‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 221 sur 419 · L. XIV. 1-14. — S LXXXVII. INVITER LES PAUVRES · texte numérisé non relu

L. XIV. 1-14. — S LXXXVII. INVITER LES PAUVRES

réserve l'une des dernières, il voulut, sans les attaquer personnellement, leur donner une petite leçon d'humilité dont ils avaient grand besoin, et « il leur dit cette parabole : Lorsque vous serez conviés à un festin de noces, » ou à tout autre, « ne vous asseyez 'pas à la première place, » ce qui ne convient qu'à un orgueilleux qui ne peut souffrir aucune personne au-dessus de soi, « de peur qu'une autre plus considérable, » d'un rang plus élevé que le vôtre, « ayant été conviée aussi, » le maître de la maison qui vous a conviés tous deux,, ne vienne vous trouver et ne vous dise (d'un ton bourru et de mauvaise humeur, sans vous donner ce titre à' ami, comme il le fera tout à l'heure à l'égard d'un autre ), ôtez-vous d'ici, et « donnez à celui-ci cette place » qui lui était destinée, et à laquelle vous n'avez aucun droit, « et qu'alors, ne pouvant décemment faire reculer tous les convives, « vous ne soyez contraint, à votre grande confusion, de descendre à la dernière. » — « Mais, » au contraire, « lorsque vous serez convié, allez vous asseoir à la dernière place, afin que, (quand' viendra celui qui vous aura convié, il vous dise : Mon ami, montez plus haut. Alors, vous serez honoré devant ceux qui seront à table avec vous. ( Voy. Prov. xxv, 7) Car, » même dès cette vie, et, à plus forte raison dans l'autre, « quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque Rabaisse sera élevé. » — L'orgueil mène à la confusion, et le meilleur moyen d'obtenir la gloire, même parmi les hommes, c'est de la mépriser.

Jésus parlait aux Pharisiens le seul langage qu'ils pussent entendre, en leur montrant la folie de leur sot orgueil, même au point de vue de leur amour-propre. Mais il ne veut pas nous enseigner ici cette humilité fausse, affectée, calculée des mondains, qui ne s'abaisse

dicens ad illos : — 8. Quùra invitatus fiions ad ouptias, non dis— cumbas in primo loco, ne Forte honoratior te sit invitatus ab illo; — 9. Et venions is qui le et illuni vocavit, dicat tibi : Da huic locum, et tune incipias cuin robore novissimum locum tenere. — 10. Sed eùm vocatus fueris, vade, recumbe in novissimo loco, ut, eùm venerii qui te invitavit, dicat tibi : Amice, ascende superiùs. Tune erit tibi gloria coràm simul discumbentibus ;— M. Quia omnis qui se exaltât, humiliabitur ; et qui se humiliât, exaltabitur.

Dehaut. L'Evanç. — T. III. 26

que pour être relevée; il veut nous instruire à prévenir la confusion éternelle que l'orgueil nous attire de la part de Dieu, et à aspirer à la gloire véritable, celle de l'éternité, qui est le prix de l'humilité. S'humilier pour être honoré par les hommes, c'est calcul, c'est hypocrisie; s'humilier pour être exalté de Dieu, c'est sagesse, c'est vertu, c'est religion.

