Celui qui est dégoûté de la vie, mais ne veut pas se
Voter, est4l coupable de chercher la mort sur un champ de bataille, avec la pensée de rendre sa mort utile ?
Que l'homme se donne la mort ou qu'il se la fas^ donner, le but est toujours d'abréger sa vie, et par conséquent il y a suicide d'intention sinon de fait. La pensée que sa mort servira à quelque chose est illusoire; ce n'est qu'un prétexte pour colorer son action et l'excuser à ses propres yeux; s'il avait sérieusement le désir de servir son pays, il chercherait à vivre, tout en le défendant, et non à mourir, car une fois mort il ne lui sert plus à rien. Le vrai dévoûment consiste à ne pas craindre la mort quand il s'agit d'être utile, à braver le péril, à faire d'avance et sans regret le sacrifice de sa vie si cela est nécessaire; mais V intention préméditée de chercher la mort en s'exposant à un danger, même pour rendre service, annule le mérite de l'action. (Saint Louis. Paris, 1860.)
30. Un homme s expose à un danger imminent pour sauver la vie à un de ses semblables, sachant d'avance que luimême succombera ; cela peut-il être regardé comme un suicide ?
Du moment que l'intention de chercher la mort n'y est pas, il n'y a pas suicide, mais dévoûment et abnégation, eût-on la certitude de périr. Mais qui peut avoir cette certitude ? Qui dit que la Providence ne réserve pas un' moyen inespéré de salut dans le moment le plus critique? Ne peut-elle sauver celui même qui serait à la bouche d'un canon ? Souvent elle peut vouloir pousser l'épreuve de la résignation jusqu'à sa dernière limite, alors une circonstance inattendue détourne le coup fatal. (Id.)
31 . Ceux qui acceptent leurs souffrances avec résignation par soumission à la volonté de Dieu et en vue de leur bonheur futur, ne travaillent-ils que pour eux-mêmes, et peuvent-ils rendre leurs souffrances profitables à d'autres ?
Ces souffrances peuvent être profitables à autrui matériellement et moralement. Matériellement, si, par le travail, les privations et les sacrifices qu'ils s'imposent, ils contribuent au bien-être matériel de leurs proches ; moralement, par l'exemple qu'ils donnent de leur soumission à la volonté de Dieu. Cet exemple de la puissance de la foi spirite peut exciter des malheureux à la résignation, les sauver du désespoir et de ses funestes conséquences pour l'avenir. (Sàinï Louis. Paris, 1860.)
:r. — Consolateur promis. — Instructions des Esprits : A.^énem«n1 de l'Esprit de Vérité.
le joug léger.
i. Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. — Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes; car mon joug est doux et mon fardeau est léger. (Saint Matthieu, ch. xi, v. 28, 29, 30.)
2. Toutes les souffrances: misères, déceptions, douleurs physiques, pertes d'êtres chéris, trouvent leur consolation dans la foi en l'avenir, dans la confiance en la justice de Dieu, que le Christ est venu enseigner aux hommes. Sur celui, au contraire, qui n'attend rien après cette vie, ou qui doute simplement, les afflictions pèsent de tout leur poids, et nulle espérance ne vient en adoucir l'amertume. Voilà ce qui fait dire à Jésus : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués , et je vous soulagerai.
Cependant Jésus met une condition à son assistance, et à la félicité qu'il promet aux affligés; cette condition est dans la loi qu'il enseigne; son joug est l'observation de cette loi ; mais ce joug est léger et cette loi est douce, puisqu'ils imposent pour devoir l'amour, et la charité.
Consolateur promis.
3. Si vous m'aimez, gardez mes commandements ; — et je prierai mon Père, et il vous enverra un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous : — L'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point, et qu'il ne le connaît point. Mais pour vous, vous le connaîtrez,, parce qull demeurera avec vous et qu'il sera en vous. — Mais le consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. (Saint Jean, ch.xiv, v. 15, i6, 17, 26.)'
4. Jésus promet un autre consolateur : c'est l'Esprit -de Vérité, que le monde ne connaît point encore, parce qull n'est pas mûr pour le comprendre, que le Père enverra pour enseigner toutes choses, et pour faire souvenir de ce que Christ a dit. Si donc l'Esprit de Vérité doit venir plus tard .enseigner toutes choses, e'es.t que Christ n'a pas tout dit; s'il vient faire souvenir de ce que Christ a dit, c'est qu'on l'aura oublié ou mal compris.
