LE JEUNE HOMME RICHE. — LE DANGER DES RICHESSES
(Mt. xix, 16-29. Mr. x, 17-30. L. xvm. 18-30).
« Comme Jésus était en chemin, » poursuivant ses courses évangéliques, un jeune homme (v. 22), riche,, « des premiers (Ventre le peuple, » probablement chef de la Synagogue, ou remplissant quelque magistrature dans la ville où il résidait, « accourut » vers le Sauveur, « et fléchissant le genou devant lui, il lui dit : Bon Maître, » je sais que vous pouvez m' apprendre ce que j'ignore; « dites-moi donc, » je vous en prie, « ce que je dois faire pour obtenir la vie éternelle? » S'il fallait en croire certains rabbins, il suffirait d'observer quelque précepte, quelque pratique à laquelle ils attachaient une importance particulière pour être assuré de son salut. Ainsi, par exemple, d'après le R. Eliézer, celui qui récitait trois fois chaque jour le psaume 14o, ne pouvait manquer d'aller au ciel tout droit. Le jeune homme qui interrogeait Jésus, malgré sa fidélité à observer, du
Mr. 17. Et cùm egressus esset in viam, procurrens, quidam L. princeps, M'', gonu flexo ante eura, rogabat eum : — M1. Magister bone, quid boni faciam, ut habeam vitam aeternam ?
moins extérieurement, les observances de la loi mosaïque, sentait intérieurement que Dieu lui demandait quelque chose de plus^ et regardant Jésus comme un prophète envoyé de Dieu, il espérait trouver auprès de lui l'éclaircissement de ses doutes et l'apaisement de ses inquiétudes.
« Jésus lui répondit : Pourquoi m' appelez-vous Bon Maître1? » Comprenez-vous la valeur de ce titre? Comprenez-vous qu'il ne peut convenir à celui qui ne serait qu'un homme, et qu'en me le donnant vous m'attribuez réellement la nature divine? (S. Au g). « Pourquoi me demandez-vous encore quel lien vous devez faire pour obtenir la vie éternelle (b)? » Cette demande est superflue, et renferme en elle-même sa propre réponse : il n'y a pas plusieurs biens ; « il n'y a qu un bien, » unique et absolu, « c'est Pieu. Si donc vous voulez obtenir la vie éternelle, » vous n'avez qu'une seule chose à faire, c'est d'accomplir la volonté de Dieu, « c'est de garder ses commandements. » — « Mais lesquels dois-je garder? » reprit le jeune homme, car, ils ne sont pas tous d'une égale importance. La loi renferme tant de préceptes; qui peut se flatter de les observer tous? — Il en est, sans doute, de plus essentiels, de plus parfaits, dont l'observation doit nous donner l'assurance de notre salut; quels sont-ils?
« Jésus lui dit : Ces commandements, vous les connaissez » aussi bien que moi; il n'est pas nécessaire
Mr. 48. Jésus autem dixit ci : Quid me dicis bonum? — W. 47. Quid me interrogas de bono ? Unus est bonus, Deus. Si autem vis ad vitam ingredi, serva mandata. — 48. Dicit illi : quae? Jésus autem dixit : — L. 20. Mandata nosti :
(b) Les éditions ordinaires du texte grec porte la leçon : ti lie )iy£Î; àyaôôv, « quid me dicis bonum?» comme dans saint Luc et dans saint Marc; mais la leçon, ft u.e èpojtàç 7t£pt toO àyatoù; conforme à la Vulgatc, est préférée par les meilleurs critiques. Quelques interprètes (tels que Maldonat), trouvent que les deux leçons ont le même sens, et ils les traduisent de cette manière : « Pourquoi me traitez-vous de bon en m'interrogeanl? » — Mais c'est là une traduction bien forcée, et c'est faire parler Jésus-Christ d'une manière bien barbare. Quant à trouver dans cette manière de parler un idiotisme hébraïque, une telle supposition, dit Sehegg, n'a pu avoir lieu que dans la sainte enfance de la science hébraïque.
