‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 182 sur 419 · PARABOLE DU BON SAMARITAIN · texte numérisé non relu

PARABOLE DU BON SAMARITAIN

(L. x., 25-37. — Evangile du 42e dimanche après la Pentecôte).

« Siir ces entrefaites, un docteur de la loi, » de la secte pharisaïque, puisqu'il croyait à la vie éternelle, « se levant » de son siège où il écoutait, assis dans le temple ou dans une synagogue, les instructions de Jésus-Christ, sachant qu'il n'avait pas fréquenté les écoles publiques, voulut « éprouver » sa science dans les écritures. « Maître, » lui dit-il, « que dois-je faire pour posséder la vie éternelle? » Voilà une grave question. Il se disait sans doute à lui-même. : voyons ce que va répondre ce nouveau docteur. S'il ne nous dit rien autre chose que ce qui se trouve dans la loi mosaïque, celle-ci suffit donc, et nous n'avons que faire de ses enseignements. S'il dit quelque chose de nouveau, nous l'accuserons comme un détracteur de la loi.

« Jésus, » qui pénétrait les pensées artificieuses de cet hypocrite, au lieu de lui donner une réponse précise et directe, dirigea l'entretien de manière à forcer le docteur à donner lui-même la réponse qu'il demandait. Mais c'est à vous, lui répliqua-t-il, qui êtes docteur en Israël, qui étudiez la loi et l'expliquez au peuple, à

25. Et ecce quidam legisperitus surrexit tentans illum, et dicens : Magister, quid faciendo vitameeternam possidebo?— 26. Atille dixit ad eum :

h. x. 25-37. — § LXXXII. parabole du bon samaritain. 257

nous dire ce qu'elle enseigne : « Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi » sur la question que vous me proposez? « Qu'y lisez-vous? » — « Celui-ci répondit : » Voici ce qui est écrit dans la loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces, et ton prochain comme toi-même (a). » La première partie de ce précepte se trouve, vi, k, du Deutér., et la 2e, xix, 18, du Lévitique; ces mots, « de tout ton esprit, » ne se trouvent pas dans l'hébreu. Ces paroles signifient que nous devons aimer Dieu d'un amour souverain, et lui consacrer toutes les pensées, toutes les affections, toutes les forces de notre âme, .et aimer le prochain pour lui et à cause de lui. Le docteur, du reste, ne pouvait ignorer ce passage du Deutéronome connu de tous les Juifs, qu'ils avaient coutume de réciter deux fois chaque jour dans leurs prières, et d'inscrire sur leurs phylactères, morceaux de parchemin qu'ils s'appliquaient sur le front et sur le bras gauche.

« Jésus lui répondit » avec une douce ironie, qui avait pour but d'engager le docteur à faire un retour sur luimême : « Vous avez parfaitement répondu : » je vois bien que ce n'est pas la science qui vous manque; il ne vous reste plus qu'à y joindre la pratique ; « faites ce que vous venez de dire, et vous vivrez, » vous obtiendrez la vie éternelle à laquelle vous désirez parvenir, puisque vous demandez le chemin qui y conduit.

In legc quid scriptum est? quomodb legis? — 27. Me respondens dixit : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et ex totâ anima tuâ, et ex omnibus viribus tuis, et ex omni mente tuâ, et proximum tuum sicut te ipsum. — 28. Dixitque illi : Rectè respondisti; hoc fac, et vives.

(o) Les rabbins racontent qu'un paysan vint trouver Schaminai, et lui dit : Je me ferai prosélyte, niais à la condition que tu m'apprendras tout le contenu de la loi, pendant le temps que je pourrai me tenir sur un pied. Schaminai. sans lui répondre, le mit à la porte. Il alla trouver Hillel, qui lui répondit, avec sa douceur ordinaire, par les paroles de Tobie à son fils, paroles dont l'empereur Alexandre Sévère avait t'ait la rèyle de sa vie : Fats aux mitres ce que tu veux que les autres te fassent. Le docteur pharisien tit à Jésus à peu près la même question, afin de pouvoir l'accuser, s'il répondait de la même manière, de ne * faire que répéter ce qu'avaient dit avant lui leurs docteurs, comme les .luifs prétendent encore aujourd'hui qu'il l'a fait en cette circonstance. (Sepp, n. 51).

