B. PREMIÈRE PARTIE : — QUELS SONT LES PASTEURS LÉGITIMES
Dans la première partie, qui est comme l'introduction aux deux suivantes, Jésus-Christ fait connaître quels sont, dans la nouvelle Eglise, dans le nouveau royaume messianique qu'il vient fonder, les Pasteurs légitimes, et en quoi ils se distinguent des Pasteurs illégitimes.
Quelques explications sont nécessaires pour bien comprendre cette parabole tirée de la vie pastorale, telle qu'elle avait lieu alors chez les Juifs. — Les pasteurs, afin de défendre leur troupeau contre les agressions des voleurs et des bêtes fauves, des chacals et des panthères, qui n'étaient pas rares dans la terre sainte, le renfermaient la nuit dans une sorte de parc, entouré de murs peu élevés, ou de treillages en bois, et muni d'une porte où l'on plaçait en sentinelle, pour faire la garde, un serviteur armé. Les maîtres du troupeau passaient la nuit avec leur famille dans des tentes, en dehors du parc ; le matin, ils entraient dans le parc par la porte, que le
nunc verb dicitis : Quia videmus. Peccatum vestruni nianet.
gardien leur ouvrait, appelaient le troupeau et le conduisaient au pâturage.
Jésus-Christ enseigne en premier lieu quels sont les pasteurs légitimes etillégitimes. Ils se distinguent d'abord par la manière dont ils entrent, dont ils pénètrent dans le bercail. « En vérité, en 'vérité je vous le dis, celui qui n'entreras dans le bercail par la porte, » en vertu d'une mission légitime, « mais qui y monte par ailleurs, » qui franchit et escalade les murs, pour y pénétrer furtivement, « celui-là » n'est point un pasteur légitime, « c'est un voleur et un larron » qui ne s'introduit clans le bercail que pour la ruine et la perte du troupeau. « Mais celui qui entre par la porte, » non comme les Princes des prêtres, par la brigue et la faveur, mais en vertu d'une mission légitime, celui-là est véritablement « le pasteur des bréms. » — Ils diffèrent, en second lieu, par le fruit de leur ministère, abondant chez les uns, stérile chez les autres. « A celui-ci, » au pasteur légitime, « le portier, » le Saint-Esprit, protecteur de l'Eglise, en dirigeant les premiers pasteurs (S. Cyril. Alex., i, 1), « ouvre » les portes du bercail, « et les Irëbis entendent sa voix, » reconnaissent en lui le véritable pasteur, « et ■il appelle ses propres h redis par leur nom et les fait sortir (a), » pour les conduire au pâturage; il distribue aux fidèles la nourriture spirituelle dont ils ont besoin; et « lorsqu'il a fait sortir ses brebis qui sont à lui, » qui lui sonfconfiées par Dieu lui-même, « il marche devant elles » dans les voies du salut, il leur donne l'exemple d'une vie chrétienne, ce et ses brebis le suivent » avec confiance, « parce qu'elles connaissent sa voix. Mais, loin de suivre l'étranger, » l'intrus, le faux pasteur, « elles
J. X. 1 . Amen, amen dico vobis : qui non intrat per oslium in ovilc ovium, sed ascendit aliundè, ille fur est et latro. — 2. Qui autem intrat per ostium, pastor est ovium. — 3. Huic ostiarius aperit, et oves vocem ejus audiunt ; et propria? oves vocat nominatim, et educit eas. — 4. Et eùm proprias oves eunserit, antô eas vadit; et oves illum sequuntur, quia sciunt vocem ejus. — 5. Alienum autem non sequuntur,
(a) Dans chaque troupeau, dit Aristote, hist. anim., VI, 19, on instruit un bélier à marcher à la tète des brebis, et à sortir, dès que le berger l'appelle par son nom.