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de les aller chercher au loin ; ce sont tout simplement ceux du Décalogue : « Vous ne tuerez point, vous ne commettrez point d'adultère, vous ne déroberez point, vous oie rendrez point de faux témoignage. Honorez votrepère et votre mère, et aimez votre prochain comme vous-même. — Maître, répliqua le jeune homme, » non seulement je connais ces commandements, mais «je les ai gardés dès mon enfance. Que me manque-t-il encore? » Il se trompait en parlant ainsi; il se faisait illusion à lui-même; il avait bien gardé les pratiques extérieures de la loi, mais il n'en avait pas observé l'esprit; son cœur, trop attaché aux biens de la terre, ne pouvait donner à Dieu l'amour souverain et sans partage qu'il demande, et le peu de soin qu'il avait eu a soulager les misères de ses frères, lui montrait assez qu'il n'aimait pas son prochain comme lui-même : de là les inquiétudes secrètes qu'il sentait au dedans de luimême et qu'il ne pouvait parvenir à calmer.
Touché de ses bonnes dispositions, qui étaient sincères, mais pas assez énergiques pour triompher des obstacles qui s'opposaient en lui à l'action de la grâce divine, « Jésus jeta sur lui un regard de complaisance, ef lui dit : Une seule chose vous manque. Si vous voulez être parfait, » si vous voulez entrer dans la voie de la perfection où Dieu vous appelle, « allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres; » et vous n'y perdrez rien, car, en place des biens passagers et corruptibles, « vous amasserez pour le ciel des trésors qui dureront éternellement; puis, » quand vous aurez fait cela, k venez, et suivez-moi; » dévouez- vous, à ma suite, au ministère apostolique, auquel je veux bien vous appeler, mais aussi, pour lequel j'exige, non d'une manière absolue, mais dans les circonstances présentes, l'entier
Non oecides, non nuechaberis, non furtum faciès, non falsum testinionium diccs : Honora pâtreiù et matrcm. — flt. 19. Et dilues proximum tuuih sicut teipsiïm. — M'1. 20. At ille fespondens ait illi : Magistère hœc omnia pHservàyi à juvénilité meà. Mt. Quid adhùc mihi deest? — M>\ 21. Jésus autem intuitus cuni, dilcxit eum, et dixit ei : L. 22. Adhùc unum tibi deest. Mt. 21. Si vis perfoctus esse, vade, — L. 22. Omnia quaecumque habes vende, et da pauperibus, et habebis thcsaurum in ccelo, et veni, sequere me.
abandon des biens terrestres. La pauvreté volontaire n'est pas une condition indispensable pour obtenir le salut éternel, mais c'est un moyen de se l'assurer, d'en éviter les obstacles, de faire de plus grands progrès dans la sainteté et la perfection; c'est un conseil évangélique. La perfection consiste essentiellement dans l'amour de Dieu et du prochain; les conseils évangéliques sont des moyens puissants d'acquérir cet amour à un degré plus élevé. Le sacrifice de ses biens terrestres, était en particulier pour ce jeune homme, s'il voulait correspondre à la grâce divine qui l'appelait à l'apostolat, une condition indispensable.
« A cette parole de Jésus-Christ, le jeune homme s'en alla triste, car il avait de grands liens (b). » Jésus avait touché la plaie sensible et secrète de son âme, qui était un trop grand attachement aux biens de la terre, et, malgré ses bonnes résolutions, il ne se sentit pas le courage de faire le sacrifice que Jésus lui demandait. Que devint-il, et eut-il plus tard plus de courage, pour suivre les inspirations de la grâce divine? On aime à le supposer, mais nous l'ignorons.