D. INVITER les pauvres, non les riches.

A l'orgueil pharisaïque, Jésus oppose l'humilité chrétienne; à leur libéralité intéressée et pleine d'ostentation, il oppose la véritable charité, qui doit être dégagée de tout intérêt propre. « Adressant la parole à celui qui l'avait convié;, » au maître de la maison, « il lui dit aussi : Lorsque vous donnerez à souper ou à diner, n'invitez, » comme vous le faites d'ordinaire, comme vous l'avez fait aujourd'hui, « ni vos ((mis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos voisins riclies, qui vous convieraient à leur tour, et votes rendraient ce qu'ils auront reçu devons;» ce qui vous ôterait tout mérite et .toute récompense devant Dieu, et ne serait qu'une bienfaisance intéressée. Donner pour recevoir, ce n'est plus charité, mais calcul et trafic. « Mais lorsque vous faites un festin, appelez-y les pauvres, les estropiés, les Imteux, les aveugles, » et vous serez heureux de ce qu'ils n'auront rien à vous rendre; car Dieu alors sera lui-même votre débiteur et « vous récompensera » au centuple « lors de la résurrection des justes. » — C'était une ancienne coutume, dans les festins de réjouissance, de réserver une table pour les pauvres, afin de leur procurer un jour de joie. (Sepp.) Jésus ne nous défend pas précisément d'inviter nos amis et nos parents, mais il ne veut pas que nous oubliions les pauvres, il nous recommande la charité et le désintéresse-

42. Dicebat autem et ei qui se invitaverat : Cùm facis prandium aut cœnam, noli vocare amicos tuos, neque fratres tuos, neque ftognatos, neque vicinos divites, ne forte te et ipsi reinvitent, et fiât tibi retributio. — 4 3. Sed quùm facis convivium, voca pauperes, debiles, claudos, et cœcos. — 44. Et beatus cris, quia non habent retribuere tibi; retribuetur enim tibi in resurrectione justorum.

l. xiv. 1-14. — § LXXXVII. menaces d'hérode. 303

ment. C'est ainsi qu'il savait assaisonner les repas où il se trouvait de leçons utiles et profitables.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

L. XIII. v. 31. « Le même jour, quelques-uns des Pharisiens vinrent lui dire : retirez-vous et partez d'ici: car Ilérode en veut à votre vie. » — Les Pharisiens affectent à l'égard de Jésus les dehors de l'amitié, et au fond du cœur, ils conjurent sa perte. Ayons en horreur cette fausseté, si commune dans le monde.

v. 32. « Il leur répondit : Aile: et dites à ce renard : je chasse les démons et guéris les malades aujourd'hui et demain, et le jour d'après tout sera consommé. » — Jésus leur fait connaître qu'il pénètre leurs ruses, et qu'il sait à quoi s'en tenir, et qui les a envoyés. A quoi sert de tromper les hommes, puisque nous ne pouvons échapper aux regards perçants de celui qui sait tout ? — Jésus ne craint pas de s'expliquer avec une noble liberté et la hardiesse de langage des anciens prophètes sur le prince au pouvoir duquel il se trouve. Imitons cette noble indépendance pour tout ce qui touche aux intérêts de la religion et de la conscience, à l'égard des grands et des puissants du monde, et disons comme Joad, dans la tragédie d'Athalie •*

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

Jésus méprise les menaces qu'on lui fait, et déclare qu'elles ne changeront rien à sa conduite. Que peuvent les hommes contre celui qui ne craint que Dieu seul?

v. 33. « Cependant il faut que je continue à marcher aujourd'hui et demain, et le troisième jour tout sera consommé. » — Jésus va lui-même au-devant de la mort que ses ennemis lui préparent. La mort n'a rien d'effrayant pour le chrétien. C'est l'heure de la délivrance et lé commencement du bonheur.

L. XIV. v. 1. « An jour du sabbat, Jésus étant entré dans la maison d'un chef des Pharisiens pour y prendre son repas, ceuxci l'observaient. » — Jésus accepte l'invitation qui lui est faite. Il nous apprend par son exemple, a) qu'il est permis d'accepter mie invitation d'amitié, qui entretient les relations de la charité, et peut nous procurer une récréation honnête et nécessaire ; b) qu'il faut apporter à ces réunions la sobriété, la modestie, la franchise, une amabilité pleine de douceur; c) qu'il faut y éviter les excès, la dissipation, l'intempérance. On peut consacrer Le jour du Seigneur aux joies innocentes de la famille ; mais ce serait un crime de profaner ce saint jour par la débauche. — Jésus consent à paraître à la table d'un Pharisien, et au milieu

