‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 350 sur 419 · A. MARCHE TRIOMPHALE DE JÉSUS VERS JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

A. MARCHE TRIOMPHALE DE JÉSUS VERS JÉRUSALEM

(Mt. xxi, 4-9; Mr. xi, 4-10; L. xix, 29-38; J. xix, 12-46.)

Jésus avait passé le sabbat tout entier à Béthanie. « Le lendemain, » premier jour de la semaine, qui devait être la dernière de sa vie mortelle, il résolut de faire son entrée triomphale dans Jérusalem. Bien des fois, le peuple, plein d'enthousiasme, avait voulu le proclamer Roi d'Israël; toujours il s'était dérobé à cette ovation. Mais aujourd'hui, que son heure est arrivée, il cesse de repousser les hommages qu'on veut lui rendre, et laisse se manifester, dans toute leur liberté, les acclamations du peuple. Avant de faire son dernier sacrifice, il veut se montrer, à toute la nation, dans sa dignité royale, comme le Messie Libérateur, recevoir les adorations de son peuple, et prendre, en quelque sorte, possession de la Ville sainte. Il veut, pour la dernière fois, se manifester ouvertement à cette ville ingrate, qui doit bientôt le renier, comme le Messie que les prophètes ont annoncé, et qui seul peut la sauver, et aller lui-même, courageusement, au devant de ses meurtriers. Cette marche triomphale ne devait, d'ailleurs, entraîner pour la nation, sous le rapport poli-

J. XII. 21. In crastinum autem

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tique, aucune suite fâcheuse : l'excitation causée parmi le peuple devait être bientôt éteinte, par la mort qu'il devait subir dans quelques jours. Mais, en se présentant aux Juifs comme un Roi triomphateur. Jésus voulut donner à son triomphe le caractère d'humilité et de douceur qui devait marquer son règne messianique.

Entouré d'une foule immense, accourue à Béthanie, parle désir de voirie nouveau prophète, et parle bruit de la résurrection de Lazare, Jésus partit pour Jérusalem. « Près de cette ville, » au pied « et sur le penchant du mont des Oliviers, se trouvait » un village nommé « Bethpliagé » (maison des figues), ainsi nommé à cause des figuiers qui s'y trouvaient en grand nombre, « Avant d'y entrer, Jésus envoya devant lui deux de ses disciples, et leur dit : Allez à ce village, qui est deront vous; tout à l'entrée, vous y trouverez une ânesse attachée, avec son ânon, sur lequel nul homme ne s'est encore assis; déliez-les, et amenez-les moi. Et si quelqu'un vous dit : Pourquoi faites-vous cela? répondez : Le Seigneur en a besoin; et aussitôt, on vous les laissera emmener. » C'est sur cet animal modeste et pacifique, qu'aucun usage précédent n'avait encore profané, que la Providnece lui avait disposé pour le moment même où il devait en -avoir besoin, que Jésus voulait faire son entrée triomphale. Observons, toutefois, que l'âne de la Palestine, d'une couleur rouge clair, appartenait à une espèce moins dégénérée, plus active et plus vigoureuse que la nôtre; qu'elle servait, et sert encore actuellement de monture ordinairo. même pour les personnes riches et distinguées, et qu'on n'y attachait alors, comme cela a lieu actuellement parmi nous, aucune idée de bassesse et de ridicule. Quoiqu'il n'y eût rien d'humiliant à monter un àne ce fut ce-

M*. XXI. 4. Cùm appropinquassent Jerosolymis, et venissent Bethphagé, ad montem Oliveti. lune Jésus misit duos discipukfâ. — Dicens cïs : Ito in castellum quod contra vos est, et statira invenietis asinam alligatam, et pullum eu m eâ, M1-, super eruem nemo adhùc hominum sedit. Mt. Solvite, et adducito niihi. — A. M''. El si quis vobis dixerit : quid facitis? Mt. Dicite quia Domin-is lus opus habet : et confestim, dimittet eos.

pendant par humilité que le Sauveur choisit de préférence cet animal; et c'est ainsi que les Juifs euxmêmes l'avaient entendu. Il y avait, en effet, chez eux, une tradition populaire qui disait que, si Israël persévérait dans le bien, le Messie viendra vers lui dans les nuages du ciel ; mais qu'autrement, il viendra modestement sur un âne (a).

« Les disciples s'en allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné, » et tout se passa comme il leur avait annoncé, « Us trouvèrent Fanon, attaché dehors, à une 'porte, entre daix chemins, et ils le délièrent. Ceux à qui cette bête appartenait, leur dirent : Pourquoi déliez-vous cet ânon? Ils 'répondirent : Parce que le Seigneur en a besoin. » Les maîtres de l'âne ne répliquèrent pas, « et le laissèrent emmener, et les disciples le conduisirent à Jésus, » accompagné de sa mère, afin que l'âne suivît plus docilement. « Ils amenèrent donc V finesse et Fanon vers Jésus, mirent sur eux leurs vêtements, » les manteaux carrés qu'ils portaient sur leurs tuniques, « et firent asseoir Jésus sur les vêtements, »

M1'. 4. Et abeuntes invenerunt pullum ligatum antè januam foris in bivio : et solvunt eum. — Mt. 6. Euntes autem discipuli Fecerunt sicut prsecepit illis Jésus. — L. 43. Solventibus autem illis pullum, dixerimt domini ejus ad illos : Mr. Quid facitis solventes pullum ? — 6. Qui dixerunt eis, sicut praeceperat illis Jésus : L. Quia Dominus eum necessarium habet. M''. Et dimiserunt eum. — Mt. Et adduxerunt asinam et pullum, et irnposuerunt super eos vestimenta sua, et eum desuper sedere fecerunt.