Cette scène avait profondément ému notre Sauveur. Il lui était pénible de voir de si belles dispositions dans le cœur de ce jeune homme devenues inutiles par son irrésolution et sa faiblesse; il déplorait la tyrannie effrayante qu'exerce sur un cœur né pour la vertu une seule passion non réprimée. « Tournant vers ses apôtres un regard » où se peignaient la pitié et la tristesse :
Mt. 22. Cùm audisset autem adolescens verbum, abiit tristis : erat enim habens multas possession.es. — Mr. 23. Et circumspiciens Jésus, ait discipulis suis :
(b) L'Evangile des hébreux ajoute au récit évangélique les circonstances suivantes : « Respondit ad eum : feci. Dixit ei : Vade, vende omnia quœ possidcs, et divide pauperibus, et vent, sequere me. Cœpit autem dives scalpere caput suum (/), et non placuit ci. Et dixit ad eum Dominas : Quomodo dicis : legem feci et prophetas? Quoniam scriptum est in lege, diliges proximum iuum sicut te ipsum; et ecce multi fratres tui, filii Abrahœ amicli sunt stercorc (!) morientes prœ famé, et domus tua plena est multis donis. et non egreditur omnino aliquid ex eâ ad eos. » Sepp considère ce récit comme authentique : il n'est pas difficile.
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« Oh! s'écria-t-il, qu'il est difficile pour ceux qui ont des richesses, » et qui y mettent leur confiance, « d'entrer dans le royaume des deux! » Le cœur s'y attache naturellement comme l'oiseau s'attache à la la glu de l'oiseleur, et cet attachement déréglé éteint l'amour de Dieu, et rend en quelque sorte le salut impossible.
« Or, ses disciples étaient tous étonnés de ce discours. » Ils ne concevaient pas que les richesses, qui peuvent offrir tant de moyens de faire des bonnes œuvres, pussent être un si grand obstacle au salut. Mais, Jésus leur dit de nouveau : « Mes enfants oien-aimés, qu'il est difficile à ceux qui se confient en leurs richesses d'entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau d'entrer dans le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu (c). »
« /Sfes disciples, entendant cela s'étonnaient grandement; y> car, la cupidité, l'attachement aux biens de la terre, était alors, comme il l'est toujours, la passion dominante, le vice originel des Juifs ; « Us disaient entre eux : Qui donc pourra être sauvé? » Jésus, « arrêtant
Quam difficile qui pecunias habent, in regnum Dei introibunt! — 24. Discipuli autem obstuposcebant in verbis ejus. At Jésus rursùs respondens, ait illis : Filioli, quam difficile est, confidentes in pecuniis, in regnum Dei introire ! — 25. Faciliùs est camelum per foramen acùs transire, quam divitem intrare in regnum Dei. — 26. Qui magis admirabantur, dicentes ad semetipsos : Et quis potest salvus essi1?
le) Cotte comparaison hyperbolique était une locution proverbiale, usitée parmi les Juifs, pour exprimer une chose d'une extrême difficulté. « Etes-vous de ceuxlà, » lisons-nous encore dans le Thalmud, « qui font passer un éléphant par le trou d'une aiguille? — An ex eis es nui clephantem per foramen acû* traji— ciunt? » Ils disaient encore : « Le chu* d'une aiguille peut contenir deux amis; pour contenir deux ennemis, le monde est trop e'troit. » — A l'éléphant, Jésus a substitué le chameau, animal plus connu en Palestine. On trouve également dans le Coran de Mahomet : « Avant qu'Us n'entrent en Paradis, un chameau aura passe par le trou d'une aiguille. » (Sura, vil, 38).
Plusieurs interprètes veulent que le texte grec se traduise ainsi : « Il est plus aisé de faire passer un cable par le trou d'une aiguille que de faire entrer un riche dans le royaume de Dieu. » Mais xàur)),o; n'a jamais voulu dire un câble; et la leçon qui voudrait faire lire vAu.0.o:, qui signifie en effet un câble, n'a pour elle que l'autorité de deux manuscrits de nulle valeur. Kàu.i),o<; est un tonne nautique dont Jésus n'a pas dû se servir dans l'usage habituel. — Suivant d'autres encore, on appelait à Jérusalem le trou de l'aiguille une petite porte latérale, près de la grande porte, basse et étroite, destinée uniquement pour les piétons, et où les chameaux ne pouvaient passer avec leurs charges.
