‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 161 sur 177 · Jean, XIX · texte numérisé non relu

Jean, XIX

6. K. L. Schmidt, cité par L. de Grandmaison, op. CU, 1, D173:

272 L'ÉVANGILE ET LES ÉVANGILES hste l'abondance et la netteté des détails avec. certaines touches plus dramatiques, un don de psychologie plus profonde. Quel préam- LT bule plus pathétique au discours de la Cène, à

l’enseignement du commandement nouveau

de la charité, que l'acte de Jésus lavant le”

pieds de ses disciples et, parmi eux, de’ Judas 1! Plus d’un exégète incroyant l’a senti. «Cette scène, écrit l’un d’eux, est peut-être,;par. sa portée humaine, la plus belle de tous Les Évangiles 2.» Peu de pages de littérature ancienne égalent, pour la variété et la finesse des notations psychologiques, le récit de la guérison de l’aveugle-né. Tout est pris. sur. le vif : la suffisance hautaine des maîtres en 4 Israël à l'égard de quiconque n’a pas coïffé le bonnet de docteur, la timidité craintive des parents de l’'aveugle qui ne veulent pas avoir d’affaires avec les gens en place, Ce franchise du nuraculé, son vigoureux bon sens que relève une pointe d'humour. La simple lecture de ce récit fera sentir, mieux w que de longs développements, combien il et fantaisiste de concevoir son auteur comme un symboliste perdu en d’aériennes spéculations, loin de la terre solde de histoire.

1. Jean, XIII, 1-20, 2. :H. Pernot, Études sur la langue des Evangiles, Paris, 4927, p. 212.

(Ba ant [dans Jérusalem], Jésus vit un homme | aveugle de naissance. Et ses disciples l’interrogèrent, disant : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, qu’il

- soit né aveugle? » Jésus répondit : « Ni lui n’a péché -ni ses parents, mais les œuvres de Dieu doivent être mamfestéés en lui. Il nous faut accomplir les « œuvres de Celui qui m'a envoyé, tant qu'il fait jour; : vient la nuit où personne ne peut plus travailler. Tant » que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » | Ayant ainsi parlé, il JA à terre et fit de la boue avec sa salive et il enduisit de cette boue les yeux [de l’aveu- gle} et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé », {mot} qui signifie envoyé. Il y alla donc, se lava et s’en alla, voyant clair.

de 1 voisins donc et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant, car il était mendiant, disaient : « N'est-ce pas celui qui-était assis et qui Haniait? » Les uns disaient : : « C’est lui!» Les autres disaient : « Non pas, mais il lui ressemble. » Lui disait : « C’est moi ». Ils lui disaient : «Comment donc tes yeux ont-ils été ouverts? » Lui de répondre : « L'homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue et il m’a enduit les yeux et il m’a dit: Va à … Siloé et lave-toi; je m'en suis donc allé, je me suis lavé et j'ai recouvré b vue. » Et ils lui dirent : « Où est-il, . cet homme? » Il dit : « Je ne sais pas. »

On amène aux Pharisiens celui qui avait été aveugle. était en un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. Derechef donc les Pharisiens à à leur tour lui demandaiént comment il avait … recouvré la vue. I leur dit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux et je me suis lavé et je vois. » Quelques-uns des » Pharisiens disaient : « Cet homme n’est pas de Dieu, | puisqu Pil ne garde pas le sabbat, » D’autres disaient : Comment un homme pécheur pourrait-il faire de tels racles® » Et il y avait division parmi eux. Ils disent

