de combien. Si les Actes ont été écrits en 63-64, l’évangile ne peut être reporté après cette date. D’anciens prologues ano- . nymes, dont le prototype grec remonte au re siècle et peut-être même à la fin du se cond ?, en placent la composition en Achaïe.
De fait, rien ne s’oppose à ce que le troisième évangile, s’adressant à des Grecs, ait été composé en milieu grec, — sans exclure l’hypothèse de son achèvement à Rome,peu avant la rédaction définitive des Actes, qui elle-
MoAcies, I, 1.