‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 22 sur 419 · LXIV · texte numérisé non relu

LXIV

(Décapolis),

(M*, xv. 29-31 ; Mr. vu. 31-37. — Fvangile du 2« dimanche

après la Pentecôte.

« Etant rparti rïe là, Jésus » continuant à s'avancer au Nord, dans la tribu d'Aser, « quitta les environs de Tyr, se rapprocha de S'idon, et » de là, se rabattant au Sud- Est, « se dirige" vers » le bord oriental de « la mer de Galilée, en traversant le 'milieu de la Décapote. »

Dans le cours de ce trajet, « on lui amena un sourd et muet, » non de naissance, puisqu' après sa guérison, il parlait la langue du pays, mais un homme qui, en outre de la surdité, avait la langue liée, et ne pouvait que bredouiller péniblement ([/«y^aXov) . Ceux qui conduisaient cet infortuné « prièrent » Jésus « de lui imposer les mains, » car ils savaient que c'était ainsi qu'il avait coutume de guérir les malades. Mais Jésus, qui voulait guérir l'âme de cet infortuné aussi bien que le corps, afin que rien ne pût distraire son attention, « le prit par la main, et le conduisit hors de la foule, à l'écart. » Ne pouvant recourir à la parole pour se faire comprendre, il eut recours au langage des signes, le seul qui fût à sa portée : « II mit ses doigts dans ses oreilles, » comme pour lui dire : C'est là qu'est ton mal; eli bien! je vais ouvrir tes oreilles obstruées et te rendre l'ouïe. « Il toucha sa langue avec un peu de salive, » non pour s'en servir comme d'un moyen médical, mais comme s'il voulait dire : Je sais que tu es muet, mais aie confiance, je vais briser le lien qui retient ta langue,

Mt XV. 29. Et cùm transisset inde Jésus. — M' VII. 31. exiens de finibus Tyii. venit per Sidonem ad mare Galileeae inter medios Unes Decapoleos. — 32. Et adducunt ei surdum et mulum. et deprecabantur eum ut imponat illi manum. — 33. Et appréhendons eum de turbâ seorsùm, misit digitos suos in auriculas ejus; et exspuens, tetigit linguara ejus :

je vais lui rendre sa souplesse, et elle pourra bientôt exprimer tes pensées. En troisième lieu, « il leva les yeux au ciel, » pour lui faire entendre que c'est de là, que c'est de la miséricorde et do la toute-puissance divine qu'il devait attendre tout secours.; « il soupira, » pour lui faire sentir la tendre compassion qu'il éprouvait pour sa misère, et pour la misère plus profonde encore de l'humanité entière, dont il était le représentant. Puis enfin, parlant avec l'autorité de Celui qui a le droit de commander à la nature et sait s'en faire obéir, « il dit : » en syro-chaldaïque, ou dans la langue alors communément usitée parmi les Juifs, « Eplipliéia, » ce qui signifie, oreilles, « ouvrez-vous. » Et à l'instant même « ses oreilles s'ouvrirent » et livrèrent passage aux sons de la voix humaine; « le lien de sa langue se rompit, et il parla distinctement . »

L'Eglise,, dirigée par le Saint-Esprit, a emprunté à ces gestes symboliques de Jésus-Christ quelques cérémonies usitées dans l'administration du baptême. Elle veut nous enseigner par là, dit le vénérable Bède, que l'enfant non baptisé est, par rapport aux choses divines, un véritable sourd et muet, que ses oreilles ont besoin d'être ouvertes, pour entendre la parole de Dieu, et sa langue déliée, pour professer publiquement la foi chrétienne et chanter les louanges de Dieu.

Comme il l'avait déjà fait plusieurs fois, « Jésus, » qui dédaignait les louanges des hommes et ne cherchait que leur salut. « défendit » aux témoins du miracle « d'en rien dire à personne. Mais, » qui peut arrêter l'élan de l'admiration et de la reconnaissance? « Plus il le leur défendait, plus ceux-ci le publiaient; et, saisis d'admiration, ils s'écriaient : Il a, lien fait toutes choses, il a fait entendre les sourds et parler les muets. »

« Ensuite Jésus, » comme il avait accoutumé de le

34. Et suspiciens in cœliini, ipgemuit, et ait illi : Ephphetha, quod est, adaperire. — 35. Et siatim apertae sunt aures ejus, ci solun tum est vinculum linguae ejus ; et loquplbatur rectè. — 36. Et praecepit

illis no cui dicerent. Quantp autrui i is pracipiepat, lanlù magisplus praedicabant ; — 37. Et eb amnliùs admirabanlur, dicentes : lienè omnia fecit : et surdos i'ecit auciire, et mutos loqui.

