‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 344 sur 419 · DERNIÈRE SEMAINE DE LA VIE MORTELLE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

DERNIÈRE SEMAINE DE LA VIE MORTELLE DU SAUVEUR

§ ci.

SOUPER CHEZ SIMON LE LÉPREUX. — MARIE-MAGDELEIXE PARFUME LES PIEDS DE JÉSUS,

(8 et 9 nisan, vendredi et samedi, 31 mars et 1er avril de l'an 30.) (J. xh, \-\\ ; M*, xxvi, 6-13; M'\ xiv, 3-9.)

Le terme fixé par le Père céleste pour le sacrifice de son Fils unique avançait à grands pas. Jésus, qui, jusqu'alors, s'était dérobé à la fureur de ses ennemis, vient lui-même se livrer entre leurs mains. « Six jours avant Pâques, « avant le 14 nisan, ou le premier jour des azymes, par conséquent, le 8 nisan, correspondant au vendredi, 31 mars, de Fan 30 de l'ère chrétienne,, vers le soir, « Jésus vint à Béthanie, ou Lazare était mort, et arait été ressuscité par lui. » Il y resta ce soir-là et le jour suivant, car c'était le sabbat. Or, on ne pouvait, le jour du sabbat, faire plus de 2.000 pas î.ors de la ville où l'on était, quoiqu'on pût, dans l'enceinte de la ville, fût-elle aussi grande que Ninive, marcher aussi longtemps qu'on le voulait. Notre Seigneur n'aurait donc

J. XII. 1. Jésus ergo ante ses die? Paschae venit Bethaniam, ubi Lazarus iuerat raortuus, que m suscitavit Jésus.

pu venir le jour du sabbat, de Jéricho à Béthanie, puisqu'il y avait entre ces deux villes 1 8.000 pas de distance. Il n'y vint pas non plus le dimanche, puisque c'est dans ce jour qu'il fit son entrée à Jérusalem.

Le lendemain, qui était le jour du sabbat (gracieux épisode, à la veille d'un drame terrible), « il fut invité, » avec ses disciples., « à souper chez Simon le lépreux, » proche parent ou ami de Lazare, ainsi surnommé le lépreux, parce qu'il avait été attaqué de cette horrible maladie, dont Jésus, probablement, l'avait délivré. « Marthe servait, et Lazare son frère était l'un des convives. » Nous avons déjà eu occasion de remarquer que Ton mangeait alors, le corps couché sur des lits, le coude gauche appuyé sur la table et les pieds nus en dehors. Les convives déposaient leurs sandales à la porte de la salle du festin, on leur lavait les pieds, et quand l'hôte était de grande distinction, on lui parfumait la tête. « Marie » sœur de Marthe et de Lazare, empressée de témoigner son amour et sa vive reconnaissance envers celui qui lui avait rendu un frère bienaimé, « prit une livre d'huile parfumée, du nard le plus pur, » (c'est-à-dire, extraite de l'épi et des feuilles d'un arbrisseau odorant, nommé le nardîis indica , de la famille des Valérianées,) « lequel était alors d'un grand prix » (d'après Pline l'ancien, xm, 3, ce parfum était estimé à l'égal des pierres précieuses et se vendait jusqu'à 400 deniers la livre); « et rompant le vase d'al- Mtre, » à long col et sans anse, qui contenait le parfum, « elle le répandit sur la tête de Jésus qui était à table, puis elle oignit les pieds du Sauveur, et les essuya avec ses cheveux, et toute la maison fut remplie de l'odeur de ce parfum. »

L'amour ne compte pas; mais Judas, lui, ce « Judas, natif de Kerioth, qui/levait trahir Jésus, » savait comp-

2. Fecerunt autem ei ceonam ibi, et Martha ministrabat, Lazarus verb unus erat ex discumb:>ntibus enra eo. — 3. Maria ergo accepit libram unguenti nardi pistici pretiosi, M'', et fracto alabastro, M*, efï'udit super caput ipsius recumbentis, J. et unxit pedes Jesu et extersit pedes ejus capillis suis; et domus impleta est tx odore unguenti. — Ht. Videntes autem discipuli, indignati sunt. — J. 4. Dixit ergo unus ex discipulis ejus. Judas Iscariotes, qui erat eu m traditurus :

