‹ L'EvangileChapitre 90 sur 108 · CORRUPTION DES GARDES · texte numérisé non relu

CORRUPTION DES GARDES

premières heures de la matinée. Chaque évangéliste n'en raconte qu'une partie, ce qui ne rend pas toujours aisée et incontestable la combinaison de leur récit. Mais le fait principal demeure aussi saillant que possible et les détails qui s'y rapportent ne font qu'en confirmer la réalité.

201. corruption des gardes. — Elles étaient déjà parties, quand quelques-uns des gardes arrivèrent dans la ville, et annoncèrent aux prin- .ces des prêtres tout ce qui s'était passé. Ceux-ci s'assemblèrent avec les anciens, et après avoir tenu conseil, ils donnèrent aux soldats beaucoup d'argent, avec cette recommandation : « Vous direz : Ses disciples sont venus la nuit, et l'ont dérobé pendant que nous dormions. Si le procurateur en entend parler, nous arrangerons l'affaire avec lui, de manière que vous n'ayez rien à craindre. » Ceux-ci prirent l'argent et firent ce qu'on leur avait recommandé, et ce propos s'est propagé parmi les Juifs jusqu'aujourd'hui.'

Ses disciples sont venus la nuit et Vont dérobé. Les gardes du tombeau s'étaient enfuis après l'apparition de l'ange. Pendant que les autres apparitions se succédaient, quelques-uns d'entre eux, au nom de tous, allèrent trouver les princes des prêtres pour leur faire connaître les événements qui les avaient obligés à abandonner leur faction.

Il fallait aviser au plus tôt, d'autant plus que beaucoup de Juifs et de pèlerins, assez fortement émus des prodiges de l'avant-veiile, étaient disposés à voir en Jésus tout autre chose qu'un supplicié

ordinaire. Le sanhédrin se réunit sur-le-champ et tint conseil. Il aboutit à la résolution suivante : on donna une forte somme d'argent aux soldats, en leur recommandant de dire partout que le corps avait été enlevé par les disciples pendant qu'euxmêmes dormaient. Comme le bruit de leur fuite pouvait arriver aux oreilles de Pilate, on leur promit d'arranger l'affaire avec lui.

A l'encontre de ce mensonge officiel, il y avait le témoignage de ceux qui virent Jésus ressuscité. Mais, aux yeux des gens bien avisés, comment le sanhédrin, qui avait pris de si minutieuses précautions pour empêcher la violation du tombeau, ne poursuivait-il ni les disciples coupables d'avoir enlevé le corps, ni les soldats plus coupables encore de l'avoir laissé dérober ?

Les soldats, avides et peu scrupuleux, prirent l'argent, et la calomnie se répandit longtemps parmi ceux qui avaient besoin d'une raison pour ne pas croire à la résurrection.

202. apparition a pierre. — Le Seigneur vraiment ressuscité apparut à Simon.

s. luc, 24, 34.

203. les disciples d'emmaus. — Jésus se montra ensuite sous une figure étrangère à deux disciples, pendant qu'ils étaient en chemin pour aller à une ferme.

Deux d'entre eux s'en allaient ce jour-là même à un village nommé Emmaus, distant de Jérusalem de soixante stades.

Ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Or, voici que, pendant qu'ils s'entrete-

liaient et cherchaient ensemble des explications, Jésns lui-même les rejoignit et se mit à marcher avec eux : mais leurs yeux ne pouvaient arriver à le reconnaître. Il leur dit : « De quoi vous entretenez-vous donc ainsi l'un et l'autre en marchant? pourquoi êtes-vous tristes? » L'un d'eux, qui s'appelait Cléophas, répondit : « Vous êtes donc seul assez étranger à Jérusalem, pour ne pas savoir ce qui s'y est passé pendant ces jours ? >) — « Quoi donc ? » leur dit-il. Ils reprirent : « Au sujet de Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant par l'action et par la parole devant Dieu et devant tout le peuple ; et aussi comment les grands-prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et Font crucifié. Pour nous, nous espérions qu'il serait le Rédempteur d'Israël ; et maintenant, pour mettre le comble à tout le reste, nous voilà aujourd'hui au troisième jour depuis que ces choses se sont passées. Il y a bien quelques femmes d'entre les nôtres qui nous ont effrayés, après être allées avant le jour au tombeau, et n'ayant point trouvé son corps, être revenues en disant qu'elles avaient vu une apparition d'anges assurant qu'il est vivant. Quelques-uns des nôtres se sont alors rendus au tombeau ; ils ont trouvé les choses dans l'état que les femmes avaient dit, mais ils ne l'ont pas trouvé lui-même. »

Il leur dit lui-même alors : « 0 insensés ! ô cœurs lents à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! N'a-t-il pas fallu que le Christ souffrît ainsi avant d'entrer dans sa gloire ? » Et à com-

mencer par Moïse et tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. Ils arrivèrent près du village où ils se rendaient, et il feignit de vouloir continuer sa route. Mais ils le pressèrent en disant : « Restez avec nous, car il se fait tard et déjà le joui' naisse ». Il entra alors avec eux.

