DÉSESPOIR DE JUDAS
de mort, un témoin inattendu proclamait son innocence. Une fois Jésus livré par son baiser, Judas avait touché les trente pièces d'argent qui lui revenaient. A sa grande surprise, le Sauveur s'était laissé garrotter et emmener sans rien faire pour se défendre. Bien plus, voici qu'il avait été condamné à mort par le sanhédrin, et qu'on était en instance devant le procurateur pour obtenir que la sentence fui exécutée.
Cette suite inattendue de sa trahison fit enfin rentrer Judas en lui-même. Il comprit l'horreur de son forfait. L'argent qu'il avait tant désiré lui pesa si lourdement sur la conscience, qu'il courut au temple et, interpellant les membres du sanhédrin qui s'y trouvaient, proclama l'innocence de celui qu'il avait livré. Les princes des prêtres se moquèrent de ses remords ; ils lui répondirent que c'était son affaire, et non la leur. Comme ils refusaient de reprendre l'argent, et bien plus encore d'intervenir pour arrêter une condamnation imminente, Judas jeta les trente pièces d'argent dans le temple et se retira.
C'était le repentir, mais un repentir tout humain et sans confiance en celui qui seul aurait pu pardonner. Le malheureux pouvait obtenir ce pardon aussi aisément que Pierre, plus coupable que lui à certains égards. Mais Judas ne savait ni aimer, ni pleurer, ni s'humilier, ni prier. Il courut se pendre. Saint Pierre raconte que le misérable, « étant tombé en avant, se rompit par le milieu, si bien que toutes ses entrailles se répandirent. » Act., I, 18. La branche de l'arbre ou la corde avaient cédé, et le cadavre, déjà atteint par la décomposition, n'avait pu résister à la chute.
L'argent d'origine infamante ne pouvait entrer clans le trésor du temple. Deut., 23, 18. Les prêtres