SEPTIÈME VOYAGE DE JÉSUS. - CONFESSION ET PRIMAUTÉ DE S. PIERRE
(Près de Césarée de Philippe.)
(M*, xvi. 43-20; L. ix. 48-20.— Evangile pour la fête de saint Pierre et de saint Paul (M1 43-21).
Après avoir guéri l'aveugle de Bethsaïde, « Jésus, » remontant vers le nord,, « se rendit aux environs de Césarée de Philippe, » l'ancienne Panéas, ville de Gaulanite, au pied du Liban, vers les sources du Jourdain, et qui, embellie et augmentée par le tétrarque Philippe, reçut de ce prince le nom de Césarée, en l'honneur de l'empereur Tibère, et fut appelée Césarée de Philippe, afin de la distinguer de l'autre Césarée, située en Palestine, sur le s bords de la Méditerranée. « Bans Je chemin, après avoir prié, » comme il le faisait habituellement toutes les fois qu'il voulait accomplir un acte important, « il dit à ses disciples : Que dit le peuple du Fils de l'homme?» ou autrement, que dit-on que je suis? C'est sous ce nom mystérieux que Jésus-Christ se désignait ordinairement. Nous en avons précédemment expliqué la signification (a). — Par son incarnation, le Fils unique de Dieu s'était fait réellement le Fils de l homme; il avait pris sur lui toutes les infirmités de l'humanité déchue, pour la relever de sa chute ; il était le nouvel Adam, le représentant de l'humanité entière, etc.
Les Apôtres « répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste » ressuscité des morts ; « les autres, Elie, » de retour sur la terre pour préparer les voies au
Mt. XVI. 13. Venit autem Jésus in partes Caesareœ Philippi ; — L. IX. 48. Et factum est, cùm soins esset orans, erant cum illo et discipuli; — M'" VIII. 27. In via interrogabat discipulos suos, dicens eis : Mt. Quem dicunt homines esse Filium hominis? — 44. At illi dixerunt : Alii Joannem Baptistam, alii autem Eliam,
(a) Voy. Tom. I, p. 515, note (e).
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Messie ; « d'autres, enfin, » témoins de l'énergie et de la sainte hardiesse avec laquelle vous ne craignez pas de dévoiler et de confondre l'hypocrisie des "Pharisiens, croient reconnaître en vous « Jéréràie ou quelqu'un des anciens prophètes vsotû du tombeau. — Telle était alors, parmi le peuple, la divergence des opinions par rapport à Jésus-Christ. Frappés de son éloquence toute divine, de sa sagesse, de ses vertus, de son zèle, des œuvres merveilleuses qu'il semait partout sur ses pas, ils étaient bien forcés de reconnaître que ce n'était pas un homme ordinaire, que c'était un prophète suscité de Dieu; mais, dominés par l'autorité des Scribes et des Pharisiens, aveuglés par leurs préjugés qui leur faisaient espérer un Messie conquérant, qui les délivrerait du joug odieux des Romains, ils avaient peine à reconnaître ce Messie libérateur dans l'humble fils du charpentier, qui ne prêchait que le mépris des richesses, ne vivait que d'aumônes^ se dérobait obstinément aux ovations et aux honneurs qu'on lui destinait, etc.
« Et vous, » dit alors Jésus-Christ, vous, qui êtes mes disciples, qui vivez familièrement avec moi, qui êtes les témoins journaliers des merveilles que je ne cesse d'opérer, qui, tant de fois, avez reçu mes leçons, et que j'ai choisis pour être les prédicateurs de mon Evangile, il est temps de voir si vous êtes cala hauteur de cette mission, de montrer quel profit vous avez tiré des instructions que je vous ai données, et de faire aussi votre profession de foi : partagez-vous aussi les vaines opinions d'une foule ignorante et grossière? en un mot, « que dites-vous que je suis (b)? »
« Simon-Pierre, » prévenant les autres Apôtres par l'ardeur de sa foi, se hâta de répondre : Non, Seigneur, nous ne reconnaissons en vous ni Jean-Baptiste, ni Elie,
a'ii vero Jcrcmiam, L. alii vcro quia unus prophcta de prioribus surrexit. — Mt. 15. Dixit illis Jésus : Vos autem, quem me esse dicitis? — 16. Respondens Simon Petrus dixit :
[b) Jésus connaissait, sans aucun doute, la pensée des Apôtres, ainsi que les dispositions du peuple à son égard, mais il voulait engager saint Pierre à faire une profession publique de sa loi.