donc de nouveau à l’aveugle : « Toi, qu'est-ce que tu dis de lui, qu’il t'a ouvert les yeux? » Lui dit : «C’est un prophète. » à 4 Les Juifs ne crurent donc point à son sujet qu'il eût été aveugle et qu'il eût recouvré la vue, jusqu’à ce qu'ils eussent fait appeler les parents de celui qui avait recou- : vré la vue et ils les interrogèrent, disant : « Est-ce ici votre fils, dont vous dites qu'il est né aveugle? Comment donc voit-il à présent? » Ses parents répondirent donc et dirent : « Nous savons que c’est bien là notre fils et qu'il est né aveugle; mais comment voit-il maintenant, nous ne le savons pas, ou qui lui a ouvert les yeux, nous l’ignorons. Interrogez-le; il a l’âge; il parlera pour soi. » Ses parents parlèrent ainsi, parce qu'ils craignaïent les Juifs, car déjà les Juifs étaient convenus que si, quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Messie, 1] serait exclu de la synagogue. C’est pourquoises parents dirent: « Il a l’âge, interrogez-le. » e Ils firent donc appeler une seconde fois l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu! Nous savons, nous, que cet homme est'un pécheur. » Lui donc répondit : « Si c’est un pécheur, je l’ignore; il ya une chose que je sais bien, c’est que j'étais aveugle et M qu’à présent je vois. » Ils lui dirent done : € Qu'est-ce 4 qu’il t’a fait? Comment L’a-t-1l ouvert les yeux?» Il leur. répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre à nouveau? Est-ce que vous aussi vous voulez devenirses disciples?» Et ils l’injurièrent et dirent : « C’est toi qui es son disciple! pour nous, nous sommes disciples de Moïse; nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais celui-là, nous ne savons d’où il est. » L'homme répondit et leur dit : (C’est cela certes qui est étonnant, que vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux. Nous savons : que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un

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est pieux et fait sa volonté, c’est celui-là qu'il écoute, à Depuis que le monde est monde, on n’a pas entendu diré que quelqu'un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. * Si cet homme n’était de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Is répondirent et lui dirent : (Tues né tout entier dans. es péchés, et tu nous fais la leçon? » Et ils le chassèrent dehors.

… Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé dehors et l'ayant . trouvé, il Jui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme? » Il répondit et dit ;: « Et qui est-ce, Seigneur, pour que je , croie en lui? » Jésus lui dit : « Et tu le vois et celui qui te » parle, c’est lui. » Il dit : « Je crois, Seigneur »; et il se . prosterna devant lui. »

À Nous avons tenu à citer en son entier ce

- récit de miracle, parce qu’il est très caracté- -ristique de la manière johannique. Le propre de là vérité chrétienne étant d’être incarnée, saint Jean voit dans les événements de la vie du Christ des «signes », tout à la fois arguments et symboles des prérogatives nv que Jésus s’attribue : « Je suis la lumière du monde », et il rend la vue à | laveugle; «je suis la résurrection et la vie », et il ressuscite Lazare. Mais cette valeur de Msigne, attachée au phénomène, n’est pas un motif de le mésestimer dans ce qu'il a de | visible et de matériel. On peut même dire * hardiment, à moins de nier gratuitement - la loyauté de l’auteur, qu'il n’en sera que plus attaché au solide et au positif de l’his-

ss

parce qu 1 lui donné sa valeui di signe,

Péstime qu'il en fait, est la même qu’il por tera à la chose ete Le surfaire, Vexa gérer, le déformer, c’est abaisser la vérité

divine, comme si elle était indigente d’arguments et dépourvue de titres valables. Si quelqu'un aime vraiment cette vérité, il.

aimera du même amour probe et honnête l'argument, miracle et discours, qui la porte et ” déclare. Personne n’a exprimé plus. fortement que saint Jean cet amour de la pure lumière, et l'insistance avec laquelleil sedonne dbine de témoin véritable, celui qui a vu de 4 ses yeux, entendu de ses oreilles et touché de ses mains le Verbe de vie, prouve qu'il a compris l'importance des formes matérielles et visibles par où s’est exprimée la vérité dogmatique. À elle seule la chair ne sert de rien, caro non prodest quicquam, mais parce qu ’elle est le vase d’albâtre qui contient la. manne de la divinité, qui la laisse entrevoir sans en dévoiler le mystère, elle est infini ment précieuse : « Dieu, personne ne Va ja mais vu : un Dieu fils unique, ne est dans le sein du Père, lui-même a parlé.

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