Le Spiritisme vient au temps marqué accomplir îa promesse du Christ : l'Esprit de Vérité préside à son établissement; il rappelle les hommes à l'observance de la loi; il enseigne toutes choses en faisant comprendre ce que le Christ n'a dit qu'en paraboles. Le Christ a dit : « Que ceux-là entendent qui ont des oreilles pour entendre; » le spiritisme vient ouvrir les yeux et les oreilles, car il parle sans figures et sans allégories ; il lève le voile laissé à dessein sur certains mystères; il vient enfin apporter une suprême consolation aux déshérités de la terre et à tous ceux qui souffrent, en donnant un# cause juste et un but utile à toutes les douleurs.
Le Christ a dit : « Bienheureux les affligés, parce qu'ils seront consolés; » mais comment se trouver heureux de souffrir, si Ton ne sait pourquoi on souffre? Le spiritisme en montre la cause dans les existences antérieures et dans la destination delà terre où l'homme expie son passé ; il en montre le but en ce que les souffrances sont comme les crises salutaires qui amènent la guérison, et qu'elles sont l'épuration qui assure le bonheur dans les existences futures. L'homme comprend qu'il a mérité de souffrir, et il trouve la souffrance juste; il sait que cette souffrance aide à son avancement, et il l'accepte sans murmure, comme l'ouvrier accepte le travail qui doit lui valoir son salaire. Le spiritisme lui donne une foi inébranlable dans l'avenir, et le doute poignant n'a plus de prise sur son âme;erilùi faisant voiries choses d'en haut, l'importance des vicissitudes terrestres se perd dans le vaste et splendide horizon qu'il embrasse, et la perspective du bonheur qui l'attend lui donne la patience, la résignation et le courage d'aller jusqu'au bout du chemin.
Ainsi le spiritisme réalise ce que Jésus a dit du consolateur promis : connaissance des choses qui fait que l'homme sait d'où il vient, où il va, et pourquoi il est sur la terre ; rappel aux vrais principes de la loi d^ Dieu, et consolation par la foi et l'espérance.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
Avènement de l'Esprit de Vérité.
5. Je viens, comme autrefois, parmi les fils égarés d'Israël, apporter la vérité et dissiper les ténèbres. Écoutez moi. Le spiritisme, comme autrefois ma parole,
doit rappeler aux incrédules qu'au-dessus d'eux règne l'immuable vérité: le Dieu bon, le Dieu grand qui fait germer la plante et soulève les flots. J'ai révélé la doctrine divine; j'ai, comme un moissonneur, lié en gerbes le bien épars dans l'humanité, et j'ai dit: Venez à moi, vous tous qui souffrez !
Mais les hommes ingrats se sont détournés de la voie droite et large qui conduit au royaume de mon Père, et lisse sont égarés dans les âpres sentiers de l'impiété. Mon Père ne veut pas anéantir la race humaine; il veut que , vous aidant les uns les autres, morts et vivants, c'est-à-dire morts selon la chair, car la mort n'existe pas, vous vous secouriez, et que, non plus la voix des prophètes et des apôtres, mais la voix de ceux qui ne sont plus se fasse entendre pour vous crier : Priez et croyez! car la mort, c'est la résurrection, et la vie, c'est l'épreuve choisie pendant laquelle vos vertus cultivées doivent grandir et se développer comme le cèdre.
Hommes faibles, qui comprenez les ténèbres de vos intelligences, n'éloignez pasle flambeau que la clémence divine place entre vos mains pour éclairer votre route et vous ramener, enfants perdus, dans le giron de votre Père.
Je suis vrop touché de compassion pour vos misères, pour votre Immense faiblesse, pour ne pas tendre une main secourable aux malheureux égarés qui, voyant le ciel, tombent dans l'abîme de l'erreur. Croyez, aimez, méditez les choses qui vous sont révélées ; ne mêlez pas l'ivraie au bon grain, les utopies aux vérités.
Spirites! aimez-vous, voilà le premier enseignement; instruisez-vous, voilà le second. Toutes vérités se trouvent dans le Christianisme; les erreurs qui y ont pris
racine sont, d'origine humaine; et voilà qu'au delà du tombeau que vous croyiez Je néant, des voix vous crient : Frères ! rien ne périt; Jésus-Christ est le vainqueur du mal, soyez les vainqueurs de l'impiété. (L'Esprit de Vérité. Paris, 1860.)