ni Jérémie; vous êtes plus que cela : « vous êtes » réellement « le Christ, » le Messie prédit par les prophètes, et dont chacun attend la venue. Je dis plus encore, vous êtes au-dessus de l'humanité, bien que vous en ayez les dehors extérieurs : « vous êtes le fils de Dieu, » non par métaphore et d'une manière impropre, mais réellement et littéralement; vous êtes le Fils unique et consubstantiel du Père éternel, de celui que l'Ecriture appelle « le Dieu vivant, » le Dieu véritable, pour le distinguer des dieux morts, des idoles sans vie devant lesquelles se prosternent les nations idolâtres.
ce Jésus » applaudit à cette confession de foi si belle et si franche. « Tu es heureux, dit-il, Simon, fils de Jona, car ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé » ces profonds mystères ; tu les as puisés à une lumière supérieure; « c'est mon Père » lui-même, « qui est dans les deux, » qui t'a révélé ce que la raison humaine si faible et si bornée, livrée à ses seules forces, n'aurait jamais pu découvrir.
Eh bien ! « moi » à mon tour, je veux te récompenser de cette foi si vive et si éclairée ; « je te dis : Tu es Pierre, » de nom et de caractère, tu as la fermeté du rocher, et ce n'est pas sans raison que je t'ai donné ce nom symbolique, car « sur cette pierre, » et non sur une autre, sur toi, comme sur un rocher inébranlable, %je l'a lirai mon Eglise fcj. » Je te choisis, toi et tes successeurs, pour
Tu es Christus filins Dci vivi. — 17. Rcspondens autem Jésus dixit ei : Beâtus es, Simon Bar Jona : quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in ceelis est. — 48. Et ego dico tibi quia tu es Petrus, et super liane petram œdificabo ecclesiam meam,
(c) Dans le syro-chaldécn, que l'on parlait au temps de Jésus- Christ, il n'y avait point de différence de genre entre le nom propre Pierre (Kepha, rocher), et le nom commun pierre, ou rocher : c'est pourquoi, dans cette langue, l'allusion est plus simple et plus naturelle. Les protestants se sont efforcés en vain d'éluder la preuve que présente ce texte en faveur de la primauté de S. Pierre et de ses successeurs. Suivant les uns, ces mots, « sur cette pierre, » se rapportent à J.-C., qui est le fondement de l'Eglise, mais il est absurde de faire dire à J.-C. : « Tu es Pierre, et sur celte pierre, c'est-à-dire sur moi-même, je bâtirai mon Eglise. » Il est évident que ces mois, « et sur cette pierre » ne peuvent se rapporter qu'aux mois qui les précèdent immédiatement, c'est-à-dire à la personne de saint Pierre. — Suivant d'autres, J.-C. aurait voulu dire : « et sur cette pierre, » c'est-à-dire sur la profession de foi de saint Pierre, — Toutes ces
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cire le chef visible de la société sainte que je veux établir sur la terre, de ce temple sacré que je veux élever à la gloire de mon Père céleste, et qui reposera sur toi comme sur un fondement inébranlable, et « les portée de V enfer, » les puissances infernales auront beau déployer toute leur rage, susciter contre elle, pour la détruire, les persécutions, les hérésies f les scandales, jamais « elles ne prévaudront contre elle » (d), jamais elles ne pourront la renverser.
Je veux que tu sois par toi-même, ou dans la personne de tes successeurs (puisque mon Eglise doit durer jusqu'à la fin des siècles et que le fondement doit durer autant que l'édifice qu'il soutient), mon Vicaire sur la terre, le procureur et l'économe de ma maison, et, comme insigne de l'autorité souveraine que je te confie, aje te donnerai les clefs du royaume descievœ, » (e) du royaume messianique; tu exerceras sur mon Eglise
et porta) inferi non prœvalebunt adversus cam. — 49. Et tibi dabo claves rcffni cœlorum.
