‹ L'EvangileChapitre 10 sur 108 · ÉLOGE DE MARIE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE MARIE

insiste, il finit par se lever et lui donne les pains pour avoir la paix. Dieu veut qu'on le prie comme s'il fallait l'importuner et lui arracher de force ce qu'on demande. Le Sauveur enseigne que cette manière de prier lui est agréable et nous est utile. Il insiste donc pour qu'on demande, qu'on cherche et qu'on frappe ; ce ne sera jamais en vain.

Le Père, ainsi sollicité, ne manquera pas d'accorder ce qui est utile à l'homme. Il est comparé au père auquel son enfant demande la nourriture, du pain, un poisson, un œuf. Le père serait dénaturé s'il donnait des choses inutiles ou nuisibles, une pierre ressemblant à du pain, un serpent ayant une forme analogue à celle du poisson, un scorpion de couleur claire, qui, replié sur lui-même, peut ressembler à un œuf. Or le Père du ciel est meilleur que tous les pères de la terre. Il accorde ce qu'on lui demande, et souvent, quand il n'accorde pas, c'est qu'on lui demande inconsidérément une pierre, un serpent ou un scorpion, c'est-à-dire des choses qu'on croit bonnes, mais qui en réalité sont inutiles ou nuisibles. Il ne refuse alors que pour accorder quelque chose de meilleur.

102. éloge de marie. — Pendant qu'il parlait ainsi, il arriva qu'une femme, élevant la voix du sein de la multitude, lui dit : « Bienheureux le sein qui vous a porté et les mamelles où vous vous êtes allaité ! » Mais il reprit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. »

s. luc, 11, 27-28.

Bienheureux le sein qui vous a porté. A ce moment du voyage, Jésus eut à chasser un démon qui avait

ôté à sa victime l'usage de la parole. Des pharisiens se trouvèrent là pour l'accuser de chasser les démons par Béelzébub, ce qui donna lieu à une discussion semblable à celle de l'année précédente (56).

Emerveillée de ses paroles, une femme inconnue manifesta à haute voix son enthousiasme, en proclamant bienheureuse celle qui avait eu l'honneur de le porter et de l'allaiter. Jésus répliqua qu'il y avait plus de bonheur encore à écouter et à garder la parole de Dieu. Il avait déjà formulé cette même pensée (58). Tous peuvent donc partager le bonheur de Marie en écoutant et en pratiquant la parole de Jésus, et Marie jouit de ce bonheur plus que personne, puisque nul n'a égalé sa fidélité à mettre cette parole en pratique.

On renouvela alors au Sauveur la demande qu'on lui avait déjà faite d'un signe dans le ciel (57, 78). Les auditoires changeaient, mais les adversaires ne se lassaient pas de soulever les mêmes difficultés concertées entre eux.

Pendant l'un de ses entretiens, un pharisien le pria de prendre son repas chez lui. Jésus entra donc et se mit à table. Mais le pharisien se prit à penser en lui-même et à se dire : « Pourquoi ne s'est-il pas lavé avant le repas? »' Le Seigneur lui dit alors : « Vous autres, pharisiens, vous purifiez en ce moment le dehors de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de vous est plein de rapine et d'iniquité. Insensés, celui qui a fait le dehors n'a-t-il pas fait aussi le dedans? De ce qui vous reste, faites donc plutôt l'aumône, et tout sera pur en vous.

« Mais, malheur à vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, de la rue et de toutes les herbes, tandis que vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu ; il fallait faire ces choses et ne pas omettre les autres. Malheur à vous, pharisiens, parce que vous aimez les premiers sièges dans les synagogues et les salutations sur la place publique. Malheur à vous, pharisiens^ parce que vous êtes comme des sépulcres qui ne paraissent pas, et sur lesquels on marche sans le savoir. »

Malheur à vous, pharisiens, docteurs de la loi. Invité par un pharisien, le Sauveur se rendit chez luiy mais négligea de se laver les mains avant le repas. Le pharisien en fut offusqué, mais ne dit rien. Jésus répondit à sa pensée comme il l'avait déjà fait en semblable occurence (74). Il ajouta que si, en ce moment, on purifiait avec tant de soin le dehors de la coupe et du plat, il importait encore plus de purifier le dedans de l'homme, plein de rapine et d'iniquité ; car Dieu voit l'intérieur aussi bien que l'extérieur. Pour expier et guérir leur rapine et leur iniquité, les pharisiens feraient bien de distribuer en aumônes ce qu'ils mettent dans leurs coupes et dan& leurs plats ; ainsi leur intérieur serait pur comme leur extérieur.

Bien qu'ayant accepté l'invitation du pharisien, le Sauveur ne voulait pas que sa présence passât pour une approbation de la manière d'agir de son hôte. Aussi mit-il l'occasion à profit pour adresser de graves reproches aux pharisiens, avec une sévérité qu'explique l'influence néfaste que ces hommes exerçaient. Il les condamne sur trois points principaux, outre celui qu'il a visé au commencement du repas.