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ter, et connaissait trop le prix de l'argent. Il fut indigné d'une telle profusion,, que son esprit étroit ne pouvait comprendre; « quelques-uns des disciples » mais pour d'autres motifs que lui, « partagèrent son étonnement; » la vie pauvre de Jésus-Christ leur semblait incompatible avec le luxe d'un parfum aussi précieux. Judas, se faisant leur interprète., dit à haute voix : « Pourquoi perdre inutilement une liqueur aussi précieuse? » C'est un vol fait sur les pauvres. « Ne valait-il pas mieu ce vendre ce parfum, dont on aurait tiré trois cents deniers-, » environ trois cents francs, « et le donner aux pauvres? Mais, » remarque Févangéliste saint Jean « ce n'était pas le souci des pauvres, ([ui le portait à parler ainsi, » mais l'avarice, car « c'était un voleur. — C'était lui qui avait la bourse » commune, où étaient déposées les offrandes volontaires faites à Jésus, pour son entretien et celui de ses disciples, et dont la plus grande partie était distribuée en aumônes ; « il portait sur lui ce qu'on y déposait, » et cet apôtre infidèle et cupide s'en attribuait furtivement une partie. Effrayé de la puissance des ennemis de Jésus, et prévoyant pour son maître et pour ceux qui s'attachaient à lui quelque prochaine catastrophe, il projetait de l'abandonner et de se retirer, après avoir amassé un petit pécule, que ces trois cents deniers, dont il regrettait la perte, aurait pu arrondir.

Marie était confuse et troublée de ces murmures et de ce blâme public; mais Jésus prit sa défense avec sa douceur et son calme habituel : « Laissez-la, dit-il : pourquoi la blâmez-vous? Ce qu'elle a fait est bien fait; car, vous aurez toujours des pauvres parmi cous; » quand vous voudrez, vous pourrez leur faire l'aumône, vous aurez toujours l'occasion de faire des œuvres de charité ; « mais, vous ne m'aurez pas toujours, » vous n'aurez

Mt. Ut quid perditio haec? J. 5. Quare hoc unguentum non vaeniit trecentis denanis, et datum estegenis? — G. Dixit autem hoc, non quia do egenis pertinebat ad eum, sed quia fur erat, et loculos lmbens, ea quœ mittebantur portabat. — M'-. 6. Jésus autem dixit : Sinite cam; quid i 11 ï molesti estis? Bonum opus operata est in mo : Semper enim pauperes habetis vobiscum; et cuin volueritis, polestis illis benefacere : me autem non semper habetis.

Deuaut. L'Evang. — T. III. 40

plus longtemps l'occasion de faire quelque chose pour moi, car je vais bientôt vous quitter. L'action qu'elle vient de faire n'est pas sans signification et sans mystère ; poussée par un secret pressentiment, prophétesse sans le savoir, « ce qu'elle a pu faire, elle l'a fait; elle a d'avance parfumé mon corps pour la sépulture, » et, pressentant ma mort prochaine,, elle m'a rendu, en quelque sorte, les derniers devoirs. « En vérité, en vérité, je vous le dis, » ce qu'elle vient de faire, loin d'être pour elle un objet de blâme, sera au contraire un sujet d'universelle et perpétuelle louange; de même que ce parfum délicieux s'est répandu par toute la salle du festin, la bonne odeur de son action se répandra dans le monde entier; « 'partout où sera précitée la bonne nouvelle, dans le monde entier, on racontera ce qu'elle a fait, pour honorer sa mémoire; » tandis, aurait-il pu ajouter, que celui qui la critique maintenant, sera livré à la honte et au mépris. Nous sommes nous-mêmes témoins de l'accomplissement de cette étonnante prophétie.

« Or, un très-grand nombre de Juifs apprirent que Jésus était là, et ils vinrent, non pas .seulement à cause de lui, mais pour voir Lazare qu'il avait ressuscité. Les princes des prêtres songèrent donc à faire mourir aussi Lazare, parce qu'à cause de sa résurrection, beaucoup d'entre les Juifs se retiraient d'eu ce, et croyaient en Jésus. »

POLÉMIQUE RATIONALISTE

Les récits de saint Matthieu, xxvi, 6-13, de saint Marc, xiv, 3-9, et de saint Jean, xn, 1-11, se rapportent évidemment au même fait. Cependant Strauss j

8. Quorl habuit, hœc fecit; prœvcnit ungere corpus meum in sepulturam. — 6. Amen dico vobis : Ubicumque prœdicatum fuerit Evangelium istud in universo mundo, et quod fecit hœc narrabitur in memoriam ejus. — J. 9. Cognovit ergo turba multa ex Judaeis quia illic est ; et venerunt non propter Jesum tantum, sed ut Lazarum vidèrent, quem suscitavit à mortuis. — 40. Gogitaverunt autem principes sacerdbtum ut et Lazarum interlicerent. — \\. Quia multi propter illum abibant ex Judœis, et credebant in Jesum.

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trouve des divergences considérables, et dont la conciliation lui parait difficile.

