‹ L'EvangileChapitre 30 sur 108 · LES DIX LÉPREUX · texte numérisé non relu

LES DIX LÉPREUX

la hauteur de leur mission. Ils en demandèrent la grâce au Sauveur. Avec tant soit peu de vraie foi, leur dit le Maître, on pourrait se faire obéir même d'un arbre (83). Ce serait alors Dieu lui-même qui entrerait en action.

C'est lui seul d'ailleurs qui agit par ses serviteurs, de sorte que ceux-ci n'ont pas à tirer gloire de ce qu'ils ont fait. Quand le serviteur revient des champs, son maître l'applique à une autre tâche sans qu'il ait à murmurer. Ainsi, au service de Dieu, tout ce que l'on a fait, on devait le faire. Il n'y a jamais lieu de se considérer comme un serviteur indispensable. Tout serviteur sensé doit même se regarder comme inutile, par ce que Dieu pouvait se passer de lui pour accomplir son œuvre.

123. les dix lépreux. — Il arriva qu'en se rendant à Jérusalem, il passait entre la Samarie et la Galilée.

Comme il entrait dans un village, il se présenta à lui dix lépreux, qui se tinrent à distance, et élevèrent la voix pour dire : « Jésus, maître, ayez pitié de nous. » Dès qu'il les vit, il dit : « Allez, montrez-vous aux prêtres. » Pendant qu'ils allaient, ils furent purifiés. L'un d'entre eux, voyant qu'il était purifié, revint aussitôt en glorifiant Dieu à haute voix, et il se jeta la face à ses pieds, en rendant grâces. Or c'était un samaritain. Jésus prit la parole et dit : « N'y en a-t-il pas eu dix de purifiés ? Où sont les neuf autres ? Il ne s'est trouvé, pour revenir et rendre gloire à Dieu, que cet étranger ! » Il lui dit alors : « Lèvetoi, et va-t-en? car ta foi t'a sauvé. »

s. luc, 17, 11-19.

Où sont les neuf autres ? Jésus continuait sa route vers Jérusalem, en se dirigeant vers le Jourdain par les régions qui confinent à la Samarie.

Dix lépreux, vivant probablement ensemble, profitèrent de son passage, et à distance implorèrent leur guérison. Jésus leur dit d'aller se montrer aux prêtres, qui devaient constater leur état (36), et, chemin faisant, ils furent guéris. Récompensés ainsi de leur foi et de leur obéissance, ils se demandèrent sans doute ce qu'ils avaient à faire. Neuf d'entre eux, du pays galiléen, jugèrent que le plus pressé était d'aller trouver les prêtres, comme ils en avaient reçu l'ordre, afin de pouvoir rentrer plus tôt dans la vie commune. Le dixième, qui était samaritain, se sépara d'eux et revint de suite remercier son bienfaiteur. Le Sauveur fut péniblement affecté de voir que ses compatriotes montraient moins de reconnaissance qu'un étranger. Ce dernier obtint de Jésus de nouvelles grâces et l'approbation de sa conduite. Il figurait tous ces gentils qui seront plus reconnaissants du bienfait de la foi que les Juifs. Ceux-ci croiront trop aisément que tout leur est dû.

124. l'avènement du christ. — Comme les pharisiens lui demandaient : « Quand doit venir le royaume de Dieu ? » il leur répondit : « Le royaume de Dieu ne vient pas Aisiblement. On ne dira pas non plus : Il est ici, ou il est là ; car voici le royaume de Dieu, il est au dedans de vous. »

Il dit à ses disciples : « Des jours viendront où vous désirerez voir un seul jour du Fils de l'homme, et vous ne le verrez pas. On vous dira : Il est ici, il est là. N'y allez pas, n'y suivez personne. Car de même que l'éclair qui brille sous

le ciel illumine ce qui est sous le ciel, ainsi sera le Fils de l'homme à son jour. Mais il faut auparavant cfii'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération. Comme il arriva aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l'homme. On mangeait, on buvait, on prenait femme, on se donnait en mariage, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche : le déluge survint et fit périr tout le monde. Il en fut de même aux jours de Lot : on mangeait et on buvait, on achetait et on vendait, on plantait et on bâtissait ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit pleuvoir du ciel le feu et le souffre et fit périr tout le monde. Ainsi en sera-t-il au jour où le Fils de l'homme se manifestera. A cette heure-là, que celui qui est sur le toit, pendant que ses ustensiles sont à la maison, ne descende pas pour les prendre. Pareillement, que celui qui est au champ ne revienne pas en arrière. Souvenez-vous de la femme.de Lot. Quiconque cherchera à sauver sa vie, la perdra, et quiconque la perdra, la fera renaître. Je vous le dis, cette nuit-là deux seront dans le même lit : l'un sera pris, l'autre sera laissé ; deux femmes moudront ensemble : l'une sera prise, l'autre sera laissée. Deux sont aux champs ; l'un sera pris, l'autre sera laissé. » Ils prirent la parole pour lui dire : « Où donc, Seigneur ? » Il leur dit : « En quelque endroit que soit le corps, les aigles s'y rassembleront. » s. luc, 17, 20-37.

