PARABOLE DES CONVIÉS QUI S'EXCUSENT
(L. xiv, 15-24. — Evangile du 2e dimanche après la Pentecôte.)
Lorsque Jésus eut cessé de parler, « l'un de ceux qui étaient à table » voulant montrer que, lui aussi, tout comme un autre, il pouvait dire son mot de religion ou d'édification,, comme nous dirions maintenant, ou peutêtre, voulant détourner le cours d'un entretien qui menaçait de ne pas être très-flatteur pour le maître du festin et pour les convives, s'écria, d'un ton pénétré : Vous nous parlez de la résurrection des justes : « heureux, » en effet, « celui qui » y prendra part, et qui « mangera le pain dans le royaume de Dieu, » qui sera
L. XIV, 15. Hœc cùm audisset quidam de simul discumbentibus, dixit illi : Beatus qui manducabit panem in regno Dei.
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admis à jouir, dans le sein d'Abraham, de la céleste béatitude. Sans nul doute, il se plaçait lui-même au premier rang de ces heureux privilégiés, lui, enfant d'Abraham, et l'un des maîtres en Israël. Qui donc en serait, si lui-môme n'en était pas ?
Jésus profita de cette pieuse exclamation pour donner aux convives une nouvelle leçon, pour leur faire enten dre que c'était peu de priser le bonheur des élus, si l'on ne s'efforçait d'être soi-même du nombre, et que pour cela il ne suffisait pas d'y être appelé, mais qu'il fallait s'en rendre digne, et ne pas repousser la grâce qui leur était offerte; et, suivant son usage., pour faire mieux goûter son instruction, il eût recours à une parabole : « Un homme, dit-il, fit » un jour « un grand festin, et y convia de nombreux convives. L'heure venue, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, farce que tout était fret. » — C'était la coutume, en Orient, d'inviter deux fois. La première invitation avait lieu quelques jours avant le repas, la seconde le jour même du festin., afin de rappeler aux conviés l'invitation précédente et de leur faire connaître l'heure où ils étaient attendus.
Celui qui avait fait ces nombreuses et honorables invitations avait lieu d'espérer que chacun y répondrait avec empressement; mais, hélas! il n'en fut pas ainsi. « Tous » les invités, comme s'ils s'étaient concertés ensemble, « envoyèrent leurs excuses. Le premier dit : J'ai acheté une maison de campagne, il faut que je l'aille voir » et que je m'assure si elle me convient; « je vous prie de m'excuser. » — Il prétexte une nécessité qui n'existait pas, car qui l'empêchait de remettre sa visite au lendemain? « Le second dit : j'ai fait l'acquisition de cinq attelages de bœufs, et je vais les essayer; excusez-moi, s'il vous plaît. » — Il ne se donne pas
16. Àt ipse dixit ci : Homo quidam fecit cœnam magnam, et vocavit multos. — 17. Et mïsit servum suum horâ cœnae dicere inviiatis ut venirent, quia jàm parata sunt omnia. — 18. Et cœperunt simul omnes excusare. Primusdixit ei : Villam emi, et necessc habeo exire, etvidere illam;habeme excusatum. — 19. Et alter dixit : Jugaboum emi quinque, et eo probare illa ; rogo te, habe me excusatum.
môme la peine de prétexter une nécessité imaginaire ; je vais essayer mes bœufs, dit-il, cela m'intéresse beaucoup plus que votre festin. « Et un autre, » le troisième, « dit : J'ai pris une femme; » il faut que je lui tienne compagnie, et que je jouisse des premiers jours de mon mariage; « en conséquence, je ne puis venir. » — Moins poli, plus grossier encore que les deux précédents,, il ne daigne pas même présenter ses excuses et se contente d'exprimer son refus.
