‹ L'EvangileChapitre 4 sur 108 · MALÉDICTION DES VILLES INGRATES · texte numérisé non relu

MALÉDICTION DES VILLES INGRATES

Il se prit à reprocher aux villes pour lesquelles il avait accompli tant de miracles., de n'avoir pas fait pénitence : « Malheur à toi, Corozaïn ! Malheur à toi, Bethsaïda ! parce que si les merveilles qui ont été opérées en vous l'avaient été à Tyr et à Sidon, depuis longtemps elles se fussent assises pour faire pénitence avec le cilice et la cendre. Aussi, au jugement, il y aura moins de sévérité pour Tyr et Sidon que pour vous. Et toi, Capharnaùm, qui veux t'élever jusqu'au ciel, tu seras précipité au fond de l'enfer. Car si les miracles opérés dans ton sein l'avaient été à Sodome, elle aurait certainement subsisté jusqu'à ce jour. Aussi, je vous le dis, au jour du jugement, il y aura moins de rigueur pour le pays de Sodome que pour toi. »

« Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé. »

S. MATTHIEU, 11, 20-24 ; s. LUC, 10, 13-15.

// y aura moins de sévérité pour Tyr et Sidon que pour vous. En terminant son instruction aux disciples, le Sauveur faisait allusion aux villes qui refuseraient de les recevoir. Sur le point de quitter la Galilée, il ne put s'empêcher de déplorer l'incrédulité de ces villes qui l'avaient entendu si souvent et au milieu desquelles il avait opéré tant de miracles, Caphar-

naiïm, et dans son voisinage, Corozaïn et Bethsaïda. Tyr et Sidon se fussent converties à moins et eussent l'ait pénitence avec ie cilice et la cendre. Aux jours de deuil et de pénitence, on se revêtait d'étoffes grossières comme le cilice et on se répandait des cendres sur la tête. Sodome eût fait comme Tyr et Sidon, et elle subsisterait encore, (les villes païennes eussent mieux profité de la grâce que les cités israélites.

Or les apôtres prêcheront bientôt à la place du Sauveur ; qu'ils le sachent donc : les écouter, ce sera écouter le Sauveur en personne, les mépriser, ce sera mépriser le Sauveur et le Père qui l'a envoyé.

98. retour des disciples. — Les soixantedouze revinrent avec joie en disant : « Seigneur, tes démons eux-mêmes nous sont soumis en votre nom. » Il leur dit : « Je voyais Satan tomber comme la foudre du ciel ! Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents, les scorpions et toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire. Cependant que ce ne soit pas là le sujet de votre joie ; réjouissezvous plutôt de ce que vos noms soient inscrits dans les cieux. »

En cette occasion, , Jésus tressaillit d'allégresse sous l'influence de l'Esprit Saint, et reprenant la parole il dit : « Je vous rends grâces, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux savants, et que vous lès avez révélées aux petits. Oui, Père, tel a été votre bon plaisir. Toutes choses m'ont été mises en main par mon Père. Mais personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, et per-

sonne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils aura bien voulu le révéler. »

Puis, se tournant vers ses disciples, il dit : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. Venez donc à moi, vous tous qui êtes fatigués et accablés, et je vous ranimerai. Prenez sur vous mon joug et faites-vous mes disciples, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes : car mon joug est agréable et mon fardeau léger. »

S. MATTHIEU, 11, 25-30 ; s. LUC, 10, 16-24.

Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les deux. Revenus de leur courte mission, les soixante-douze se réjouissaient d'avoir pu chasser les démons. Le Sauveur leur dit qu'en effet, pendant qu'ils agissaient en son nom, il voyait Satan tomber comme la foudre tombe du ciel, c'est-à-dire avec fracas, mais rapidement et sans retour. De fait, il leur a donné pouvoir contre toutes les puissances sataniques, figurées par les serpents et les scorpions, de sorte qu'elles ne pourront leur nuire, ni empêcher l'effet de leur prédication. Cependant c'est là une grâce qui leur est accordée pour le profit des autres ; qu'ils se réjouissent plutôt de la grâce qui les sauvera eux-mêmes et les fera arriver dans les cieux où leurs noms sont inscrits.

Toutes choses ni ont été mises en mains par mon Père. La perspective du succès de l'évangile transportait de joie l'âme du Sauveur. Il en rendit grâces à son Père qui permettait que la vérité, dédaignée des savants et des docteurs, fût révélée aux petits et

accueillie par eux. Ce succès était de Ions points conforme aux vues du Père, qui avait donné toute puissance à son Fils pour qu'il en fut ainsi.

Il exprima alors, dans une formule précise, les rapports qui l'unissaient au Père, et qui faisaient de lui son égal : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, et personne ne connaît le Père que le Fils et ceux auxquels le Fils aura bien voulu le révéler. » Le Fils est donc d'une nature telle que seul le Père le connaît parfaitement ; il ressemble par conséquent au Père, qui est Dieu, et que le Fils seul connaît parfaitement. Il en communique aux hommes la connaissance dont ils sont capables, connaissance limitée, sans nul doute, mais surnaturelle et très supérieure à celle que peuvent fournir la raison et même la révélation delà loi ancienne. On retrouve dans cette formule l'écho fidèle des affirmations que Jésus a fait entendre aux docteurs de Jérusalem et que saint Jean a notées en détail.