faire quand il était pressé par la foule, «gagna une hauteur voisine et s'y assit. La multitude Vy suivit, entraînant avec elle des muets, des aveugles, des loitev.x, des hommes mutilés, et beaucoup d'autres infirmes. On les

déposait à ses pieds, et il les guérissait; et les peu ides étaient dans l'admiration de voir les muets parler , les laiteux marcher, les aveugles recouvrer la vue, et ils glorifiaient le Dieu d'Israël. »

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Mf VII. v. 81. « Quittant de nouveau les confins de Tyr, il rint par /Sidon à la mer de Galilée, en traversant le milieu de la Décapote. » — Bien des fois, à l'exemple des Gadaréniens, par noire ingratitude et par nos péchés, nous avons chassé Jésus de notre cœur... Il ne s'est pas rebuté pour cela et revient à nous de nouveau, tant il a soif du salut de notre âme.

v. 32. « Et ils lui amenèrent un sourd et muet, et Us le priaient de lui imposer les mains. » — a) La position des sourds et muets est bien digne de notre compassion, privés qu'ils sont des bienfaits de la société, de toute instruction, incapables de faire connaître leurs pensées, leurs désirs, etc. — b) Gardonsnous de poursuivre de nos sottes railleries les infirmes, ceux qui sont contrefaits, car ce serait insulter à leur misère, ce serait une conduite inhumaine, indigne d'un homme bien élevé, bien plus encore d'un chrétien, qui ne doit voir dans ces malheureux que des frères, des enfants de Dieu, des amis de Jésus-Christ, l'achetés de son sang, appelés à la mémo gloire. — c) Ne nous contentons pas de les plaindre ; venons réellement, autant qu'il dépend de nous, à leur secours. Si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, intercédons pour eux auprès de ceux qui peuvent les secourir. — d) Si les hommes sont impuissants, ayons recours à la toute-puissance et à la miséricorde divine, et implorons-la pour eux avec confiance et ferveur. — e) Que le malheur des sourds et muets nous fasse apprécier le bienfait de pouvoir entendre et parler : témoignons-en à Dieu notre reconnaissance, et prenons la résolution d'en faire un bon usage.

Le sourd et muet de l'Evangile nous offre la figure de la surdité et du mutisme spirituel.

Mi 29. Et ascendens in montera, sedeba,l ibi. — .">0. Et accélérant adeum turbae rnultae, habentes secum mutos, cœcos, claudos, débiles, ci alios ïnultos 5 et projecerunl eos ad pedes ejus, el eùravil eos : — 31. lia ni turbae mirarentiir vidantes mutos loquentes, claudos ambulantes, cœcos videnles; et magnificabant Dcum Israël.

1° Sommes-nous du nombre des sourds spirituels? Tels sont ceux qui a) sont sourds à la voix du prédicateur, du confesseur : « Sur dus est gui aures audlendl verba Del non habet » (Ven. Beda) ; — b) n'entendent pas la voix du Saint-Esprit qui parle au fond de leur cœur par les inspirations secrètes de la grâce ; — c) sont sourds à la voix de leur conscience et parviennent à étouffer leurs remords, à s'étourdir eux-mêmes; — d) sont plongés dans la dissipation du monde et ne peuvent supporter aucune réflexion sérieuse ; — e) dont le coeur est corrompu et auxquels la vérité est odieuse : « Nolnlt Intelllgere, ut benè ageret. »

2° Sommes-nous du nombre des muets spirituels? — Tels sont ceux qui a) cacbent ou déguisent leurs pécbés aux confesseurs : « Cur confunderls dicere, quod non confusus es perpetrare? cur vereris Domino Indlcare, quod non veritus es ipso prœsente committer e? » (S. Cbrys.) — « Quoniam tactil, inveteraverunt ossa mea » (Ps. xxxi, 3). b) Par lâcheté, timidité, faiblesse, ne parlent pas quand le devoir oblige à parler : « Canes muti, non valentes lalrare ; » qu'ils soient pasteurs, pères et mères de famille, maîtres, etc.

« Et Us le priaient de lui imposer les mains. » — Puissance de l'intercession. — Devoir de prier pour les pécbeurs.

v. 33. « Le menant hors de la foule, à l'écart. » — Utilité, nécessité de la retraite, de la solitude, pour nous retremper clans la ferveur, dans l'amour de Dieu. C'est là que Dieu parle à notre cœur. « Qui salmis esse vult, supra mundwm ascendat, quœrat verbum apud Deum, fagiat hune mundwm, terras rellnquat. Talis recessus est via aurea, certa, compendlosa, quœ hommes ducit ad patriam. » (S. Basil.) — « Il mit ses doigts dans ses oreilles et toucha sa langue avec de la salive. » — Le premier effet de la grâce, dans la conversion du pécheur, c'est d'exciter en lui un profond sentiment de sa misère et du besoin qu'il a du secours divin.