« Le serviteur, de retour de son message, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille, » justement « irrité » de tant de mépris et d'ingratitude, que coloraient à peine ces frivoles et vaines excuses, « dit à son serviteur : Va vite dans les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur » de retour « dit : Seigneur, il a été fait comme vous V avez commandé, et il y a encore de la place : et le maître dit au serviteur : Va » maintenant hors de la ville, « dans les chemins et le long des haies, » invite., rassemble tous les pauvres, tous les' mendiants sans asile que tu rencontreras, et, faisant violence à leur timidité, à l'espèce de honte et de confusion toute naturelle qui pourrait les empêcher d'accepter un honneur dont ils se croient si peu dignes, « contrains-les d'entrer » pousse-les., en quelque sorte, malgré eux, dans la salle du festin, « afin que ma maison soit remplie. Car, » poursuit Jésus, parlant cette fois en son propre nom, en fixant ceux qui étaient à table avec lui, « je vous le déclare, aucun de ceux qui avaient été conviés » en premier lieu (et la voix secrète de votre conscience vous dit sans doute assez clairement que c'est vous que cela regarde), « ne goûtera de mon banquet, » ne sera admis à ce festin d'éternelle paix, de
20. Et alius dixit: Uxorem duxi,et ideb non possum venire. — 21. Et roversus servus nuntiavit lnec domino suo. Tune iratus paterfamiliâs dixit servo suo : Exi citb in plateas, et vicos civitatis, et pauperes, ac débiles, et caecos, et elaudos introdùc hùc. — 22. Et ait servus : Domine, factum est ut impeiàsti. et adhùc locus est. — 23. Et ait dominus servo : Exi in via^ et sepes ; et cotëïpeile intrare, ut impleatar domus mea. — 2i. Dico autrui vobis quod nemo Yirorum illorum qui vocati sunt gustabit cœnam meam.
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joie et d'ineffable bonheur que mon Père céleste et moi-même (car mon Père et moi ne sommes qu'un), vous ont préparé, dans mon Eglise d'abord, et dans le ciel ensuite.
Le sens de cette parabole était, en réalité, transparent et facile à comprendre. On reconnaît de suite que ce père de famille qui prépare un riche festin, c'est Dieu, qui appelle les nommes à la lumière évangôlique, au salut, à l'éternelle félicité des cieux. C'est à ce festin céleste, en effet, que notre pauvre âme trouve la joie, le bonheur, la force, la vie, le rassasiement de tous ses désirs, tout ce dont elle a besoin. Le serviteur envoyé pour faire les invitations, ce sont les prophètes, les apures, les hommes évangéliques, c'est Jésus-Christ lui-même qui a pris, pour nous sauver, la forme de l'esclave. Les '^févriers invités, ce sont ces mômes Pharisiens au milieu desquels se trouvait Jésus, les Docteurs de la loi, les représentants de la théocratie judaïque, ceux qui devaient marcher les premiers et montrer le chemin aux autres, et qui, tous, ont été sourds à la voix de Jésus-Christ. Les seconds invités, les pauvres, les estropiés, les boiteux, trouvés dans les rues et les places publiques de la ville, ce sont ceux du peuple juif qui se sont montrés dociles à la prédication de Jésus-Christ, et qui, pour la plupart,- faisaient partie du simple peuple, des pécheurs, des publicains, des Galiléens méprisés, etc. Les derniers invités, enfin, recueillis hors de la ville, le long des chemins, et des haies, ce sont les [miens convertis à l'Evangile, et substitués., dans les desseins de Dieu, aux Juifs ingrats et rebelles,, appelés à recevoir les grâces et les bienfaits que ceux-ci ont repoussés. On Voit, dans les vaines excuses opposées à la vocation divine, que les principales causes deFaveuglemcnl, de l'endurcissement, de la damnation des hommes sont la cupidité, l'embarras des biens et des richesses, et la concupiscence de la chair, ou l'amour des aises et des plaisirs.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
L. XIV. v. 15. « L'un de ceux qui étaient à table avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dit : Heureux celui qui awapart au festin dans le royaume de Dieu! » — Il y trouvera a) l'apaisement, l'accomplissement de tous ses désirs, b) une joie inaltérable, c) la douce société des élus. Le pain qui nourrira notre âme dans le ciel, c'est Dieu lui-même, le souverain Bien : lui seul peut étancher la soif qui nous dévore. — Des paroles de dévotion sur les lèvres ne supposent pas toujours la dévotion dans le cœur. Qui de nous ne s'écrierait avec le Pharisien de l'Evangile : Heureux celui qui aura part au festin dans le royaume de Dieu ? Mais des paroles ne sont que des paroles ; et si la pratique ne vient pas s'y joindre, à quoi serviront-elles qu'à nous condamner? d'inutiles désirs ne remplacent pas les œuvres : « Les désirs tuent le paresseux. » dit le Sage. (Prov. xxi, 25).