Mon joug est agréable et mon fardeau léger. Le Sauveur félicite ses disciples de voir et d'entendre ce qu'ont souhaité en vain les rois et les prophètes d'autrefois. Il ne faut donc pas hésiter à le suivre. Il ranimera ceux qui sont accablés et fatigués. Il est un Maître plein de douceur et d'humilité, traitant ses disciples avec bonté, sans contrainte ni arrogance. Sa doctrine pénètre le fond des âmes et y fait naître la paix ; son joug est agréable et son fardeau léger. A s'attacher à lui, on est donc assuré de trouver tout avantage, toute joie, tout réconfort et tout repos.

qu'un docteur de la loi se leva pour le tenter, et dit : « Maître, que ferai-je pour posséder la vie

éternelle? » Il lui dit : « Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? Qu'y lis-tu? » Celui-ci répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » — « Tu as bien répondu, » lui dit Jésus ; « fais cela et tu vivras. » Mais lui, voulant se faire valoir, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » Jésus reprit alors : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba aux mains de voleurs qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies et s'en allèrent, en le laissant à demi-mort. Gr il arriva qu'un prêtre descendit par le même chemin, le vit et passa outre. De même un lévite, quand il fut arrivé près de cet endroit et qu'il le vit, continua son chemin. Mais un samaritain qui voyageait passa auprès de lui, et, en le voyant, fut ému de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, et, le plaçant sur sa monture, le mena dans une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l'hôtelier : Prends soin de lui, ditil, et tout ce que tu dépenseras en plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel des trois te semble avoir été le prochain de celui qui tomba aux mains des voleurs? » Celui-ci répondit': « C'est celui qui a exercé la miséricorde à son égard. » — « Va donc », lui dit Jésus, « et fais de même ».

s. luc, 10, 25-37.

Fais cela et tu vivras. La surveillance du sanhédrin ne cessait de s'exercer pour épier les actes et les paroles de Jésus. Le docteur qui entre ici en scène

lui pose une question très élémentaire, et le Sauveur l'oblige à y répondre lui-même ; ce que la loi ordonne, c'est l'amour de Dieu et l'amour du prochain ; il n'y a qu'à observer ce commandement pour obtenir la vie éternelle.

A cette réponse si simple, il y a cependant une difficulté. Pour montrer qu'il es! au courant des questions débattues et qu'il faut compter avec sa science, le docteur ajoute : « Qui est mon prochain? » La loi, en effet, prescrivait bien d'aimer le frère, le compatriote ; mais elle supposait l'inimitié contre certains étrangers. L'antipathie contre ceux du dehors n'avait fait que s'accentuer dans les derniers temps. Les docteurs en arrivèrent à enseigner qu'on ne doit ni bienveillance ni miséricorde aux gentils, c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas Israélites, que le païen n'est pas le prochain, que les gentils sont à liai ter comme les chiens. Saint Paul dira de ses compatriotes qu'ils sont « déplaisants à Dieu et ennemis de tous les hommes >,. I Thés., 2, 15. On peut penser que les Samaritains occupaient une place de choix dans cette antipathie juive. C'est pourquoi Jésus va mettre l'un d'eux en scène, bien qu'il vienne lui-même d'être victime de leur mauvaise volonté.

Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. La route a une longueur d'environ 25 kilomètres et elle descend de près de mille mètres. C'est l'ancienne montée d'Adommim ou « montée rouge > , à cause de quelques rochers d'un rouge assez vif, épars à travers un sol jaunâtre. A peu près à mi-chemin se trouvait un caravansérail, appelé Khan-el-Hatrour, pour héberger les voyageurs. Comme le chemin était assez fréquenté, les brigands s'embusquaient dans les rochers, d'où ils tombaient sur les passants pour les attaquer et les piller. On fut même obligé plus tard Id'y établir un poste militaire pour protéger les

voyageurs. C'est sur ce chemin dangereux et bien connu que Notre Seigneur place la scène de sa parabole.

Près du voyageur dépouillé et à demi-mort passent un prêtre et un lévite, attachés tous deux au service du temple et obligés tous deux par là même à pratiquer la miséricorde avec plus de dévouement que les autres Juifs. La loi prescrivait de soulager Fane trop chargé, même s'il appartenait à quelqu'un dont on était haï. Exod., 23, 5. A plus forte raison fallait-il venir en aide à un homme blessé. Mais le prêtre et le lévite n'y songent pas. Ils passent outre d'autant plus vite que personne ne les voit. Ils ne veulent pas se donner une peine qui les retarderait et, sans doute, ils ont peur d'être eux aussi attaqués par les brigands.

Après eux passe sur sa monture un Samaritain. Il voit le blessé ; c'est un Juif, par conséquent quelqu'un qui déteste les Samaritains. Il est lui-même assez aisé et sa monture peut être une proie attrayante pour les voleurs. Mais il ne pense qu'au malheureux qu'il a sous les yeux ; il descend, prend dans son bagage tout ce qui est nécessaire, soigne le blessé, le place sur sa monture et le conduit doucement jusqu'au khan. Il demeure avec lui le reste de la journée et toute la nuit. Le lendemain matin, il songe seulement à reprendre son voyage ; mais il confie le blessé au gardien du khan, lui verse deux deniers, lui recommande d'avoir grand soin du malheureux et s'engage à payer à son retour, s'il y a lieu, le surplus de la dépense.

Va donc et fais de même. A son tour, le Sauveur pose la question au docteur : « Qui, des trois passants, a été le prochain du blessé? » La réponse s'imposait.

Le Sauveur a été traité de Samaritain par les Juifs

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