explications contournées et tirées par les cheveux sont tout simplement ridicules. — D'autres avouent que J.-C. choisit réellement saint Pierre pour le fondement et le chef de son Eglise et lui accorde la primauté sur les autres Apôtres, mais ils prétendent que ces promesses ne concernent que lui seul et ne s'étendent pas à ses successeurs. Syloeiva remarque avec raison que,, s'il en était ainsi, la mort de S. Pierre aurait entraîné la ruine de l'Eglise, comme la destruction du fondement entraînerait la ruine de l'édilicc qu'il soutient. « Si hoc tantttm esset dictum personœ Pétri, ut votunt hœrclici, morluo Pclro, cxsiincta esset Ecclcsia; nam destruclo fundamento, destruitur res. »
(d) Au temps des patriarches, les jugements étaient prononcés sous les portes de la ville, alin que la justice fût rendue publiquement. Il en était ainsi chez les peuples Scythes et Turanicns, et c'est de cet usage que la Cour du Sultan a pris le nom de Sublime-Porte. C'est sous les pintes de la ville de Sodome que Loth reçut les trois messagers de Dieu ; c'est sous les portes du Temple que s'assemblail encore, au temps de Notrc-Seigncur, le Grand-Conseil. Le Sanhédrin du Grand-Prêtre se tenait sous la porte de Nicanor, et le Collège des Docteurs de la loi sous la porte de Sara. Ce mot jion'e est donc, chez les anciens, l'expressiou symbolique de l'idée de jugemfni, de souveraineté, de puissance (Sepp).
(e) Les clefs sont le symbole de la puissance. La remise des clefs d'un fort ou d'une ville entre les mains d'un prince ou d'un conquérant est l'expression symbolique par laquelle on fait connaître qu'on lui en abandonne la souveraineté. Quiconque, chez les Juifs, était revêtu de la dignité de rabbin recevait, comme symbole de ses nouvelles fonctions, une clef que Notre-Seigneur appelle la clef de la connaissance, - Qui tulistis clavem sc»\ ntia » (Luc, 11, 92), et qui est appelée par Isaïe (XXII. 20-22), et par saint. Jean, dans l'Apocalypse (III. 7), la clef de la maison de David. « Voici l'ordre du Dieu terrible... J'appellerai Eliacim, fils d'iieleias, et le ferai chef du Temple, je lui donnerai la tunique II
l'autorité législative, administrative et judiciaire; « tout ce que tu lieras sur ta terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel (f); » tu pourras imposer en mon nom aux fidèles de nouvelles lois, ou en dispenser, remettre les péchés ou les retenir, et tout ce que tu feras sera ratifié dans le ciel. — Jésus-Christ donne d'abord à saint Pierre, qu'il établit le chef de son Eglise, le pouvoir des clefs, qu'il accordera plus tard aux autres Apôtres, parce que saint Pierre est la source première d'où découle toute mission apostolique. « En même temps, Jésus défendit a ses disciples de dire à personne qu'il était le Christ, » le
Et quodeumque ligaveris super terram, erit ligatum et in cœlis ; et quodeumque solveris super terram, erit solutum et in cœlis. — 20. Tune prrecepit discipulis suis, ut nemini dicerent quia ipso esset Jésus Christus.
le ceindrai de la ceinture; la puissance passera entre ses mains. Je mettrai sur ses épaules la clef de la maison de David, pour qu'il ouvre, et qu'après lui personne ne puisse fermer; pour qu'il ferme, et que personne ne puisse ouvrir. » (Isa. XXII. 20-22).
« Il s'agit ici, dit Sepp, des clefs de la maison de Dieu à Jérusalem, qui doivent passer en d'autres mains. Mais les Juifs, qui se représentaient une Jérusalem céleste avec son temple, croyaient y trouver aussi une école ou un Sanhédrin céleste, correspondant au Sanhédrin de la Jérusalem terrestre, et ils étaient persuadés que bien souvent les paroles et les sentences prononcées ici-bas par les Rabbins les plus célèbres, étaient accueillies avec faveur et applaudies dans l'Académie de la Jérusalem supérieure. C'est pour cela que, lorsqu'un Rabbin mourait sans enfants, on mettait ses clefs de Rabbin dans son tombeau, comme en certain pays on dépose les armoiries des ancêtres dans le tombeau du dernier membre de la famille : « Cùm moreretur Samuel parvus, suspendertmt clavem et pugillarcs cjits ex sarcophago, idque ideo, quia non habuil filium. » (Tract, apoc. Semach.) — Les Juifs pensaient qu'avec ces clefs il pouvait même là-haut, dans le ciel, ouvrir et fermer, lier ou délier, et qu'aucune sentence ici-bas ne pouvait rien contre lui. » (Sepp, Vie de Je'sus, T 1, page 349).