Or voici que, pendant qu'il était à table avec eux, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur tendit. Alors leurs yeux s'ouvrirent, ils le reconnurent, mais il disparut à leurs yeux. Ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas tout brûlant pendant qu'il parlait sur le chemin et nous découvrait les Ecritures ? » Se levant surle-champ, ils retournèrent à Jérusalem, et trouvèrent rassemblés les onze et ceux qui étaient avec eux. On leur dit : « Le Seigneur est vraiment ressuscité et il est apparu à Simon. » Euxmèmes racontèrent ce qui était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. Mais on ne crut pas non plus à leur récit.

s. marc, 16, 12-13 ; s. luc, 24, 13-35.

A 'a-t-il pas fallu que le Christ souffrît avant (T entrer dans sa gloire ? Après une apparition particulière à Pierre, sur laquelle l'évangéïiste ne fournit aucun détail, mais qui montre que le chef des apôtres n'avait pas perdu la faveur de son Maître, le Sauveur se montra à deux disciples qui se rendaient au bourg d'Emmaiïs. La localité se trouvait à GO stades ou environ onze kilomètres de Jérusalem.

Les disciples étaient partis dans la matinée et s'entretenaient tristement de tout ce qui était arrivé à leur Maître. Jésus, qui se joint à eux comme un

voyageur ordinaire, les interroge sans qu'ils le reconnaissent. Ils lui parlent alors des événements des derniers jours, du prophète à la puissance duquel ils rendent hommage et des espérances que tous avaient fondées sur lui. Mais la déception a suivi, à cause de la condamnation et du crucifiement. Les disciples ajoutent ce qu'ils ont appris le matin, les femmes parties au tombeau dès la pointe du jour, l'absence du corps, contrôlée ensuite par les deux apôtres et peut-être d'autres, l'apparition des anges annonçant que Jésus est vivant. Ils ne connaissent rien de l'apparition à Marie-Madeleine, ou du moins n'en font point état, tant le fait leur parait invraisemblable.

En somme les deux disciples aiment leur Maître ; mais ils ne savent plus à quoi rattacher la foi et les espérances qu'ils avaient mises em lui.

Le Sauveur commence alors à leur expliquer ce qui, dans les Ecritures, concernait le Messie, et surtout la nécessité pour lui de souffrir avant d'entrer dans sa gloire. C'est là un point capital auquel l'intelligence des Juifs restait obstinément fermée, et sur lequel il fallait faire la lumière pour tous les disciples.

Au terme du chemin, le, Sauveur feint de vouloir aller plus loin. Mais c'est déjà le soir ; il se laisse retenir par les deux disciples et prend place à table avec eux.

A un moment, il rompt le pain, le leur donne et disparaît à leurs yeux, A chaque repas, les Juifs bénissaient le pain, c'est-à-dire rendaient grâces, et ensuite le rompaient. Mais l'expression « rompre le pain )> désigne ordinairement, sous la plume de saint Luc, la célébration de l'Eucharistie. Il ne serait vraisemblablement pas entré dans les détails qu'il donne ici, s'il ne s'agissait que d'un pain ordinaire.

Il observe du reste que les deux disciples reconnurent le Christ ressuscité à la fraction du pain. Comment eût-il été reconnu s'il n'eût fait que rompre un pain ordinaire, comme on le faisait tous les jours ?

Les deux disciples, que l'on a le droit de juger assez fervents pour s'informer de tout ce qui concernait leur Maître, avaicnl naturellement entendu parler par les apôtres de ce qui s'était passé le soir du festin pascal. Ils venaient de reconnaître, dans la maison d'Emmaùs, la répétition exacte de ce (jui s'était accompli au cénacle. Il n'est donc pas élonnant que cet acte, corroboré par la disparition subite du Sauveur, leur ait ouvcrl les yeux.

Ils se demandent comment ils n'ont pas reconnu Jésus, pendant qu'il échaufïail leurs cœurs par son explication des Ecritures. Ils repartent aussitôt pour Jérusalem, afin de porter aux apôtres et aux autres disciples la bonne nouvelle.

Là, on leur apprend (pie le Seigneur est aussi apparu à Pierre. Mais Pierre a parlé en vain de ce qu'il avait vu ; on ne l'a pas cru. Les disciples, à leur tour, auront beau raconter les détails de leur heureux voyage ; on ne les croira pas davantage. Cette incrédulité a quelque chose d'inexcusable, mais elle est utile, car elle est la preuve péremptoire (pie les apôtres n'ont cru à la résurrection que forcés par l'évidence.

Il est bon de remarquer que les disciples ne reconnaissent pas le Christ ressuscité, même quand ils l'entendent leur parler pendant un assez long chemin ; la lumière ne leur arrive que quand le Sauveur vient à eux sous sa forme eucharistique.

