‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 77 sur 359 · LA SCÈNE DU JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

LA SCÈNE DU JUGEMENT DERNIER

(M', xxv, 31-46. — Évangile du mardi de la première semaine de Carême.)

Après avoir montré avec quelle vigilance et par quelles dispositions ses disciples devaient se préparer à son dernier avènement, Jésus termine son discours par la description de la scène finale qui doit clore ce dernier avènement, par le tableau grandiose du dernier jugement dont il nous fait connaître, sous une forme dramatique, les principales circonstances.

1) La descente du Souverain Juge. — « Alors, le Fils de l'homme, » qui, dans son premier avènement, avait apparu sur la terre dans un état d'humiliation et d'abaissement, « descendra » du ciel « dans sa majesté, » dans tout l'éclat de sa gloire divine, avec la pompe et la splendeur qui convient au Fils unique de Dieu, au Roi de l'univers, au Juge suprême des vivants et des morts, « arec tous ses anges, » environné de l'armée innombrable des esprits célestes, comme un puissant monarque entouré de ses ministres et de ses courtisans. « Alors il siégera, » comme il convient au Souverain Juge et au Roi de l'univers, « sur un trône glorieux » et resplendissant, formé par une nuée lumineuse.

2) La séparation des ions et des méchants. — « Et toutes les nations, » sorties de la poussière du tombeau, convoquées par le son retentissant de la trompette, « seront rassemblées devant lui; » tous ceux qui ont vécu sur la terre, depuis le commencement du monde, grands et petits, riches et pauvres, justes et pécheurs, chrétiens et infidèles, s'y trouveront; « et il séparera les uns d'arec les autres, avec la même facilité

Mt. XXV. 31. Cùm autem vcnorit Filins hominis in majostate suâ, et omnes angeli cum co, tune sedebit super sedem majestatis suae, — 32. Et congregabuntur ante cum omnes gentes; et separabit eos ab invicem,

Dehaut. L'Evang.— T. IV 6

que « le herger, » le soir, avant de rentrer son troupeau dans la bergerie, « sépare les brebis d'avec les boucs; » et il placera « tes brebis; » les justes, qui ont l'innocence, la douceur, la simplicité des brebis, il les placera, dis-je, « a sa doite, » à la place la plus honorable, à la place réservée aux élus ; « et les boucs, » les méchants, les pécheurs rebelles, indociles, vicieux, dont le bouc est le symbole, seront rejetés « a sa gauche, » au lieu réservé, dans les tribunaux des Juifs pour les condamnés.

La sentence. — Jésus-Christ, dramatisant son récit, fait parler le Souverain Juge, exposant, dans un cas spécial, choisi comme modèle pour tous les autres, (et qui, au fond, renferme tous les autres, puisque la loi entière est comprise dans le commandement de l'amour de Dieu et du prochain), les motifs de son jugement. « Alors, le Roi » messianique, « dira aux hommes, » aux justes, aux élus, « placés à sa droite : Venez, votes qui êtes les bénis de mon Père », vous que mon Père céleste à comblés de toutes ses faveurs et de toutes ses bénédictions, qu'il a choisis, de toute éternité, pour être les héritiers des bénédictions promises aux vrais enfants d'Abraham, (Gai.,, m, 14); « venez prendre possession du royaume céleste, » du séjour de gloire et d'éternelle félicité réservé aux élus, et qui a été « préparé pour vous, dès l'origine du monde. » Car, vous avez mérité cette magnifique récompense, vous avez accompli le grand commandement de la loi, vous avez aimé mon Père et moi-même, qui suis votre Dieu, et vous avez aimé votre prochain par amour pour moi; et vous ne vous êtes pas contentés d'avoir ces sentiments dans votre cœur, vous les avez manifestés par vos oeuvres; vous m'avez aimé, assisté, dans la personne des délaissés et des pauvres; « j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans asile,

sicut pastor segrigat oves ad hœdis; — 33. Et statuet oves quideui à dextris suis, haedos autem à sinistris. — 34. Tune dicot rex his qui à dextris ejus erunt : Venite, benedicti Patris mei; possidete paratum vobis regnum à constitutione mundi. — 35. Esurivi enim, et dedistis mihi manducare; sitivi, et dedistis mihi bibere; hospes eram,

M*, xxv. 31-46. — <5 CIX. scène du jugement dernier. 87

et vous m'avez recueilli ; j'étais malade, et voies m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venu à moi, » pour me consoler. « Et les justes répondront : » Que ditesvous, Seigneur? Gomment aurions-nous pu, malgré tout notre désir de le faire, vous assister dans la nécessité, nous qui n'avons pas eu le bonheur de jouir de votre présence corporelle sur la terre? « Quand est-ce » donc « que nous vous avons vu souffrant la faim, et que nous vous avons nourri; souffrant la soif, et que nous vous avons désaltéré; sans asile, et que nous vous avons, recueilli', nu, et que nous vous avons vêtu? et quand est-ce que nous vous avons vu malade et en prison, et que nous sommes vernis à vous? » Gomment donc pouvez-vous récompenser si magnifiquement le peu de bien que nous avons fait, et quelle proportion y a-t-il entre ce mérite et la récompense? « Et le Roi, » le souverain Juge, « leur répondra: En vérité, je vousle dis, cliaque fois que vous avez fait l'une de ces œuvres de miséricorde à l'un des plus petits d'entre mes frères, vous me l'avez fait à moi-même. »