v. 16. « Un homme donna le soir un grand festin, et y invita de nombreux convives. » — Le maître du festin, c'est Dieu luimême. Le festin, c'est le royaume messianique, l'Eglise sur la terre, le festin eucharistique, le ciel. — La préparation par Moïse, et l'invitation par les prophètes remplissent toute l'ancienne alliance. — Le grand festin du ciel, a) apprêté par l'amour, b) offert par la miséricorde, c) repoussé par l'ingratitude. — Invitation divine, a) honorable, b) d'un prix inestimable, c) universelle, n'excluant personne, d) pressante, e) obligatoire, et que nous ne pouvons repousser sans nous perdre. — Dieu nous invite, mais ne nous force pas ; il nous laisse libres d'accepter et de refuser. Dieu nous prévient par sa grâce ; nous ne pouvons rien sans elle, mais aussi, elle ne peut rien sans nous. — Le festin auquel Jésus-Christ nous invite, selon l'interprétation des SS. Pères, c'est le banquet eucharistique. C'est véritablement un grand festin. Grand, 1) par rapport à celui qui le donne : a) C'est le Fils unique de Dieu, éternellement engendré, consubstantiel au Père, qui s'est fait homme par amour pour nous, notre Dieu, notre Roi, notre Juge, notre Sauveur, b) Il y manifeste un amour infini, une puissance non moins infinie par les merveilles qu'il y opère. 2) Grand par les mets qu'il nous présente : a) C'est la chair et le sang de Jésus-Christ lui-même ; b) les effets de cette divine nourriture sont merveilleux, transforment notre âme, en lui communiquant une vie toute divine. 3) Grand par rapport aux invités : a) L'invitation s'adresse à tous les hommes, ou du moins à tous les chrétiens ; personne n'en est exclu que par sa faute, b) Elle se perpétue de siècle en siècle, jusqu'à la fin du monde, c) Notre indignité et notre misère ne sont pas des raisons suffisantes pour nous en
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éloigner; au contraire, elle s'adresse spécialement aux âmes faibles, malades, indigentes, aux pauvres pécheurs. 4) Grand par rapport aux dispositions qu'il exige : a) Nous devons être revêtus de la robe nuptiale, c'est-à-dire, en état de grâce, b) Nous devons recevoir notre Sauveur avec humilité, comme notre Roi, avec crainte et horreur du péché, comme notre Juge, avec confiance, comme notre Ami, notre Sauveur, notre souverain Bienfaiteur. v. 17. « A V heure du repas, il envoya un serviteur dire aux convives de venir, parce que tout était prêt. » — Ce serviteur qui appelle les convives à l'heure du festin, c'est Jésus-Christ lui-même, qui appelle les Juifs à la pénitence. Dieu nous appelle à lui, a) par la voix de la conscience, b) par les bienfaits qu'il verse sur nous, c) par les épreuves qu'il nous envoie, d) par la bouche des ministres de son Eglise. — « A l'heure du repas. » — La grâce de Dieu a son heure, qu'il est très-dangereux de laisser échapper. — « Il envoya dire aux convives de venir. » — L'invitation, la vocation, l'attraction de la grâce vient de Dieu, la détermination, la coopération doit venir de l'homme. — « Parce que tout était prêt. » — Nous trouvons clans la sainte Eglise toutes les dispositions, tous les moyens, tous les secours nécessaires pour notre salut. Rien ne manque du côté de Dieu, mais, hélas! tout manque du côté de l'homme.
