A. MENACES D'HÉRODE
Jésus, au sortir de Jérusalem, s'était transporté dans la Pérée, aux environs du Jourdain, qui faisait partie
delà domination d'Hérode Antipas. Ce prince soupçonneux ne voyait pas sans inquiétude l'empressement du peuple à suivre le nouveau prophète de Nazareth ; il craignait que le peuple, déjà irrité par la mort de Jean-Baptiste, et trop enclin à la défection, ne se soulevât contre lui. Il aurait désiré éloigner Jésus de ses Etats; mais la crainte du peuple, et son caractère faible et irrésolu, le portaient peu aux mesures violentes. Il préféra recourir à l'artifice, et crut, qu'en le faisant avertir sous main qu'il n'était pas en sûreté, il déterminerait facilement Jésus à s'éloigner. « Quelques Pharisiens, » émissaires d'Hérode, vinrent donc dire à Jésus : Retirez-vous et fartez d'ici, car Hérode veut vous faire mourir. » Ces conseillers officieux n'auraient pas été fâchés, d'un autre côté, d'engager Jésus à se retirer dans la Judée, où leur influence était bien plus grande, et où ils étaient plus à portée de lui dresser des embûches.
Jésus, qui pénétrait leurs artifices, « leur dit, » avec cette hardiesse de langage, familière aux anciens prophètes hébreux, même à l'égard des rois et des grands : « Allez, » retournez vers le prince qui vous a envoyés, « et dites à ce » vieux « reliard, » adroit et rusé, que ses menaces ne m'effraient pas, et ne changeront rien à ma conduite. « Je continuerai, » comme auparavant, « à chasser les démons, à guérir les malades; » ces œuvres, sans doute, ne mettent pas son trône en péril : je continuerai donc, sans me troubler de vos menaces vraies ou supposées, les œuvres dont mon Père m'a chargé, « aujourd'hui et demain, » pendant le court espace de temps qui m'est assigné par la volonté de mon Père céleste; « et le jour d'après, » bientôt, dans quelques mois ou plus,, « tout, 'pour moi, sera consommé; » le sacrifice de ma vie que je dois faire pour le salut du monde, s'accomplira. Toutefois, il faut que je marche
L. XIII, 31. In ipsâ die accesserunt quidam Pharisœorum, diccntes i 11 I : Exi et vade hinc, quia Herodes vult te occidere. — 32. Et ait illis : Ite, et dicite vulpi illi : Ecce ejicio deemonia., et sanitates perfieio, hodie et cras, et tertiâ die consummor. — 33. Yerumtamen oportet me liodic
l. xiv. 1-14. — § LXXXVIÏ. l'hydropique guéri. 290
« aujourd'hui et demain, et le jour d'après; » je me rendrai, quand il le faudra, à Jérusalem, et ce sera bientôt, car c'est là que je dois être immolé, et, « il ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem : » c'est un triste privilège qu'il faut laisser à cette ville ingrate, qu'on peut bien appeler la meurtrière des prophètes : il convient que la victime qui doit réconcilier le monde avec Dieu soit immolée au centre de la théocratie.
B. l'hydropique guéri.
(L. xiv. 4-1 4. — Evangile du '1G" dimanche après la Pentecôte, \-\\.)
« Un jour de sabbat, Jésus entra dans la maison d'un des principaux Pharisiens, » sans doute, un membre du Sanhédrin, « pour y manger le pain, » pour prendre part au festin auquel il avait été invité. Les Juifs, à qui leur fortune le permettait, aimaient à inviter leurs amis ta leur table le jour du sabbat, et croyaient ainsi sanctifier ce saint jour. Jésus se rendit à l'invitation qui lui était faite, bien qu'il sût qu'elle ne partait pas d'un cœur bien sincère, caries Pharisiens, comme nous le savons, étaient ses ennemis secrets; « ils l'observaient,» l'épiaient, dit l'Evangéliste, et cherchaient avec avidité une occasion qui se dérobait toujours de le prendre en défaut, de découvrir en lui quelque côté faible qui pût leur permettre de le décrier et de le perdre dans l'esprit du peuple.
« Or, voilà que, » justement, dans le vestibule, par un hasard auquel nous présumons que les Pharisiens n'étaient pas étrangers, « un » malheureux « lujd ropiquese trouva devant lui. » Les Pharisiens étaient curieux de voir ce que ferait Jésus. Guérira-t-il le malade un jour de sabbat? C'est, sans nul doute, un violateur de la loi, ses prétendus miracles sont l'œuvre du
et crus et sequcnli die ambulare; quia non capit propheiain perire extra Jérusalem. — L. XIV. !. El factnm est, cùm uitrarel Jésus indomumeujusdam principisPharisaeorumsabbato mandueare panem, et ipsi observabant cum. — 2. Et ecce horao quidam hydropicus erat
antè illum.
300 l'évangile expliqué, dépendu, médité.
démon. S'il ne le guérit pas, ce sera, de sa part, impuissance ou dureté.
« Jésus, allant au-devant de leurs pensées, et « s'adressant aux Docteurs de la loi et aux Pharisiens, » qui se trouvaient présents, « leur dit : Croyez-vous qu'il soit permis de guérir » un malade « le jour du Sabbat? »
— Les Pharisiens, embarrassés, gardèrent un silence prudent; « ils se turent, » ne voulant pas donner une décision qui pût permettre à Jésus d'opérer un miracle, et ne se souciant pas non plus de' prendre sur eux l'odieux d'interdire une œuvre de charité., ni de soulever une discussion où ils pressentaient que le beau côté ne serait point pour eux. « Alors Jésus, » sans faire de nouvelles instances pour obtenir une réponse qu'on lui refusait, répondit lui-même par ses actes : « prenant cet homme 'par la main, il le guérit, et le renvoya. » — « Ensuite, » justifiant la décision qu'il venait de donner, « il leur dit : » Ce que je viens de faire, vous le faites vous-mêmes tous les jours. « Qui de vous, » en effet, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, » dans une de ces citernes à fleur de terre qu'on creusait pour l'arrosement du champ, «neV en retire pas aussitôt, « quand ce serait « le jour du Sabbat? Et ils oie pouvaient rien répondre a cela. » Que dire en effet? Que telle n'était pas leur conduite? Ils savaient trop le contraire. Que ce qu'ils se permettaient sans scrupule pour un vil intérêt, pour sauver un animal, ils devaient le proscrire pour une œuvre de charité, pour la guérison d'un infortuné? — Leur impudence ne pouvait réellement aller jusque-là.