« Alors, il dira également à ceux qui sont à sa gauche, » aux méchants et aux réprouvés : « Retirezvous de moi, maudits (a), et allez au feu éternel, qui avait été préparé, » non pour vous, car il ne tenait qu'à vous d'obtenir l'éternelle félicité des élus, et c'est bien votre faute, si vous avez rendu inutiles tous les moyens du salut que vous aviez entre les mains, « mais pour le

et collegistis me; — 36. Nudus, et cooperuistis me; infirmus, et visitaslis me ; in carcere eram, et venistis ad me. — 37. Tune respondebunt ei justi, dicentes : Domine, quando te vidimus esuriehtem5 et pavimus te : sitientem, et dedimus tibi potum? — 38. Quando autem te vidimus hospitem, et collegiinus te ; aut nudum et cooperuimus te? — 39. Aut quando te vidimus infirmum, aut in carcere, etvenimus ad te? — 40. Et respondens rex, dicet illis : Amen dico vobis, quamdiù feeistis uni ex lus i'ratribus meis minimis, mini fecistis. — 44 Tune dicet et his, qui a sinistris erunt : Discedite a me, maledicti, in ignem œternum, qui paratus est diabolo, et angelis cjus.

(o) Jésus-Christ ne dit pas « maudits de mon Père, » comme il avait dit : « les bénin de mon Père, » parce que la réprobation est l'œuvré même des réprouvés. la suite nécessaire des péchés librement commis; et puis un pire, en tant que père, bénit, mais ne maudit pas.

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démon et ses anges. » vous avez imité leur perversité, partagez leur châtiment. Et c'est avec justice que vous êtes condamnés, « car, » vous n'avez jamais aimé Dieu ni votre prochain; vous n'avez aimé que vous-mêmes. «J'aieu faim, et vous nem'avez pas donné àmanger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à loir e\ j'étais sans asile, et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; prisonnier, malade, et vous ne m'avez pas visité. Et ils répondront, eux aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu souffrant la faim ou la soif, ou sans asile, ou nu, malade, ou en prison, et avons-nous manqué de vous assister? Et le Roi répliquera : Je vous le dis eu vérité, chaque fois que vous avez refusé » l'un de ces services « à l'un des j)l us petits d'entre ceux-ci, vous me l'avez refusé à moi-même. » L'amour du prochain et l'amour de Dieu sont inséparables et ne forment qu'un même amour, n'ont qu'un même principe : celui qui n'aime pas ses frères n'aime pas Dieu. Ce dialogue du souverain Juge avec les élus et les réprouvés doit être regardé comme une scène particulière du drame général, laquelle concerne spécialement les chrétiens, et ne peut s'appliquer qu'à eux, car, l'allocution du Juge et la réponse des élus et des réprouvés suppose la foi en Jésus-Christ de la part de ceux auxquels elle s'adresse.

4) L'exécution de la sentence. — A peine le Souverain Juge aura-t-il prononcé la sentence, qu'à l'instant même, elle aura son exécution. « Et ceux-ci, » ceux qui sont à gauche, « iront à l'éternel supplice, seront inévitablement précipités dans le feu qui ne s'éteindra jamais; » les justes, » au contraire, s'élèveront glorieux, et entreront dans la vie éternelle. »

42. Esurivi enim, et non dedistis mihi manducare, sitivi, et non dedistis mihi potum; — 43. Hospes eram, et non collegistis me : nudus, et non cooperuistis me; inflrmus, et in çarcere, et non visitastis me. — 44. Tune respondebunt ei ipsi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, aut sitientem, aut inhospitom, aut nudum, aut infirmum, aut in carcere, et non ministravimus tibi? — 45. Tune respondebit illlis, dicens : Amen dico vobis : Quamdiù non fecistis uni de minorions his, nec mihi fecistis. — 46. Et ibunt hi in supplicium eeternum ; justi autem in vitam eeternam.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

