CHAPITRE CLI1I
adoptée généralement pour couvrir le Crucifié. 11 semble que le peintre, après avoir tracé ainsi son esquisse, ait changé d’idée et préféré peindre le colobium en violet dans toute sa hauteur. v< L’artiste syrien avait placé la sainte Vierge et saint Jean l’un à côté de l’autre, à la droite du Christ. Le peintre byzantin met la Vierge à droite et saint Jean à gauche, disposition qui a prévalu dans la suite des temps '. »
Lors des fouilles faites en 1863 à Saint- Clément, à Rome, on découvrit, entre autres peintures, un crucifix peint entre la sainte Vierge et saint Jean 2 , les pieds séparés et posés sur un suppedaneum 3 *. La jupe qui entoure les reins est très-courte. Cet exemple est sans doute un des plus vieux, qu’on puisse trouver à Rome, de ce sujet dont l’avénement intéresse également l’histoire de l’art et l’histoire du culte. Bien que la Passion apparaisse dès le vi° siècle , et prenne place dans le sanctuaire au vin0, nous ne pensons pas qu’on puisse la faire remonter d’une manière définitive au delà du xc au xie. La peinture de Saint- Clément est évi demment inférieure aux mosaïques de Rome des époques précédentes. La tète de Notre-Seigneur paraît celle d’un mort; et nous savons que cette modification fut introduite en Occident par les moines grecs, au commencement du xe siècle b
Xb SIÈCLE
Le psaume Exultet conservé à Rome à la bibliothèque de la Minerve5, et attribuée au xiu siècle, offre deux scènes très -intéressantes du crucifiement. Dans l’une, Notre-Seigneur attaché à la croix par quatre clous, entre la sainte Vierge et saint Jean. Au-dessus, le soleil et la lune. Ce sujet diffère si peu de celui de la porte de Saint-Paul , que nous avons cru ne pas devoir le reproduire. Dans l’autre sujet de l 'exultet, on voit seulement Notre-Seigneur sur la croix, et les deux soldats avec la lance et l’éponge G.
La 'porte de Saint-Paul 7 a été figurée d’après d’Agincourt.
Une des fresques de Sant-Urbano, malheu-
i Labarte, p. 38. —2 PI. LXXXVIII, fig. 2. — * Instr.
delà Pass., p. 166. — r‘ Hémans. p. 55. — '•> PI. LXXXVIII,
fig. 3. — G Nous avons été obligé d’en réduire l’échelle.
Dans l’original, le crucifix avec la croix a cent cinquante-
cinq millimètres de hauteur. — " PL LXXXVIII, fig. 4.
reusement repeinte, montre le crucifiement dans les mêmes conditions que nous venons de voir1. Ici la scène est plus complète , et comprend les trois croix, la sainte Vierge, saint Jean, les deux soldats, au-dessus desquels sont écrits leurs noms LONGIN. CALPVRN. en lettres blanches sur fond bleu. Deux anges planent audessus des bras de la croix. Le titre porte cette simple inscription IN RI. Les larrons ne sont point cloués à leurs croix, mais seulement attachés avec des cordes. Un homme et une femme, au pied de la croix , présentent des linges , probablement pour recevoir le sang qui coule des plaies sacrées.
Une inscription sous la croix indique le siècle où la peinture a été faite :
BONIZ ZOFRT AXRI MXI
c’est-à-dire tout au commencement du xie siècle. Cette inscription a été mise en doute; mais nous croyons l’avoir réhabilitée au sujet de l’Annonciation.
Un manuscrit grec (ms. 27) du xie siècle , entré à la bibliothèque du Roi en 1753, et dont nous avons déjà parlé au ch. lxi, contient des miniatures en très-petit nombre, et touchées de main de maître : une d’elles présente le Crucifiement2 comme nous ne l’avons rencontré nulle part ailleurs. La croix vient d’être dressée avec son divin fardeau. Deux hommes tiennent encore les cordes ou haubans qui ont servi à l’exaltation. Un troisième touche à la main droite du Sauveur. Ce point est effacé dans la miniature, de sorte qu’on ne peut voir s’il tient un marteau , ce qui cependant est probable.
Le Crucifiement à Saint-More3 ne peut donner lieu à beaucoup d’observations. Les détails gravés au-dessous de l'ensemble vaudront mieux qu’une description. Six anges , à mi-corps, volent au-dessus des bras de la croix. On remarquera que le Christ a les yeux fermés. Le centurion, dans le groupe qui est derrière saint Jean , lève la main , en signe d’admiration , il croit à la divinité du Crucifié.
Une tête de mort et deux os figurés au pied de la croix. C’est le crâne d’Adam que l’on représente quelquefois ici dans une petite grotte.
i PL LXXX1X , fig. I. — 2 Ibid., fig. 2. — 3 PL XC.
LE PORTEMENT DE CROIX. — LE CRUCIFIEMENT
Si le défaut de monuments à l’époque primitive nous empêche de former, pour le crucifiement, une chaîne non interrompue d’images depuis le Calvaire jusqu’à nos jours, nous devons cependant ajouter ici cette observation, c’est que les peintres paraissent s’être appliqués de plus en plus à représenter la réalité de l’Évangile. Il semble que les hommes, à mesure qu’on s’éloignait de cette scène terrible et salutaire, craignaient d’en perdre la mémoire, et qu’ils essayaient, par la fidélité de leurs peintures, d’en fixer éternellement le souvenir parmi eux.
Les fidèles des catacombes, si remplis de foi, avaient sons cesse la Passion présente au cœur
et à l’esprit; une simple image, un symbole, un signe suffisait à les entretenir de ce mystère de la charité divine. Le sacrifice interrompu d’Abraham, Daniel dans la fosse aux lions, les jeunes gens dans la fournaise, suffisaient à ces âmes délicates. Plus tard, les malheurs épouvantables qui fondirent sur l’humanité, et qui contribuèrent à émousser sa sensibilité, la diffusion de la foi qui n’en fit plus seulement l’apanage des cœurs d’élite, engagèrent l’Église à agir plus fortement sur les sens. Mais il y a une distance infinie entre ses vues et le naturalisme envahissant les scènes bibliques, qui, si nous en exceptons l’oasis céleste des fresques de fra Angelico. n’a fait que croître jusqu’à nos jours.