(/") Les mots lier et délier sont synonymes d'ouvrir ou de fermer. Avant d'assujettir les portes avec une serrure, on se servait d'un clou fiché dans le seuil, auquel venaient se fixer des courroies attenant à la porte, et on disait lier et délier une porte, comme aujourd'hui on dit ouvrir et fermer une serrure. Le chef de famille avait seul le droit de lier ou de délier, d'attacher ou de détacher la courroie qui fermait la porte, pour laisser passer ceux qu'il voulait admettre, car il était le juge suprême dans la maison.
Les clefs des anciens, en général, étaient fort différentes des nôtres, et ne servaient qu'à lier ou délier d'une manière artificieuse les liens qui fermaient alors les portes. Ces paroles expriment le pouvoir qu'a le chef suprême de recevoir qui que ce soit dans le temple de l'Eglise, ou d'exclure de la communauté ceux qu'il ne veut plus y laisser; le pouvoir de l'union comme celui de l'excommunication, de l'interdit, et par extension, le pouvoir de commander et de dispenser, de remettre les péchés et de les retenir, pouvoir qui est ici promis, mais qui ne sera réellement accordé qu'après la mort et la résurrection de Jésus-Christ.
Messie prédit par les prophètes. La prudence ne permettait pas encore de proclamer ouvertement cette vérité, que peut-être le témoignage des Apôtres n'aurait pas suffi
établie.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
M1. XVI. 13. « Jésus, étant venu aux environs de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : Que dit-on du fils de V homme ? » — Pourquoi Jésus fait-il cette question ? Ce n'est pas par vanité, ni pour se complaire dans les louanges des hommes ; ce n'est pas non plus par curiosité : il connaissait parfaitement les opinions des Juifs à son égard ; mais il voulait éprouver la foi de ses Apôtres, et leur fournir l'occasion de la confesser hautement. — Connaître ce que c'est que Jésus-Christ, c'est la science la plus sublime, la seule nécessaire, et qui peut tenir lieu de toutes les autres. « Tout me semble perte, s'écrie saint Paul, au prix de cette haute science de Jésus-Christ mon Sauveur, pour l'amour duquel j'ai résolu de perdre toutes choses, les regardant comme ce qu'il y a de plus vil, afin de gagner Jésus-Christ » (Philip, ni, 8). Et ailleurs : « Je n'ai prétendu parmi vous savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus crucifié » (i. Cor. il, 2). — Que j'apprenne, ô mon Sauveur, à vous connaître et à vous aimer : Je consens, à ce prix, à ignorer tout le reste.
v. 14. « Ils lui dirent : Les tins disent que tous êtes Jean- Baptiste, d'autres Elie, d'autres Jérémie, on quelqu'un des prophètes. » — Aussitôt que les hommes s'écartent de la vérité, leurs jugements se diversifient à l'infini. La divergence des opinions est le caractère propre de l'erreur ; la vérité est toujours une. — Les Juifs, élevés dans l'attente d'un Messie glorieux et conquérant, ne pouvaient le reconnaître dans le fils du charpentier, menant une vie pauvre et humble, ne prêchant que l'humilité, le renoncement à soi-même, le mépris des richesses. — Il en est encore ainsi de nos jours. L'humilité, la charité, la doctrine austère de Jésus-Christ, qui ne concède rien aux faibles de notre nature corrompue, voilà ce qui éloigne de la foi et de l'Eglise tant d'incrédules qui ne peuvent se résoudre à s'engager dans le sentier étroit, rude et difficile de la perfection chrétienne.
v. 15. « Jésus leur dit : Et vous, qui dites-tous que je suis? » — Jésus nous adresse aussi à nous-mêmes cette question : « Qui dites-vous que je suisï » Connaissez-vous tout ce que je suis, Dehaut. L'Evang.— T. III 7
tout ce que j'ai fait pour vous, tout ce que vous devez attendre de moi, combien je vous aime? — Ali! Seigneur, faites-moi avancer de plus en plus dans cette connaissance, afin que je vous aime davantage et que je vous serve avec plus d'ardeur et de dévouement. — Les chrétiens ne doivent pas se laisser dominer par les jugements des hommes du monde ; ils doivent juger d'après eux-mêmes, d'après la vérité, d'après les lumières de la foi.
v. 16. « Pierre, prenant la parole, répondit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » — Confession de la dignité messianique et de la nature divine de Jésus-Christ. — Pierre parle pour tous les autres Apôtres et au nom de tous. Il en sera ainsi dans tous les siècles. De même qu'alors tous les Apôtres exprimèrent leur foi par la bouche de Pierre, ainsi, dans toute la suite des siècles, l'Eglise parlera par la bouche des successeurs de Pierre, et ce sera une maxime reçue dans l'Eglise catholique que quand Pierre a parlé, la question est décidée. — Devoir pour le chrétien de confesser sa foi, de ne pas rougir de Jésus-Christ : « Il faut croire de cœur pour obtenir la justice, et confesser de bouche pour obtenir le salut. » (Rom. x, 10.)