204. apparition au cénacle. — Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, il appa-

rut en dernier lieu aux onze, pendant qu'ils étaient à table. Les portes étaient fermées, dans l'endroit où les disciples se trouvaient réunis, par crainte des Juifs. Les voyageurs d'Emmails parlaient encore, quand Jésus vint, se tint au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous. C'est moi, n'ayez pas peur. » Troublés et- effrayés, ils s'imaginaient voir un esprit. Il leur dit alors : <( Pourquoi êtes-vous troublés et quelles pensées s'élèvent dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi. Touchez et voyez. Un esprit n'a ni chair ni os, comme vous m'en voyez. » Après avoir ainsi parlé, il leur montra ses mains, son côté et ses pieds.

La paix soit avec vous ! C'est moi, ri ayez pas peur. Si les apôtres et les disciples passaient les nuits hors de la ville, ils se réunissaient cependant durant le jour dans la maison amie où Jésus avait pris son dernier repas. Mais cette maison était assez voisine des palais d'Anne et de Caïphe. On devait être d'autant plus mal disposé envers les disciples de Jésus, qu'on faisait déjà courir le bruit d'une violation et d'un enlèvement commis par eux au sépulcre. Aussi se tenaient-ils enfermés et portes closes, par crainte des Juifs.

Le soir de ce jour, Tes disciples d'Emmaûs étaient encore là et l'on discutait leur récit, quand tout à coup Jésus parut au milieu d'eux, sans que les portes aient été ouvertes. Il leur souhaita la paix et leur dit de ne pas avoir peur. Mais l'effroi était tel qu'on le prit pour un fantôme.

Pour les convaincre, Jésus leur montra et leur fit toucher. son corps, avec les plaies de ses mains, de son côté et de ses pieds. Puis, comme la surprise

mêlée à leur joie les laissait encore hésitants, il leur demanda à manger et partagea avec eux les aliments qu'ils lui présentèrent.

Il leur reprocha néanmoins l'incrédulité qu'ils avaient opposée au témoignage de ceux qui l'avaient vu ressuscité.

Les disciples furent clans la joie en voyant le Seigneur. Cependant ils ne croyaient pas encore, tant il y avait d'étonnement mêlé à leur joie. Il leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger? » Ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. Il en mangea devant eux, prit les restes et les leur donna. Il leur reprocha ensuite leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru à ceux qui l'avaient vu ressuscité. Puis il leur dit encore une l'ois : « La paix soil avec vous ! De même que mon Père m'a envoyé, je Vous envoie. » Après ces paroles, il souffla sur eux et ajouta : « Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez, leur seront remis, et à ceux à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. »

s. marc, 16, 14: s. luc. 14, 36-43; s. jean, 20, 19-25.

Les péchés seront remis. Le Sauveur voulait, dès ce premier jour, non seulement convaincre ses apôtres de sa résurrection, mais aussi se hâter de leur conférer le plus précieux pouvoir conquis par sa mort. Il leur avait dit de faire en mémoire de lui ce qu'il avait accompli à la dernière Cène, et il leur avait parlé de son corps et de son sang livrés « afin de remettre les péchés » (171).

La mort du Sauveur sur la croix assurait cette rémission des péchés, mais elle n'en donnait pas l'attestation individuelle. Il fallait donc un ministre à la rémission des péchés, comme à la célébration de l'Eucharistie.

C'est pourquoi le Sauveur, soufflant sur ses apôtres en signe de l'effusion du Saint-Esprit, et agissant en vertu de la mission de son Père, les envoie euxmêmes en leur conférant le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, c'est-à-dire de les pardonner ou de ne pas les pardonner.

Le Sauveur leur avait déjà donné un pouvoir général de lier et de délier, qui devait être ratifié dans le ciel (120). Il applique ici ce pouvoir à un cas particulier, celui du péché à pardonner ou à ne pas pardonner, et ce pouvoir est présenté aux apôtres dès sa première apparition, comme son don de joyeux avènement à une vie nouvelle.

Les apôtres sont ainsi établis juges des consciences. Ils n'ont pas seulement le droit et le devoir de pardonner, mais aussi celui de ne pas pardonner. Ils ne peuvent choisir leur sentence qu'en connaissance de cause, et cette cause ne peut habituellement leur être connue que par la révélation du coupable lui-même.

Le Sauveur disparut à la suite de cette apparition. Le silence des évangélistes donne à penser qu'il ne se montra plus de toute la semaine.

Dans cette première journée, le Sauveur ressuscité ne s'est montré qu'à des amis, aux saintes femmes, aux disciples et aux apôtres. Toutes ses autres apparitions ne sortiront point de ce cercle intime. Il semble qu'il eût produit grand effet en se manifestant à ses ennemis, aux grands-prêtres, aux membres du sanhédrin, à Pilate, aux Juifs de Jérusalem. Il ne l'a pas fait. En auraient-ils* cru davantage ?

Page 1