Dehaut. L'Evang.— T. III, 36
sîo' eux son regard, leur dit : » le détachement que j'exige de mes disciples est difficile, on peut même dire « est impossible aux hommes, » réduits à leur propre impuissance; « mais tout est possible à Dieu, » et à la grâce de Dieu.
« Pierre alors, » prenant, suivant sa coutume, la parole au nom des autres apôtres, « dit a Jésus-Christ : pour nous autres, » nous avons suivi le conseil que vous donniez tout à l'heure à ce jeune homme; nous ne possédions, il est vrai, qu'une barque et quelques filets; c'était notre unique gagne pain ; « nous avons quitté tout cela pour nous suivre; » or, celui-là quitte beaucoup, qui ne se réserve rien (S. Aug.); « quelle sera notre récompense? Jésus leur répondit : Je vous le dis, en vérité, lorsqu'au temps de la régénération, » de la palingénésie future, de la résurrection dernière, où le monde sera renouvelé,, où il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle, « le Fils de l'homme, » descendant sur les nuées du ciel, resplendissant de gloire et de majesté, « siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez servi, » vous partagerez ma gloire et ma puissance, vous prendrez part à ma dignité royale, « vous siégerez à mes côtés, » comme les princes et les ministres de mon royaume, « sur douze trônes, pour juger, » avec moi, « les douze tribus d'Israël, » ou plutôt le monde entier, tout le peuple de Dieu, qu'elles représentent. « En vérité, je vous le dis, nul ne quittera sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mire, ou son épouse (suivant le grec), ou ses fils, ou ses champs, à cause de moi, et à cause de l'Evangile, » pour professer sa foi, pratiquer une vie plus parfaite, lequel, par les
27. Et intuens illos Jésus ait : Mt 26. Apud homines hoc impossibilc est : apud Deum autem omnia possibilia sunt. — Mt. 26. Tune respondens Petrus dixit ei : Ecce nos reliquimus omnia, ot secuti sumus te : quid ergo erit nobis ? — 28. Jésus autem dixit illis : Amen dico vobis, quod vos, qui secuti estis me, in regeneratione, cùm sederit Filius hominis in sede majestatis suœ, sedebitis et vos super sedes duodeeim, judicantes duoclecim tribus Israël. — M1'. 29. Amen dico vobis, nemo est qui reliquerit domum, au fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem (aut uxorem), aut fdios, aut agros, propter me et propter evangelium,
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joies spirituelles dont je le comblerai et par le bonheur qu'il éprouvera à mon service, « ne reçoive au centuple, dès cette vie même, des maisons, des frères, des sœurs, des mères et des enfants, et des terres, avec des persécutions, » pour augmenter ses mérites ; lequel trouve au centuple « (même au milieu des persécutions, » qui ne seront pour lui qu'une faveur de plus), dans la joie d'une bonne conscience, dans les consolations intérieures de la grâce, dans l'amour de Jésus-Christ, dans les douceurs ""de la charité fraternelle, qui lui susciteront de toutes parts, dans la communauté chrétienne, de nouveaux frères, (a) de nouvelles sœurs, de nouvelles richesses, en compensation de celles qu'ils auront quittées; qui ne trouve, dis-je, en tout cela, et dans l'espérance des biens éternels, etc., un riche dédommagement de tout ce qu'il aura sacrifié pour moi, « et de plus, dans le siècle futur, la nie éternelle, » toutes les joies, toutes les délices de l'éternelle félicité des cieux. « C'est alors que "beaucoup de ceux qui avaient été les premiers, » ici-bas, par leurs richesses, leur considération, leur vocation en quelque sorte privilégiée au royaume messianique, tels que les Pharisiens, les Juifs incrédules et endurcis, « seront les derniers » (les Juifs, comme corps de nation, ne se convertiront qu'à la fin des temps, après la conversion des Gentils), « et ceux qui avaient été les derniers, » les pauvres, les rebuts du monde, les apôtres, les publicains, les méprisés, les Gentils, etc., « seront les premiers. »
30. Qui non accipiat centies tantùm, nunc in tompore hoc, domos, et fratres, et sorores, et filios, cl agros, cum perseculionibus, et in soeculo futuro, vitam a3ternam. — 34 . Multi autem erunt primi novissimi, et novissimi primi.