(a) Bersch. rabba. 75 et 89, ou in Gènes, xlix, 11. « Quando Messias Hierosolymam veniet ad redimendum Israelitas, tune ligat asinum suum, eique insidet et Hierosolymam venit, ut semetipsum in humilitate gerat. Quando veniet ad colligendum Israelitas, tune equitabit in filio asinœ suce. Annon vero jam dudùm die t uni est de Messia (Daniel, vu, 13) : Ecce in nubibus cœli quasi Filius hominis venit? hep. Si Israelitas meruerint, eum nubibus cœli veniet; si non meruerint, pauper et insidens asino. » — Le roi Sapor ayant, à cause de cela, proposé un jour aux Juifs de leur envoyer pour leur Messie un cheval, comme étant un animal plus noble, un Juif lui répondit fièrement : Aucun de vos chevaux ne vaut l'âne du Messie; car celui-ci a cent couleurs. « Sapores rex dixit Samueli : di— citi); vos Messiam vestrum venturum super asinam, ego mittam ei equum nobilem. Respondit ei : Non est tibi equus centimaculus, qualis est asinus ejus. Dixit R. Joseph : Veniet Messias, et ego dignus habebor, qui sub umbra stercoris asini ejus sedeam (!) Les rabbins ont toute la généalogie de cet àne, qui devait servir au roi de la promesse. Ils le font descendre, par exemple, de l'âne qu'avait Abraham, lorsqu'il voulut immoler son fils Isaac, et de celui qui portait Moïse lorsqu'il allait en Egypte (Voy. Jalkut Rubens, fol. 28, 2 et fol. 79, 3, 4).

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dont l'ânon était recouvert. « Or, » remarquent saint Matthieu et saint Jean, « tout ceci eut lieu afin que s'accomplit l'oracle dm prophète (Zacharie, ix, 9) : » « Dîtes à la fille de 8 ion, » à Jérusalem : « Voici que ton Roi vient à toi, plein de douceur, monté sur un âne (b), sur le poulain d'une ânesse, mise » nouvellement « sous le joug. » — Saint Matthieu cite librement la traduction des Septante. Les anciens rabbins euxmêmes faisaient au Messie l'application de cette prophétie.

Toutefois, « les Apôtres ne comprirent point ceci tout d'abord, mais, » après la résurrection, « quand Jésus fut entré dans sa gloire, ils reconnurent que c'était de lui que ces choses avaient été écrites, et qu'il les avait accomplies. »

Cependant, le bruit de l'arrivée de Jésus, et du triomphe dont il était l'objet, s'était répandu dans Jérusalem, et avait mis tout le peuple en mouvement. « Une foule nombreuse, que la fête » de Pâques « y avait attirée, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, accourut au-devant de lui, portant des palmes a lamain, » empressée de voir et d'acclamer le nouveau prophète. « Et à mesure que Jésus avançait, cette multitude » confuse, composée de toutes sortes d'éléments divers, d'habitants de Jérusalem et d'étrangers venus pour la fête, suivant l'usage usité lors de l'entrée triomphale des princes et des rois, « étendait ses vêtements, » en guise de tapis, « le long du chemin (c); d'autres coupaient

4. Hoc autem totum factum est, ut adimpleretur quod dictum est per prophetam dicentem : — 5. Dicitc filiœSion : Eccerextuus venit tibi mansuetus, sedens super asinani, et pullum filium subjugalis. — J. 16. Htec non cognoverunt discipuli ejus primùm; sedquandô glorificatus est Jésus, tune recordati sunt, quia haec erant scnpta do eo, et hrec fecerunt ei. — J. 12. Turba multa, quae venerat ad diem festum, cùm audissent, quia venit Jésus Jerosolymam. — 13. àcceperunt ramos palmarum, et processerunt obviamei; — L. .'56. Ennte autem illo, Mt. 8. plurima turba straverunt vestimenta sua in via : Alii autem cœdebant

(b) Et non sur une ânesse, comme le traduit la Vulgate. (Voy. Polém., p. 480.)

(c) Lorsque Moïse, disent les auteurs juifs, revint de esez Pharaon vers son peuple, il fut reçu au milieu des chants et des fanfares, et les Hébreux jetaient

des "brandies d'arbres, et en jonchaient la terre sous ses pas. Et tout le peuple, ceux qui précédaient, et ceux qui suivaient, criaient à l'envi » en répétant les paroles du Ps. GXVIII, 26 : « Hosanna, » salut (litter. Salvet te Domintcs), « au Fils de David, » au Roi messianique, « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, » pour rétablir au milieu de nous le règne de David son Père ; « Hosanna au plus haut des deux! »

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