des Pharisiens, bien qu'il connaisse leurs dispositions malveillantes et leur hypocrisie. Il voulait les éclairer par ses instructions salutaires, les désarmer par sa conduite pleine d'amabilité et de douceur, etc. A l'exemple de Jésus-Christ, nous devons profiter de toutes les occasions pour édifier le prochain par nos paroles et par nos exemples. — Les Pharisiens Y observaient, l'épiaient avec malignité. Combien de Pharisiens dans le monde, qui vous accueillent le sourire sur les lèvres, et dont le cœur est plein de venin, qui vous flattent devant vous et vous déchirent par derrière ! Détestons cette fausseté ; fuyons cet esprit de critique, de censure, de médisance, qui règne dans le monde, et qui fait l'assaisonnement des réunions mondaines; soyons plus attentifs à connaître nos défauts qu'à découvrir ceux des autres. . . ; ne soyons pas des lynx pour les autres, des taupes pour nousmêmes. — C'est par envie, que les Pharisiens observaient Jésus, dans l'espoir de trouver quelque prétexte pour le censurer, le critiquer. L'envie est un vice bas et vil. Ii est essentiellement contraire à l'esprit du christianisme, qui est un esprit de charité, aux instincts mêmes de la nature, qui nous portent à aimer nos semblables. C'est le vice propre des démons, et l'envieux est un démon incarné. — L'envie est un vice odieux, condamnable et pernicieux, qui ne peut souffrir les avantages du prochain. 1) L'envie attaque Dieu, a) dans son souverain domaine, puisqu'il est le maître de ses dons et les distribue à qui il veut, et comme il veut; b) dans sa bonté libérale, c) dans sou équitable providence. 2) L'envieux se rend coupable envers le prochain... ; l'envieux est toujours homicide de cœur. Il l'est souvent de parole par ses médisances, ses calomnies. Il l'est quelquefois d'effet, comme le prouvent Caïn et d'autres exemples. 3) L'envieux est son propre bourreau. L'envie consume sa victime sans ménagement, sans consolation, sans relâche. Ce vice est puni dès ce monde, a) par la flétrissure des gens honnêtes, b) par les remords qu'il procure, c) par la perte de l'amitié de Dieu. — Vivons de manière à pouvoir défier l'inquisition la plus sévère et la plus hostile, et n'oublions pas que nous vivons sous l'œil de Dieu, dont la rigoureuse justice ne nous passera rien.

v. 2. « Or, voici qu'un homme hydropique se trouva devant lui. » — L'état misérable de ce malheureux nous offre une image de l'état misérable où le péché nous réduit. Il nous offre le symbole, a) de Yimpureté, par la corruption des humeurs, la moiteur de la chair, etc., b) de Y avarice, de la cupidité, par la soif insatiable qui le dévore, et qui augmente d'autant plus qu'il essaie de la satisfaire, c) de Y orgueil, par l'enflure du corps, d) du pêche' d'habitude, par la difficulté de la guérison, la facilité de la rechute, etc.. — Un misérable est au milieu des hôtes invités

l. xiv. 1-14. — § LXXXVII. l'hydropique guéri. 305

au festin. Au milieu même des jouissances que nous croyons pouvoir nous accorder, n'oublions pas ceux qui souffrent.

v. 3. « Jésus, prenant la parole, dit aux Docteurs de la loi et aux Pharisiens : Est-il ferrais de guérir le jour du saMat?» — Nous voyons ici le cœur compatissant de Jésus. Il n'examine pas dans quel but on lui a amené cet hydropique ; il suffit qu'il soit malheureux, pour qu'il le secoure. Il n'attend pas qu'on le prie. Pour prévenir tout sujet de scandale,... il commence par demander s'il est permis de guérir le jour du sabbat.

