‹ L'EvangileChapitre 34 sur 108 · GUÉRISONS DIVERSES · texte numérisé non relu

GUÉRISONS DIVERSES

sur ses pas pour l'entendre et faire guérir clés malades. Il parvint ainsi à l'endroit où Jean avait commencé à baptiser. On s'y rappelait naturellement le souvenir du précurseur. S'il n'avait pas fait de miracles comme Jésus, on se souvenait qu'il lui avait rendu témoignage et l'on reconnaissait que ce témoignage se trouvait justifié par les faits.

pharisiens s'approchèrent alors de lui pour le tenter, et lui dirent : « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque raison que ce soit? » Il leur répondit : « N'avez-vous pas lu que celui qui a fait l'homme au commencement, a fait un homme et une femme et dit : A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair? Aussi ne seront-ils plus deux, mais une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » Ils lui dirent alors : « Pourquoi donc Moïse a-t-il permis de rédiger un acte de répudiation, et de renvoyer sa femme? » Il leur dit : « Si Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes, c'est à cause de la dureté de vos cœurs. Mais, dans le principe, il n'en a pas été ainsi. Je vous dis donc que celui qui renvoie sa femme, sauf dans le cas d'infidélité, et qui en épouse une autre, commet l'adultère ; et celui qui épouse celle qu'on a renvoyée commet aussi l'adultère. »

Que V homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Là Jésus fut amené, par une question captieuse des

pharisiens, à s'expliquer clairement sur la grave question du mariage. Il en avait parlé déjà deux fois (46, 117).

On lui demanda s'il était permis de répudier sa femme pour une raison quelconque. La loi de Moïse permettait le divorce pour une cause impliquant une tare, physique ou peut-être morale, chez la femme. On étendait cet le cause à bien des cas. À cette époque, il y avait deux tendances contraires parmi les docteurs. Ceux de l'école de Schammaï voulaient rendre le divorce rare et difficile, tandis que les partisans de Hillel permettaient le divorce pour les motifs les plus futiles, un plat mal préparé, une parole indiscrète, une maladresse, parfois même le seul caprice du mari. La question était donc débattue et l'on voulait savoir à quel parti se rangeait Jésus.

Le Sauveur prit la question de plus haut. Il rappela l'institution primitive du mariage par Dieu lui-même, entre un homme et une femme, ne formant plus à eux deux qu'une même chair. Il conclut : (( Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. )) C'était la condamnation péremptoire du divorce.

On lui objecta aussitôt la loi de Moïse. Le mari remettait à la femme répudiée un acte par lequel il déclarait qu'elle était libre désormais. Celle-ci pouvait dès lors se remarier légitimement avec un autre ; mais après ce second mariage, elle ne pouvait en aucun cas revenir à son premier mari. Moïse avait été obligé d'introduire le divorce dans sa loi, parce que cette institution était en vigueur chez tous les autres peuples et que les Israélites n'auraient jamais pu se plier à une législation trop rigoureuse en pareille matière.

Le Sauveur explique alors que Moïse avait agi

ainsi à cause de la dureté de cœur de ses compatriotes, c'est-à-dire de leur insoumission prévue à une loi trop sévère. Il ne put que réglementer la tolérance pour prévenir les plus graves abus. Mais c'était une atteinte à l'institution originelle du mariage. Le Sauveur prescrivait le retour à la loi primitive, et il formula ainsi la loi nouvelle : « Celui qui renvoie sa femme, sauf dans le cas d'infidélité, et qui en épouse une autre, commet l'adultère ; et celui qui épouse celle qu'on a renvoyée commet aussi l'adultère. »

Les seuls mots « sauf dans le cas d'infidélité » font ici quelque difficulté. Signifient-ils que, quand il y a infidélité de la femme, on peut divorcer et en épouser une autre ? Non, évidemment, puisque Jésus entend prescrire le retour à la loi primitive, qui ne connaissait pas le divorce. Il faut donc que ces mots ne tombent que sur ce qui précède. On ne peut renvoyer sa femme que dans le cas d'infidélité ; mais, même alors, celui qui l'a renvoyée ne peut en épouser une autre sans commettre l'adultère. L'infidélité de la femme permet donc la séparation de fait, mais non la séparation de droit. Elle ne rend la liberté ni à l'un ni à l'autre des époux. Ce que Dieu a uni reste uni en droit, sinon toujours en fait, et aucune autorité humaine n'a le pouvoir de rompre cette union pour lui en substituer une autre, ce qui serait criminel.

À la maison, les disciples l'interrogèrent de nouveau sur le même sujet. Il leur dit encore : « Quiconque renvoie sa femme et en prend une autre, commet l'adultère avec celle-ci ; et la femme qui renvoie son mari et en épouse un autre, commet l'adultère. » Les disciples lui dirent :

« Si telle est la situation de l'homme vis-à-vis de son épouse, mieux vaut ne pas se marier. » Il leur dit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux qui en ont reçu le don. Il en est qui, du sein de leur mère, sont nés incapables de mariage ; d'autres qui ont été rendus tels par les hommes ; d'autres enfin qui s'en rendent euxmêmes incapables à cause du royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre. »

S. MATTHIEU, 19, 3"12 j S. MARC, 10, 2-12.

Tous ne comprennent pas cette parole. Les disciples furent étonnés de cette sévérité de leur Maître. A la maison, ils l'interrogèrent à ce sujet. Le Sauveur formula la loi dans les mêmes termes. Les pharisiens avaient demandé si on pouvait renvoyer sa femme « pour une raison quelconque », et le Sauveur avait répondu que le renvoi n'est légitime que « dans le cas d'infidélité ». Il n'a pas à reproduire cette clause pour satisfaire à la question des disciples ; il se contente de la formule générale : il y a crime d'adultère à épouser le mari dont la femme est encore vivante ou la femme dont le mari vit encore, que cette femme ait d'ailleurs été infidèle ou non.

Les apôtres saisirent parfaitement la portée rigoureuse de la sentence du Maître, qui tranchait si radicalement avec les facilités consacrées par l'ancienne loi. Si le Sauveur avait entendu restreindre au cas d'infidélité l'autorisation du divorce, il n'aurait fait en somme que consacrer les tendances restrictives de l'école de Schammaï. Mais, au jugement des apôtres, il proscrivait absolument le divorce. Il ne les détrompa point, ce qui leur fit tirer cette conclusion désespérée : « Mieux vaut ne pas se marier ».

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