v. 17. « Jésus lui répondit : Vous êtes heureux, Simon, fils de Joua, car ce n'est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé cette vérité, mais mon Père qui est aux deux. » — Le véritable bonheur ne consiste ni dans les avantages de la naissance, ni dans les dons de l'esprit, ni dans les richesses, ni dans la gloire, mais dans la connaissance et dans l'amour de Jésus-Christ. — Insuffisance de la raison, nécessité d'une révélation divine, pour que nous puissions connaître ce qu'il nous importe le plus de savoir, ce que nous devons connaître pour remplir notre fin, pour être heureux et obtenir le salut. — La foi n'est pas le fruit de la science et du raisonnement, mais un don de Dieu, une grâce spéciale de la miséricorde divine. Demandons-la, et méritons-la par nos prières, cette grâce précieuse qui conduit à toutes les autres. La foi est une source féconde des jouissances les plus vives et les plus pures, dans ce monde et dans l'autre.
v. 18-19. « Et moi, je vous dis : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je vous donnerai les clefs du royaume des deux ; tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel. » — Jésus, après avoir fondé son Eglise, devait s'élever dans le ciel et s'asseoir à la droite de son Père. Il fallait donc qu'il laissât à son Eglise un chef visible qui tînt sa place, qui fût son vicaire sur la terre, et qui pût supporter, comme un rocher, un fondement inébranlable, tout ce grand édifice. Et qu'on ne dise point,
qu'on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir de soutien à une Eglise éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs, Pierre parlera toujours dans sa chaire : c'est ce que disent les Pères, c'est ce que confirment six cent trente évèques au concile de Chalcédoine (Bossuet). — Répétons tous du fond de notre âme le cri sublime de ce grand évêque : « Sainte Eglise romaine, mère des Eglises, et mère de tous les fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton unité du fond de nos entrailles. Si je t'oublie, Eglise romaine, puissé-je m'oublier moimême, que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance : « Adhœ'reat l'mgua mea faucibus meis, si non memmero tui, si non proposuero Jérusalem in principio lœlitiœ meœ. » (Ps. cxxxvi, 6.)
« Et les portes de l'en fer ne prévaudront point contre elle. » — Durée indestructible de l'Eglise : « Quid Ecclesiâ Dei po~ tentius essepotest? Mœnia Barbari destruunt : Ecclesiam vero ne dœmones quidem superant. Cùm oppugnalur, tincit : cùm appetilur insidiis. superat. Faciliùs est solem exstingui, quàm Ecclesiam obscur ari. » (S. Chrys.)
« Les plus fières maisons royales ne sont que d'hier, comparativement à la lignée des pontifes romains, lignée qui remonte depuis le pape qui couronna Napoléon dans le XIXe siècle, jusqu'à celui qui couronna Pépin dans le VHP. Et par delà le temps de Pépin, cette auguste dynastie s'étend jusqu'au berceau du christianisme. La république de Venise était moderne vis-à-vis de la papauté; cette république est tombée, la papauté demeure : elle demeure non décrépite ou en décadence, mais pleine de vie et de jeunesse vigoureuse. Elle a vu le commencement de tous les gouvernements, de tous les établissements ecclésiastiques existant dans le monde, et nous ne pouvons douter qu'elle ne soit destinée à en voir la fin. Elle régnait grande et respectée avant que le Saxon eût mis le pied en Bretagne, avant que le Franc eût passé le Rhin, alors que l'éloquence grecque florissait à Antioche, alors qu'on dressait des idoles dans le temple de la Mecque, et elle existera encore, sans avoir perdu de sa force, lorsque le voyageur de la Nouvelle-Zélande viendra au milieu d'une vaste solitude, s'asseoir sur une arche brisée du pont de Londres pour esquisser l'aspect des ruines de Saint-Paul. » (Maeaulay, protestant, l'historien do l'Angleterre le plus renommé de nos jours.)
PROJETS HOMILÉTIQUES.
A. ÉVANGILE DE LA FÊTE DE S. PIERRE ET DE S. PAUL (m*. 43-21).
Nous apprenons dans cet Evangile :