Le royaume de Dieu est au-dedans de cous. L'opinion à peu près générale des Juifs était que le Messie se

manifesterait avec éclat et qu'il établirait le royaume de Dieu avec de grandes démonstrations de puissance et de domination temporelle sur les ennemis de la nation. Des pharisiens ont entendu Jésus faire de fréquentes allusions à l'établissement de ce royaume. Mais, ne voyant rien se produire de ce qu'ils attendent, ils demandent au Sauveur quand ce royaume apparaîtra. Jésus leur répond que ce royaume ne s'établira pas d'une manière visible, de telle sorte qu'on puisse dire : Il est ici, il est là. Ce royaume, en tant que société spirituelle, existe déjà ; les éléments en sont disséminés dans tout le pays et ils se composent de tous ceux qui se sont attachés à Jésus. En tant que vie nouvelle, le royaume de Dieu s'établit dans les âmes par la foi au Messie et l'obéissance à ses préceptes ; il est au-dedans de ceux qui le possèdent et ne se manifeste guère au dehors, au moins pour le moment.

Comme il arriva aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l homme. La question des pharisiens et la réponse de Jésus ont éveillé la curiosité des disciples sans la satisfaire pleinement. Le Sauveur, pour les instruire et les déprendre des opinions courantes sur la manifestation du Messie veut bien leur ouvrir quelques vues, encore mystérieuses, sur le développement de son règne.

1° Les disciples auront à subir de telles épreuves qu'ils désireront voir ne fût-ce qu'un jour du Fils de l'homme venant pour les délivrer. Leur désir ne sera pas exaucé et ils devront persévérer dans la patjence. Sans doute, on leur dira : Le Christ est ici, il est là. Qu'ils n'y aillent pas, car ce sera faux.

2° Quand le Christ viendra réellement, à son jour, c'est-à-dire à sa venue glorieuse pour le jugement final, il apparaîtra comme l'éclair qui

illumine tout d'un coup le ciel d'un bout à l'autre.

3° Avant cette apparition glorieuse, il faut que le Christ souffre et qu'il soit rejeté par les hommes de la génération présente.

4° La venue glorieuse du Christ se produira à F improviste. Au temps de Noé, les hommes vivaient à leur ordinaire, sans se douter de rien : le déluge arriva soudain et tous périrent. Au temps de Lot, il en était de même : le feu du ciel tomba tout à coup et détruisit les villes coupables. Ainsi en sera-t-il quand le Fils de l'homme apparaîtra.

5° Pour se tenir prêt au jour du jugement, il ne faudra pas se laisser attarder par le souci des choses de ce monde. Quelqu'un est sur la terrasse de sa maison ; qu'il ne descende même pas pour prendre quelque objet à l'intérieur. Quelqu'un est aux champs ; qu'il ne revienne point sur ses pas. Qu'on se souvienne de la femme de Lot qui périt pour s'être attardée à regarder en arrière ce qui se passait dans les villes coupables.

6° Il faudra savoir faire pour Dieu tous les sacrifices. Se préoccuper outre mesure de sa vie matérielle et rechercher dans ce but les biens de ce monde, ce sera se perdre. Tout sacrifier en ce monde, ce sera tout gagner dans le monde à venir.

7° Le jugement de Dieu assurera aux uns et aux autres un sort différent, selon leurs mérites, et malgré l'identité apparente de leurs conditions sur la terre. De deux qui sont dans le même lit, l'un sera pris pour la récompense, l'autre laissé pour la damnation. Deux femmes sont occupées à moudre le grain ; accroupies sur le sol, elles tiennent chacune l'une des deux manettes qui permettent de faire tourner la meule supérieure. L'une sera prise pour la récompense et l'autre laissée pour la damnation. Deux hommes sont ensemble à travailler aux champs;

Page 1