Importance et nécessité des cérémonies religieuses. L'homme a besoin de ces secours extérieurs et sensibles pour s'élever à la contemplation des choses divines : « Cùm natura homlnum ea sit, ut non facile queat sine adminlculis eccterioribus ad rerum dwinar.li/m meditationem suslolll. » (Conc. Trid. xxn, c. 5.) — On doit les respecter, les observer, les expliquer.

v. 34. « Et levant les yeux au ciel, il soupira. » — Jésus nous apprend à diriger nos regards vers le ciel, à chercher notre secours clans la toute-puissance et la miséricoi'de divine. — « Ingemnit, nos tram causant suscipiens In selpso, et natura misertus humanœ. » (S. Chrys.) — « lugemuit, ut nobis gemendi daret exempta. » (Vén. Bède).

« Et il dit : Ephphéta, c'est-à-dire, ouvrez-vous. — 35. Et aussitôt, ses oreilles s'ouvrirent, » etc. — La parole de Jésus- Christ est puissante et efficace ; elle renouvelle l'homme tout entier et lui donne une. nouvelle vie. — La guérison du sourdmuet n'est pas seulement commencée, elle est entière et parfaite. Son cœur est ouvert à la parole divine. Il épanche en dehors les sentiments d'amour, de reconnaissance qui le remplissent.

v. 36. « Et il leur dé fendit d'en, parler à personne. » — Mépris de la gloire humaine et des vaines louanges des hommes. Le véritable chrétien fuit la célébrité : XcïOs fiewea;. « Quid est inanis gloria quam venamur, nisi musca mlissima, murmurosa, sordida, pungitiva ? » (Petr. Blés.)

« Mais, plus il le leur défendait, plus ils le publiaient. » Le meilleur moyen d'obtenir la gloire et les louanges des hommes, c'est de les mépriser et de les fuir : « Ilumïlitas semper prœcedit gloriam. » (S. Hyer.) — Les hommes vains et orgueilleux s'attirent le mépris : « Per quœ peccat guis, per liœc et torquetur. » (Sap. ii, 17). — Admirable combat entre l'humilité du bienfaiteur et la reconnaissance de l'obligé, combat qui ne détruit pas l'esprit de paix et de concorde.

v. 37. « Saisis d'admiration, ils disaient : Il a lien fait toutes choses. » — Heureux cpii peut obtenir une semblable louange ! « Oportet episcopum sine crimine esse, » (Tit. i, 3) « esse irreprehensililem. » (i. Tim. ni, 2.) — «Il a fait entendre les sourds et parler les muets. » — Un prêtre saint et vertueux a une grande puissance pour convertir les coeurs les plus endurcis : « Quasi maliens conter eus petram. » (Jer. xxxm, 29.) «Exempla edunt voces omni tuba clariores. » (S. Chrys.)

« Il a lien fait toutes choses. » — Nous voyons briller avec le plus vif éclat, dans ce récit évangélique, les vertus divines de Jésus-Christ. — a) Son amour pour les hommes. Il est infatigable, dès qu'il s'agit de leur être utile. Il ne rebute aucun de ceux qui ont recours à lui. — l) Sa sagesse. Il n'a pas la même conduite pour tous, mais il la modifie selon les besoins et les dispositions de ceux qu'il veut secourir. — c) Sa puissance. Rien ne lui résiste; il guérit à la fois, et les maladies du corps, et celles de l'âme. — d) Sa modestie et son abnégation. Il dédaigne la gloire et les louanges des hommes ; il n'en mérite que plus d'être loué et exalté.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

A. LEÇONS QUE NOUS DEVONS TIRER DES CIRCONSTANCES DE LA GUÉRISON DU SOURD ET MUET.

Ces circonstances sont :

I. La personne du, sourd et muet : « Adducunt ei surdum et mutum. »

Il nous offre la figure de l'homme dans l'état de naturel) De même que le sourd et muet est exclu de la société humaine, l'homme non régénéré par Jésus-Christ est exclu de la société des enfants de Dieu.

— 2) Il est sourd; il ne perçoit pas la voix de l'Espiït-Saint, il n'a aucun organe pour les choses divines : « Animalis homo non percipit ea quœ sunt Spiritus Dei;Stultitia est illi, et non potest inlelligere » (I. Cor., h, 14). — 3) Il est muet: il est hors d'état do parler des choses saintes; il ne peut communiquer aux. autres aucune sainte pensée, ni chanter avec les fidèles les louanges de Dieu.

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