Le docteur se trouva confondu; mais « voulant se justifier, » voulant montrer qu'il n'avait pas proposé une question oisive et aussi facile à résoudre que sa propre réponse semblait l'indiquer, mais que cette question avait réellement son importance et sa difficulté, « il lui dit : Et qui est mon prochain? » selon vous, que faut-il précisément entendre par ce mot? — Les docteurs juifs ne s'accordaient pas sur l'étendue qu'il fallait donner à la loi qui ordonne d'aimer le prochain, et sur le sens de ce dernier mot. La plupart, les Pharisiens,, par exemple, ne regardaient comme leur prochain que celui qui faisait partie de la nation juive; quant aux étrangers, aux païens, aux Samaritains, ils croyaient ne leur devoir que la haine ou tout au plus l'indifférence V). Jésus-Christ, au lieu de donner une définition froide et scolastique de ce mot, le prochain, a recours à une parabole touchante qui met la charité fraternelle en action, et qui force le docteur lui-même à conclure que le commandement qui nous oblige d'aimer le prochain doit s'étendre sur tous les hommes et ne souffre aucune exclusion.

« Un homme, dit-il, » un Juif très-probablement, « qui descendait de Jérusalem a Jéricho, » parcourait à travers l'affreux désert de la Quarantaine, cette route mal famée, entrecoupée de gorges, de vallées séparées par des collines, bordée de précipices, de cavernes,

29. Ille autem volens justificare seipsum" dixit ad Jesum : Et quis est meus proximus? — 30. Suscipiens autem Jésus, dixit : Homo quidam descendebat ao Jérusalem in Jéricho,

(b) Gentiles verà , ac si de morte periclitantur , non libérant eos. Exempli

gratiâ, si quem horum in mare cadentem conspexerit, ne eripiat eum. Nam scriptum est : Non insurges in sanguinem proximi tui; at talis non est proximus tuus. » (Maim. Arncli.) — Bien plus, d'après le commentaire de Maimonide, c'était un mérite de tuer des hérétiques ou des apostats; et c'était, au contraire, un péché d'avoir pitié d'eux, et de leur sauver la vie, parce que l'on faisait alliance, de cette manière, avec les impies. — « Hœreticos..., kl est Israetilas idolatricos et (lagilia perpétrantes, aut qui legem et prophetas negant, tenctur quis occidere, si polest ; licet cuivis ense audacter interficere • si id non potest, insidias struat, donec pereat. Si videril quemvis ex eis, aut ex paganis et Samaritanis, in puteo jacenlem, ubi scala prias fuerat, eam tôlière licet, etc. » — Encore aujourd'hui, lorsqu'un Juif se permet de louer un chrétien, on lui répond par cet amien proverbe : « Tue le meilleur des goïm, » c'est-à-dire des étrangers

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habituellement exposée aux incursions des voleurs, où se trouvait ce qu'on appelait la Dallée du sang, le champ du meurtre. « Il y rencontra des voleurs qui le dépouillèrent » de tout ce qu'il possédait, « le blessèrent et s'enfuirent, le laissant à demi-mort » et nageant dans son sang. « Or, il arriva qu'un prêtre» qui, sans doute, revenait de Jérusalem, où il venait de remplir ses fonctions sacerdotales, et retournait à Jéricho, sa résidence habituelle (c), « descendait par le même chemin; il vit » le blessé, éprouva sans doute, à sa vue, quelque mouvement de pitié, mais... la route n'était pas sûre, ce qu'il voyait ne le prouvait que trop...; il n'était pas prudent de s'arrêter...; et puis, qui sait, si ce malheureux n'est pas un Samaritain, un pécheur justement réprouvé de Dieu ?... Bref, il se contenta de le plaindre, peut-être même de le recommander à Dieu, et... « il passa outre. » Quelque temps après, « un lévite, » que sa vocation obligeait également à donner l'exemple de la charité, « traversant le même cliemin, le vit, » arrêta un instant ses regards sur ce spectacle déchirant; mais, insensible aux cris, aux gémissements plaintifs, au désespoir de ce pauvre abandonné, lui aussi, comme le premier, « il passa outre. »