(«) C'est ce que Théophylacte développe très-bien: «Qu'ul confert uxor domui viri? Onuiino curât ut vir liaient quod edat, quitus induatur, et horum omnium curant adinut viro. Ihvc autem officia ctiam Apostolis in hoc sœculo restituta videra liccl. Quoi mulieres fuêre quibus cura erat de amictu et esu eorum, et qufp ministrarunl eis qui nihil liorum curabant, sed solùm sermonem et doctrinam ? Similiter matres et patres multos habuerunt apostoli, qui illos diligerent : Et quod majus est, hœc omnia in persecutionibus possident SQi.çti. »
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
M1. XIX. v. 26. « Jésus continua sa route, et voilà qu'un jeune homme, noble et riche, s approcha, et fléchissant le genou, lui dit : Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle? » — C'est là la question la plus grave, la plus importante que chacun puisse se proposer, question bien supérieure à tous les problèmes de la science et de la philosophie humaine. Celui qui ne se l'adresse pas sérieusement dort d'un profond sommeil, ou vit comme un enfant sans réflexion dans une dissipation continuelle ; il ne mérite pas le nom d'être raisonnable. — Rien de plus louable que de vouloir connaître la voie du salut ; rien de plus sage que de s'adresser pour cela à Jésus-Christ. — Mais, ô mon Dieu, je connais assez la voie que je dois prendre pour me sauver : ce qui me manque, c'est le courage d'y marcher avec résolution et persévérance. — Que votre grâce puissante supplée à ma faiblesse.
v. 17. « Jésus lui répondit : Pourquoi m'interrogez-vous, sur ce qui est bon? Dieu seul est bon. Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. » — Dieu seul est bon absolument, par essence et par nature : il est le bien absolu, la source unique de tous les biens que sa bonté se plaît à répandre sur toutes les créatures. Le bien moral consiste à accomplir sa volonté : c'est en vain que l'on voudrait chercher un autre chemin pour aller au ciel que l'observation de ses commandements : il n'y en a point d'autre.
v. 20. « Le jeune homme répondit : J'ai gardé tous ces commandements depuis mon enfance : que me manque-t-il encore^ » — Ce jeune homme ne manque pas de bonnes dispositions. Il a le désir sincère de servir Dieu, de faire tout ce qu'il faut pour acquérir la vie éternelle. 11 se rend le témoignage qu'il a accompli fidèlement les préceptes de la loi, et nous n'avons pas de motifs pour douter de sa sincérité. Il manifeste le désir de mener une vie plus parfaite. Tout cela, assurément, est bon et louable, et la conduite de ce jeune homme confondrait bien des chrétiens de nos jours. Mais, cet accomplissement purement extérieur, et, pour ainsi dire, mécanique de la loi, destitué de l'esprit intérieur, de l'amour de Dieu et du prochain, du détachement des choses de la terre, lui laisse un vide, une inquiétude secrète au fond du cœur, et il sent que Dieu demande de lui quelque chose de plus.
v. 21. «Jésus lui dit: Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, puis, venez, et suivez-moi, et vous aurez un trésor dans le ciel. » Conseils évangéliques. — Jésus nous demande tout entier, si nous voulons qu'il se donne à nous tout entier : l'amour et la possession
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de Jésus suppléent abondamment à tout le reste. — Point de partage dans notre dévouement, si nous voulons que Jésus ne mette point de parcimonie dans ses faveurs.