M'. 31. « Alors le Fils de V homme descendra dans la splendeur de sa majesté, environné de ses anges, et il s'asseoira sur le trône de sa gloire. » — Quelle différence entre ce second avènement de Jésus-Christ et le premier ; Dans le premier, il s'est montré aux hommes dans la faiblesse de l'enfance, dans la pauvreté et l'indigence, se dérobant par la fuite aux émissaires d'un tyran sanguinaire, etc.. Alors il descendra, environné de gloire et de majesté, comme le Roi de l'univers. — Dans le premier, il est venu sur la terre plein de bonté et de miséricorde, toujours prêt à pardonner, comme le bon pasteur qui court après les brebis égarées..; Alors, il demandera compte aux pécheurs de l'abus qu'ils auront fait des grâces de la rédemption ; le temps de la miséricorde sera passé pour faire place à celui de la justice rigoureuse.

v. 32, 33. « Et toutes les nations étant rassemblées devant lui, il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs. » — Cette séparation sera précédée de la manifestation des consciences, et en sera le résultat. « Et je vis, dit S. Jean dans son Apoc, (xx, 12, 139,) les morts grands et petits debout devant le trône, et les livres furent ouverts ; et chacun fut jugé selon ses oeuvres. » Chaque conscience deviendra en quelque sorte transparente, et on y lira, comme dans un livre ouvert, tout ce que chacun aura fait de bien ou de mal. — Nous serions effrayés du compte d'un seul jour, nous ne pourrions en supporter la vue, si Dieu nous manifestait tout-à-coup toutes les misères de notre conscience ; « ïllic reptilia quorum non est numerus. » Que sera-ce donc du compte de toute la vie? Quelle confusion et quelle honte pour les pécheurs ; Que deviendrontils, si les justes sont à peine sauvés. (1. Pelv. iv. 18.)

Quantus tremor est futurus, Quando Judex est venturus Cuncta stricte discussurus.

Liber scriptus proferctur, In quo totum continetur, Undè mundus judicetur.

Judex ergo cùm sedebit, Quidquid latet apparebit; Nil inultum remanebit.

Quid sum, miser, tùnc dicturus?

Qucm patronum rogaturus, Cùm vix Justus sit securus?

v. 33. « Et il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche. » — Séparation dernière, irrévocable. — Nul égard pour la naissance, les dignités, la richesse. — Pour le réprouvé, tous les liens de la nature seront brisés. Pour lui, plus de pitié, plus de compassion, plus d'amour. — De quel côté serons-nous? C'est à notre conscience à nous répondre.

v. 34. « Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » — Paroles douces et consolantes, puissantes et efficaces, qui attirent les élus à Dieu, et les mettent en possession de Dieu. — Un père abandonne à ses enfants tout ce qu'il possède. Vous êtes les enfants bienaimés du Père céleste. Il vous laisse en héritage toutes les joies du paradis, la possession du Bien infini, tout le bonheur qu'un Dieu peut faire goûter à sa créature..., et cela pour l'éternité! Animés d'une telle espérance, quels obstacles pourraient nous arrêter clans la voie qui conduit au ciel ? Le bonheur des élus est la fin de la création.

v. 35. « Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné cl boire, etc. » — La foi nous fait voir dans notre prochain l'enfant de Dieu, le frère de Jésus- Christ. — C'est J.-C. qui doit être le but, le mobile de toutes nos actions, comme il doit en être la récompense. — J.-C. parcourt encore la terre incognito, et implore notre pitié dans la personne du pauvre misérable. Nous ne manquons pas d'occasion de lui prouver notre amour. — Que celui-là ne prétende pas à l'amour de J.-C. qui n'a pour le prochain que dureté, froideur et indifférence.

v. 37. « Alors les justes lui répondirent : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné ce manger% » — A l'amour de Dieu et du prochain, à l'esprit de dévouement et de sacrifice, se joint clans le juste l'humilité qui lui dérobe le mérite de ses œuvres, et ne lui fait voir que son indignité.

v. 41 . « S' adressant ensuite à ceux qui sont à gauche, il dira : Allez maudits, etc. — Mystère redoutable de la justice divine, non moins infinie que sa miséricorde et son amour.

v. 42. « Car j'ai eu faim, et vous ne m' avez pas donné à manger, etc. » — La passion de J.-C, dit S. Léon-le-Grand, doit se prolonger jusqu'à la fin du monde, et de même qu'il est glorifié, aimé, nourri et vêtu clans les saints, il soufi're dans la personne de ceux qui sont persécutés pour la justice. — Pour être réprouvé, il n'est pas nécessaire de commettre de grands crimes ; il suffit de n'avoir pas l'amour de Dieu et du prochain, il suffit d'omettre le bien qu'on doit faire. « Celui qui sait le bien qu'il doit faire et

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qui ne le fait pas, est coupable de péché. » (Jac. iv, 17.) — C'est une bien mauvaise marcpie, quand J.-C est un étranger pour nous, quand il n'entre pour rien dans nos actions, quand il nous manque l'œil de la foi pour reconnaître J.-C. dans nos frères.

v. 46. » Et ceux-ci s'en iront à V éternel supplice, et les justes à la vie éternelle. » — Terrible altertative qui nous attend tous.

— Pensons-y sérieusement, tandis que notre sort est encore entre nos mains.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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