1) « Différence chronologique. » — Saint Jean place cet événement six jours avant Pâques, et avant l'entrée triomphale du dimanche des Rameaux. — Saint Matthieu et saint Marc, au contraire, le placent après cette entrée triomphale, et probablement, deux jours avant Pâques. » — Réponse. Nous avons déjà plusieurs fois remarqué que saint Matthieu et saint Marc ne se sont pas astreints à suivre rigoureusement Tordre chronologique. La trahison de Judas rappelle à saint Matthieu et à saint Marc la circonstance qui paraît l'avoir déterminée, et où son avarice se manifeste ouvertement.

3) « Divergence par rapport au lieu où se fit le repas.

— D'après saint Matthieu et saint Marc, ce repas eut lieu chez Simon le lépreux, — D'après saint Jean, il dut avoir lieu chez Lazare, puisque Marthe y servait. »

— Réponse. Simon était l'ami, et peut-être le parent de Lazare; Marthe pouvait donc y servir, sans y être déplacée. — Saint Jean nous dit que Lazare était l'un des convives : s'exprimerait-il ainsi, si le repas avait eu lieu chez lui ?

3) « Divergence dans la manière dont se fit l'onction. D'après saint Matthieu et saint Marc, Marie répandit le parfum sur la tête de Jésus. — D'après saint Jean, elle le répandit sur les pieds. » — Réponse. Qui empêche d'admettre les deux choses, et de compléter les Evangélistes les uns par les autres? — Marie répandit d'abord le parfum sur la tête de Jésus; puis, pour empêcher l'huile parfumée de couler sur les vêtements de Jésus, ou à terre, elle la recueillit avec ses mains, et s'en servit ensuite pour oindre ses pieds.

S) « D'après saint Jean, le blâme de cette profusion est exprimé par le seul Judas : d'après les Synoptiques ce blâme est également partagé par les autres disciples. » — Réponse. Plusieurs disciples applaudirent aux critiques de Judas de bonne foi et par simplicité, (roj/c:l'explication), ne soupçonnant pas son hypocrisie et sa honteuse avarice, que saint Jean s'applique surtout à faire remarquer.

v. 5. « Mais, le récit de saint Luc offre des dicergen-

ces bien plus considérables encore. » — Réponse. Nous l'avouons. — Le repas dont parle Saint Luc eut Lieu longtemps auparavant, dans la Galilée, et non dans la Judée : il ne doit pas être confondu avec celui qui est l'objet du présent §... — « Mais celui qui donne le repas s'appelle aussi /Simon. » — Réponse. Simon ou Siméon était un nom très-commun parmi les Juifs. — D'ailleurs, celui dont parle saint Luc était pharisien et ennemi de Jésus-Christ; celui dont parle saint Matthieu avait été lépreux, était ami de Lazare, et probablement disciple de Jésus-Christ. — On voit que ces difficultés ne sont pas irrésolubles.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

J. XII. 1. « Six jours avant lapaque, Jésus vint à Béthanie. »

— Jésus passe les derniers jours qui précèdent sa mort dans le cercle et l'intimité de ses amis. La véritable amitié est un baume consolateur au milieu des épreuves de cette vie.

v. 3. « Marie prit une livre de parfum. » — L'amour qui brûle le cœur de Marie est un parfum bien plus précieux, aux yeux de Jésus-Christ, que celui qu'elle verse sur la tète du Sauveur. — C'est l'intention intérieure qui fait le mérite de nos actions. — Tout se passe en silence : le véritable amour n'aime pas le bruit ni le faste.

v. 5. « Pourquoi ce parfum na-t-il pas été vendu trois cents deniers? » — Celui qui se donne à Dieu doit s'attendre aux critiques des hommes du monde. — Faisons le bien lorsque la grâce de Dieu nous l'inspire, sans craindre le respect humain, et sans nous soucier des vaines censures des mondains. — Un avare compte pour perdu tout ce qui n'est pas employé à contenter son avarice.

v. 6. « Il dit cela, non qu'il se souciât des pauvres. » — L'égoïsme est toujours habile à se déguiser sous le voile de la vertu,

— Détestons l'hypocrisie ; que la franchise règne toujours sur nos lèvres. — L'avarice peut conduire à tous les crimes. — JéMis confie son argent à un larron, parce qu'il n'en fait aucune estime ; mais il garde lui-même les âmes et les rachète de son sang. Il se laisse dérober son argent, mais il n'a garde de se laisser ravir ses brebis. Bel exemple pour les pasteurs des âmes.

v. 8. « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous. » — Jésus d'abord; les autres viendront après. — Il n'y pas à craindre que celui qui aime Jésus oublie jamais les pauvres. — Poursuivre de ses railleries les personnes pieuses, c'est attaquer

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