v. 22. « Lorsqu'il eut entendu cette parole, le jeune homme s'en alla triste, car il avait de grands biens. » — Malheureuse cupidité ! Amour des aises et des commodités de la vie, que vous avez étouïfé de vocations, que vous avez empêché d'âmes d'embrasser l'état de la perfection, et d'y persévérer I Mais, après tout, pourquoi cette tristesse? Ce n'était pas un commandement absolu que Dieu lui faisait sous peine de damnation; ce n'était qu'un conseil de perfection laissé à son choix. Tout cela est vrai, mais quand Jésus a parlé, qu'il nous a invités à un état plus parfait, on a beau dire que ce n'est pas un commandement, qu'on peut se sauver dans le monde, on ne renonce point à sa vocation sans une peine de cœur, sans une tristesse secrète qui nous reproche notre lâcheté. On peut se sauver dans le monde; mais qu'il est à craindre que l'amour du monde, qui nous a détournés de la perfection, ne nous fasse manquer ensuite à l'essentiel ! Nous ne savons pas ce que devint ce jeune homme, mais il est bien à craindre que cet attachement qui l'empêcha de suivre Jésus, ne l'ait aussi empêché, plus tard, de se déclarer pour la foi chrétienne, dans un temps où l'on ne pouvait le faire sans s'exposer à perdre, non-seulement ses biens, mais sa vie même. (Êv. méd. de Duquesne.)
v. 23. « Jésus dit alors à ses disciples : En vérité, je vous le dis, difficilement un riclie entrera dans le royaume des deux. Je vous le dis encore une fois, un chameau passera plus facilement par le trou d'une aiguille, qu'un riche n'entrera dans le royatcme des deux. » — Les biens de la terre sont un grand obstacle au salut, parce qu'il est rare de les posséder sans les aimer. Ce n'est pas que les richesses soient mauvaises en elles-mêmes et absolument inconciliables avec le salut, mais l'homme est mauvais, et il abuse des dons de Dieu pour sa perte. — L'amour des richesses a) matérialise l'homme et le rend insensible aux biens spirituels et célestes, aux choses de l'éternité, à tout ce qu'on ne peut ni voir ni toucher; b) ne laisse plus de place à l'amour de Dieu; c) endurcit le cœur, et rend l'homme insensible aux besoins des malheureux ; d) favorise et alimente toutes les passions, en nous offrant les moyens de les satisfaire ; é) en nourrissant la cupidité, est une cause permanente do fraudes, de vols, d'injustices, de duplicité, d'usure, etc. ; f) est une passion d'autant plus dangereuse, qu'elle s'aveugle et se justifie ellemême. — Il faut une espèce de miracle pour que les riches se sauvent malgré leurs richesses et qu'ils puissent se conserver sans attache, sans orgueil et sans injustice. — C'est donc un
malheur d'être riche; Jésus-Christ nous l'assure; on le prêche tous les jours, mais à qui parvient-on à le persuader? — « Aih rum erogare, bonum ; reponere, malum; contemnere, validum; fugere, persecîirum ; quocl sicut vincere mrtutis est, ità fclicitatis est, evasisse. » (S. Petr. Chrys.)
v. 25, 26. « Ils se disaient entre eux : Qui donc pourra être salivé? Jésus, fixant sur eux son regard, leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais rien n'est impossible à Dieu. » — Parole consolante pour les pécheurs, et accusatrice pour les lâches. Qui que nous soyons, prenons courage. C'est Dieu qui veut être l'auteur de notre salut. Il n'y a que lui qui le puisse être, mais aussi, rien ne lui est impossible. Il n'est point d'obstacles, de quelque part qu'ils viennent, que la grâce ne puisse surmonter. — Confiance donc ferme et persévérante en la bonté et la miséricorde divines, et nous triompherons de toutes les difficultés.
v, 27-30. Voyez les Projets liomilétiques qui suivent.
PROJETS HOMILÉTIQUES.