Le malheureux blessé avait perdu tout espoir, lorsque tout à coup « vint à passer près de lui » un troisième « voyageur : » c'était un « Samaritain, » un

et incidit in latrones, qui etiam despoliaverunt eum ; et plagis imposais, abierunt semivivo relicto. — 31. Accidit autem ut sacerdos quidam desccnderet câdem via; et viso illo prœtcrivit. — 32. Similitor et levita, cùm esset secùs locum, et videret eum, pcrtransiit. — 33. Samaritanus autem quidam iter faciens venit secùs eum;

(c) Le Thalmud nous apprend que douze mille prêtres, lévites, et autres serviteurs du temple, demeuraient à Jéricho, la seconde \ille de la Judée. Douze autres mille demeuraient à Jérusalem, ou dans les environs.. — Hieros. Taaueht. fol. 674. « Traditio e»t : vigesies qualer mille viros stationis fuisse Bierosotymi8t et dimirfiam stationcm Hienchunte. » — Il y avait donc sur la route de Jéricho beaucoup de prêtres et de lévites qui allaient à Jérusalem pour y servir à leur tour, ou qui en revenaient. La caverne des assassins est à peu près à moitié chemin entre les deux villes. C'est là que l'homme de la parabole est attaqué et laissé pour mort. L'hôtellerie de Bathicum, où il est transporté par le Samaritain, est située à environ une lieue de cet endroit, et deux liâtes et demie de Jérusalem. (Sepp, 52).

schismatique, un excommunié, un ennemi déclaré du peuple Juif; qu'attendre d'un tel homme? Celui-ci toutefois, « à la vue » du blessé, » fut touché de compassion ; » mais ce ne fut pas chez lui une pitié vaine et stérile; il s'arrêta, descendit de cheval, et, « s* approchant » du pauvre infortuné qui réclamait-son secours, « il banda ses plaies » de ses propres mains, et usant de ses provisions de voyage, « de l'huile et du vin, » remèdes usités par les Orientaux pour nettoyer les plaies et calmer les douleurs, il les « versa » sur ses blessures, puis le soulevant doucement, il « le mit en croupe sur son cheval, » poursuivant lui-même la route à pied, « et il le conduisit dans une hôtellerie » ou caravansérail, qui se trouvait à peu de distance, et où les Samaritains et les payens pouvaient trouver à prix d'argent une hospitalité que les Juifs leur auraient refusée. Retardant son voyage peut-être, il resta toute la journée auprès de lui pour « en prendre soin. » « Le lendemain, » forcé de continuer son voyage, il n'abandonna pas celui qu'il avait recueilli, mais tirant de sa bourse « deux deniers » (environ deux francs actuels, le denier était alors le prix ordinaire d'une journée d'homme; Mat., xx, 2), « il les donna à l'hôte, et lui dit : Ayez soin de cet homme, » ne lui refusez rien de ce dont il a besoin, « et » si ce que je vous donne ne suffit pas, « ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. »

« De ces trois » voyageurs, poursuit Jésus, en s'adressant au docteur, « lequel, » à votre avis « vous parait avoir été le prochain, » l'ami, « de celui qui était tombé sous les coups des voleurs ? » lequel a montré par ses actions qu'il voyait dans le blessé un frère à secourir ? Vaincu par le témoignage de sa conscience, par la voix de la nature qui parlait clairement au fond de son cœur,

et videns eum, misericordiâ motus est. — 34. Et appropians alligavit vulnera ejus, infundens oleum et vinum;et imponens illum injumentum suum, duxit in stabulum, et curam ejus egit. — 35. Et altéra die protulit duos denarios, et dédit stabulario, et ait : Curam illius habe; et quodcumque supererogaveris, ego, cùm rediero, reddain tibi. — 36. Quis horum trium videtur tibi proximus fuisse il li qui incidit in iatrones?