v, 18. « Mais tous comme de concert commencèrent à s excuser. » — Amour ineffable de Dieu pour les hommes ! Monstrueuse ingratitude des hommes pour Dieu! Deux mystères également insondables ! — La manie de s'excuser, manie, a) bien vieille ; elle remonte à Adam (Gen., m, 13); b) bien générale ; c) bien méprisable.
v. 18-20. « Le premier dit : J'ai acheté, etc. » — Ce sont les mêmes excuses qui empêchent tous les jours les pécheurs de se convertir : a) l'attachement déréglé aux biens de la terre : « Tai acheté une maison de campagne, et il est indispensable que j'aille la voir; » b) les soucis et les inquiétudes de cette vie : « Tai acheté cinq paires de bœufs et je vais les essayer ; » c) la concupiscence de la chair, l'amour effréné des plaisirs qui avilissent l'homme : « Je me suis marié, et c'est pourquoi je ne puis y venir. » « Je ne puis venir; » euphémisme pour dire : je ne veux pas venir. Ce n'est pas le pouvoir qui manque au pécheur pour se convertir, au chrétien pour remplir ses devoirs et se sauver, c'est la volonté. — Excuses du pécheur impénitent, a) nombreuses par leur diversité : elles ne manquent jamais au pécheur qui veut s'étourdir ; b) nulles par leur valeur : elles ne peuvent subir un examen sérieux; c) funestes par leurs suites : elles ne servent qu'à aveugler le pécheur, à le confirmer dans son impénitence, et ne le préservent pas des châtiments de la justice divine.
Deiiaut. L'Evang.— T. III 27
v. 21. « Au retour, le serviteur transmit ces réponses au o/ia i!rc. » — Les fidèles ministres de Jésus-Christ deviendront eux-mêmes les accusateurs des pécheurs que leur zèle, leur dévouement, leurs prières n'auront pu convertir. — « Alors, le père de famille, irrite', dit au serviteur. » — Juste colère du père de famille. Toutes les frivoles excuses des pécheurs ne peuvent la désarmer ; elle se manifestera bientôt par la réprobation des Juifs et la ruine de Jérusalem. — La colère de l'amour méprisé est terrible. — « Abscondite vos al ira Agni. » (Apoc, vi, 1GJ.
« Allez vite dans les places et les rv.es de la ville, et amené: ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » — Repoussé par les Pharisiens orgueilleux, Jésus-Christ appelle à lui les publicains, le pauvre peuple, ceux que le monde méprise, et qui se méprisent eux-mêmes. Ceux qui sont méprisés du monde sont souvent estimés de Dieu.
v. 22. « A son retour, le serviteur dit : iS'eigneur, il a été fait comme vous Vavez commandé. » — Heureux le serviteur qui peut dire : Il a été fait comme vous l'avez ordonné ! — « Et il y a encore de la place. » — H y a toujours de la place dans le ciel pour ceux qui veulent sérieusement se sauver. Parole de condamnation pour ceux qui ne veulent pas venir ; parole d'encouragement pour ceux qui n'osent venir.
v. 23. « Et le maître dit au serviteur : Aile: dans les chemins et le long des haies, et presse: d'entrer, afin que ma maison soit remplie. » — Les grâces divines rejetées par les uns retournent sur les autres. Vocation des Gentils. — Pressez-les d'entrer : « Compelle intrare, dit Maldonat, non signi/icat, ad /idem cogendos esse homines, sed adeo rogandos, adeo incilandos, ut quodammodb compelli videanlur. » — Il est une sainte violence de l'amour qui est le fruit naturel d'un zèle ardent pour le Salut des âmes : « Foris inveniatur nécessitas, nascitur intùs voluntas. » (S. Aug.j.
v. 24. « Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui étaient conviés ne goûtera de mon banquet. » — La synagogue orgueilleuse et animée de l'esprit phari^aïque est réprouvée, exclue du royaume de Dieu, et les Gentils sont appelés à prendre sa place. — Dieu méprisera, repoussera à son tour, ceux qui l'auront méprisé, repoussé.
PROJETS HOMILETIQUES.