1° Tout Israélite avait à payer la dîme des animaux d'élevage, bœufs, brebis et chèvres, et des produits du sol, froment, vin et huile. Par excès de formalisme, les pharisiens versaient la dîme même des herbes insignifiantes qui servaient à l'assaisonnement. Par contre, ils laissaient de côté la justice et l'amour de Dieu. Il n'y avait pas de mal à payer ces dîmes minuscules, -mais il y en avait beaucoup à manquer aux plus graves préceptes de la loi.

2° Les pharisiens affectaient d'occuper les premières places dans les synagogues, les sièges d'honneur ménagés entre le coffre contenant les rouleaux sacrés et le pupitre du lecteur. Ceux qui occupaient ces places étaient tournés vers l'assistance et vus de tous. Signalés par certains détails de leur costume, les pharisiens recherchaient encore les salutations sur la place publique, se considérant comme dignes de tous les égards à raison de leurs mérites. C'était pur orgueil.

3° Les pharisiens vivaient d'hypocrisie, cachant leurs vices sous les apparences de la vertu. On contractait une impureté quand on touchait une sépulture ou qu'on passait dessus. C'est pourquoi, pendant les semaines qui précédaient les grands pèlerinages, surtout celui de la Pâque, on blanchissait à la chaux toutes les sépultures qui avoisinaient les chemins, afin que les pèlerins ainsi avertis s'abstinssent d'y toucher. Le Sauveur compare les pharisiens à ces sépulcres, blanchis à l'extérieur, mais ne renfermant que corruption à l'intérieur.

Un des docteurs de la loi prit la parole et lui dit : « Maître, en parlant de la sorte, vous nous faites affront à nous aussi. » Mais Jésus reprit :

« Malheur à vous aussi , docteurs de la loi, parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu'ils ne peuvent porter, sans mettre vous-mêmes un seul de vos doigts à la charge.

« Malheur à vous qui bâtissez les tombeaux des prophètes, quand ce sont vos pères qui les ont mis à mort. Vous témoignez bien par là que vous donnez votre assentiment à l'œuvre de vos pères : car eux les ont tués, et vous, vous élevez leurs sépulcres. C'est pourquoi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront, ils en persécuteront ; de sorte qu'on demandera à cette génération le sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la formation du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le temple. Oui, je vous le dis, on le demandera à cette génération. Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous avez pris la clef de la science, et, sans entrer vous - mêmes, vous avez empêché les autres d'entrer. »

Comme il leur adressait ces paroles, les pharisiens et les docteurs de la loi se mirent à le presser vivement, et à lui fermer la bouche par une multitude de questions, lui tendant des pièges et cherchant à trouver sur ses lèvres de quoi l'accuser.

s. luc, 11, 37-54.

En entendant parler ainsi le Sauveur, un docteur de la loi se sentit atteint et le lit savoir. Jésus en profita pour dire leur fait aux docteurs.

1° La loi, par elle-même, était un fardeau déjà si

lourd, que, comme dit saint Pierre, les Israélites avaient été incapables de le porter. Act., 15, 10. Or les docteurs ajoutaient à cette loi une multitude d'observances méticuleuses, qu'ils imposaient comme aussi obligatoires que la loi elle-même, sinon plus. Ils osaient même dire que leurs paroles étaient « plus aimables que celles de la loi, parceque les paroles de la loi sont, les unes importantes, les autres légères, tandis que celles des scribes sont toutes importantes. )) Mais s'ils imposaient de tels fardeaux sur les épaules des autres, ils ne mettaient même pas le doigt à la charge pour l'alléger, et ils s'exemptaient eux-mêmes des plus graves obligations. Quelle différence avec le Sauveur, qui ranime ceux qui sont accablés, et dont le joug est doux et le fardeau léger (98) !

2° Les docteurs bâtissent des tombeaux aux prophètes que leurs pères ont mis à mort. Le Sauveur établit une connexion entre ces deux faits. Les pères haïssaient les prophètes et les tuaient pour ne pas les écouter ; les enfants bâtissent des tombeaux aux prophètes, mais en prenant à faux leurs enseignements et en se conduisant d'une manière toute contraire à celle qu'ils ont prescrite. Il y a pareil mépris de part et d'autre, quelle qu'en soit la démonstration extérieure.

Jésus cite ici des paroles qu'il attribue à la sagesse de Dieu et qui ne se lisent pas dans les écrits de l'Ancien Testament. C'est donc lui qui énonce en ces termes la pensée divine. Le sang d'Abel a été versé le premier. Les prophètes ont été la plupart victimes de la haine de leurs contemporains. Le grand-prêtre Zacharie fut lapidé dans les parvis du temple par l'ordre du roi Joas. II Par., 24, 22. D'autres ont suivi ; les apôtres seront persécutés et mis à mort. Mais la mesure est comble et la génération présente

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