l. x. 25-37. — g LXXXII. parabole du bon samaritain. 261

mais ne pouvant se résoudre malgré cela à prononcer le nom détesté de Samaritain, « le docteur répondit, » en usant de paraphrase : « C'est celui qui a été compatissant pour lui. » Le Samaritain s'est montré par sa charité compatissante l'ami, le frère, en un mot, le véritable prochain de celui qu'il a secouru, et celui-ci est réciproquement, par sa reconnaissance, le prochain de son bienfaiteur. C'était avouer que tout homme, fût-il un Samaritain, un étranger, un ennemi, est notre prochain, dès qu'il a besoin de nous, et que notre charité doit embrasser l'humanité toute entière. Jésus laissant au docteur le travail de tirer cette facile conclusion, se contenta de lui dire : « Allez, et faites de même. » Imitez la conduite du Samaritain charitable, et non celle du prêtre et du lévite.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

L. X. v. 25. « Maître, que ferai-je pour posséder la me éternelle ?» — Grande et essentielle question que chacun doit s'adresser à soi-même. — Jésus est notre guide dans le chemin du ciel.

v. 26. « Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? » — La loi de Dieu doit être l'unique règle de notre conduite. Jésus ne dit pas : « Que pensez-vous \ » mais « que lisez-vous? » — « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. » — Toute la loi est renfermée dans le commandement de l'amour de Dieu et du prochain. Dieu seul, le bien infini, doit être l'objet de nos affections, et nous ne devons rien aimer que par rapport à lui. L'amour du prochain découle nécessairement de l'amour de Dieu. Comment aimer Dieu sans aimer ce qu'il aime ? comment aimer le Père sans aimer les enfants?

v. 28. « Tu as bien répondu : Fais cela et tu vivras. » — C'est bien moins la science de leurs devoirs qui manque aux hommes, que la volonté de les remplir. Mais sans la pratique, à quoi sert la science, qu'à nous rendre inexcusables?

v. 29. « Mais lui, voulant se justifier. » — Vraie et folle tentative, que de vouloir se justifier devant le Seigneur. — « Et qui est mon prochain ? » — Homme orgueilleux, c'est le valet qui te sert, c'est le mendiant que tu rebutes, c'est le malheureux

— 37. At ille dixit : Qui fecit misericordiam in illum, Et ait il li Jésus : Vade, et tu fac similiter.

que tu méprises, et qui vaut peut-être mieux que toi devant Dieu.

v. 30. « Et il tomba entre les mains des voleurs. » — L'homme est pour l'homme une bête féroce. Que d'ennemis nous assaillent? Qu.3 de dangers, que de périls nous environnent de toutes parts, et pour le corps, et pour l'àme I

v. 31. « Or, il arriva qu'un prêtre... » — Quel triste spectacle, qu'un prêtre sans charité et sans miséricorde I — L'égoïsme nous rend sourds à la voix de la nature, de l'humanité, de la religion.

v. 33. « Biais un Samaritain qui était en voyage, etc. » — Il y a dans le monde plus de mal, et aussi plus de bien que nous ne pensons. — La véritable charité ne demande pas à un malheureux qui il est, avant de le secourir.

v. 34. « Et s' approchant, il banda ses plaies, etc. » — Le véritable amour ne s'arrête pas à la langue, il passe dans les pieds et les mains. Un oeil toujours attentif aux besoins de ses frères, un cœur toujours compatissant, une main toujours secourable, une bourse toujours ouverte, un pied toujours agile, toujours infatigable pour courir au-devant des bonnes oeuvres, etc. Yoilà le caractère du véritable Samaritain : « Amor operatur magna, si est; si non operatur, amor non est. » (S. Aug.).

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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