v. 4. « Mais ils gardèrent le silence. Alors Jésus, prenant cet homme par la main, le guérit et le renvoya. » — Le silence des Pharisiens et la malignité qu'il recouvre n'arrêtent pas la charité du Sauveur. La véritable charité n'attend pas, pour agir, l'approbation des hommes; elle sait, quand il le faut, se mettre au-dessus du respect humain et mépriser une censure injuste. — Le silence des méchants, des incrédules, est un aveu forcé de la puissance que la vérité exerce sur eux, malgré eux. — Jésus touche le malade, et à l'instant, avec la rapidité de l'éclair, l'hydropisie disparaît. Qui pourrait méconnaître ici l'action créatrice d'un Dieu tout-puissant? Seigneur, d'une seule parole, vous pouvez aussi guérir toutes les maladies de ma pauvre âme.

v. 5, 6. « Puis, s'adressant à eux, il leur dit : Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne Ven retire aussitôt, même le jour du sabbat? » — « Et il ne pouvait rien répondre à cela. » — Jésus se sert d'un argument ad Imminent auquel il est impossible de rien répondre. Ses paroles portent coup, éclairent l'intelligence d'une lumière irrésistible, sans cependant rien offrir de blessant ni d'irritant. — Tandis que l'hypocrisie pharisaïque est craintive, sournoise, gardant un silence prudent, Jésus se montre plein d'ouverture et de franchise.— L'homme vertueux est franc, loyal, porte la tète haute, parce qu'il sait qu'il n'a rien à craindre ni à cacher. — Eviter la cruauté envers les animaux. (Voy. Proj. Hom.)

v. 7. « Il dit encore cette parabole aux conviés, en voyant comment ils choisissaient les premières places. » — Les hommes sont naturellement enclins à la vanité et à l'orgueil. — C'est un vice que personne ne veut avouer, mais qui se manifeste de luimôme à tous les yeux. — Chacun veut l'emporter sur les autres en luxe, en éclat, en richesse, en esprit, en autorité, en influence. — Jésus-Christ nous apprend que l'orgueil est une sottise, une source de confusion, et l'humilité, une source de gloire en ce monde et en l'autre.

v. 14.... «Et tu seras heureux de ce qu'ils n'ont rien à te rendre.» — La charité, la bienfaisance, pour être méritoire, doit être désintéressée et dégagée de toute considération per-

sonnelle. ■ — « Car il tous sera rendu à la résurrection des justes. » — Jésus-Christ assume la responsabilité d'acquitter au centuple toutes les dettes de reconnaissance contractées par le paupérisme insolvable; et cette promesse a changé la face du monde. Pour dominer ainsi l'intérêt et faire croître la charité sur une terre cpie la soif de l'or avait desséchée, il fallait être plus qu'un sage, plus qu'un philosophe, plus qu'un génie, il fallait être Dieu. (L'abbé Darras, Vie de Jésus.)

PROJETS HOMILÉTIQUES.

A. l'hydropique guéri.

Principales circonstances offertes à notre considération : I. La "présence de Jésus à la table des Pharisiens.

1) Jésus accepte l'invitation qui lui est faite 2) Il consent à paraître à la table d'un Pharisien, et au milieu des Pharisiens, bien qu'il

connaisse leurs dispositions malveillantes et leur hypocrisie —

Les ' iisiens, de leur côté, l'observent et l'épient avec malignité...

( Voyez, pour les instructions à tirer de ces exemples, les Enseignements pratiques qui précèdent).

H. La guérison de l'hydropique.

1 ) L'état misérable de cet homme nous rend sensible l'état misérable du pécheur. — 2) Jésus ne peut le voir sans compatir à son malheur. — 3) La guérison de l'hydropique nous montre dans tout son éclat : a) la fermeté du caractère de Jésus, supérieure au respect humain; b) sa toute-puissance, preuve de sa divinité. — 4) Nous voyons la sagesse toute divine de Jésus-Christ, dans l'apologie qu'il fait de sa conduite. [Voyez les Enseignements pratiques).

Page 1