6. Je viens enseigner et consoler les pauvres déshérités; je viens leur dire qu'ils élèvent leur résignation au niveau de leurs épreuves ; qu'ils pleurent, car la douleur a été sacrée au jardin des Oliviers; mais qu'ils espèrent, car les anges consolateurs viendront aussi essuyer leurs larmes.
Ouvriers, tracez votre sillon ; recommencez le lendemain la rude journée de la veille ; le labeur de vos mains fournit le pain terrestre à vos corps, mais vos âmes ne sont pas oubliées; et moi, le divin jardinier, je les cultive dans le silence de vos pensées; lorsque l'heure du repos aura sonné, lorsque la trame s'échappera de vos mains, et que vos yeux se fermeront à la lumière, vous sentirez sourdre et germer en vous ma précieuse semence. Rien n'est perdu dans le royaume de notre Père, et vos sueurs, vos misères" forment le trésor qui doit vous rendre riches dans les sphères supérieures, où la lumière remplace les ténèbres, et où le plus dénué de vous tous sera peut-être le plus resplendissant.
Je vous le dis en vérité, ceux qui portent leurs fardeaux et qui assistent leurs frères sont mes bienaimés ; instruisez-vous dans la précieuse doctrine qui dissipe l'erreur des révoltes, et qui vous enseigne le but sublime de l'épreuve humaine. Comme le vent balaye la poussière, que le souffle des Esprits dissipe
vos jalousies contre les riches du monde qui sont souvent très misérables, car leurs épreuves sont plus périlleuses que les vôtres. Je suis avec vous, et mon apôtre vous enseigne. Buvez à la source vive de l'amour, et préparez-vous, captifs de la vie, à vous élancer un jour libres et joyeux dans le sein de Celui qui vous a créés faibles pour vous rendre perfectibles, et qui veut que vous façonniez vous-mêmes votre molle argile, afin d'être les artisans de votre immortalité. (L'Esprit de Vérité, Paris, 186-1.)
7. Je suis le grand médecin des âmes, et je viens vous apporter le remède qui doit les guérir; les faibles, les souffrants et les infirmes sont mes enfants de prédilection, e^ je viens les sauver. Venez donc à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et vous serez soulagés et consolés; ne cherchez pas ailleurs la force et la consolation, car le monde est impuissant à les donner. Dieu fait à vos cœurs un appel suprême par le spiritisme; écoutez-le. Que l'impiété, le mensonge, l'erreur, l'incrédulité soient extirpés de vos âmes endolories ; ce sont des monstres qui s'abreuvent de votre sang le plus pur,- et qui vous font des plaies presque toujours mortelles. Qu'à l'avenir, humbles et soumis au Créateur, vous pratiquiez sa loi divine. Aimez et priez; soyez dociles aux Esprits du Seigneur; invoquez-le du fond du cœur ; alors il vous enverra son Fils bien-aimé pour vous instruire et vous dire ces bonnes paroles : Me voilà; je viens à vous, parce que vous m'avez appelé. (L'Esprit de Vérité. Bordeaux, 1861.)
8. Dieu console les humbles et donne la force aux affligés qui la lui demandent. Sa puissance couvre la
terre, et partout à côté d'une larme il a placé un baume qui console. Le dévoùment et l'abnégation sont une prière continuelle, et renferment un enseignement profond ; la sagesse humaine réside en ces deux mots. Puissent tous les Esprits souffrants comprendre cette vérité, au lieu de se récrier contre les douleurs, les souffrances morales qui sont ici-bas votre lot. Prenez donc pour devise ces deux mots : dévoùment et abnégation, et vous serez forts, parce qu'ils résument tous les devoirs que vous imposent la charité et l'humilité. Le sentiment du devoir accompli vous donnera le repos de l'esprit et la résignation. Le cœur bat mieux, l'âme se calme et le corps n'a plus de défaillance, car le corps souffre d'autant plus que l'esprit est plus profondément atteint- (L Esprit de Vérité. Le Havre, 1863%)
Ce qu'il faut entendre par les pauvres d'esprit. — Quiconque s'élève sera abaissé. — Mystères cachés aux sages et aux prudents. — Instructions des Esprits : Orgueil e.t humilité. — Mission de l'hornme intelligent sur la terre.
Ce qu'il faut entendre par les pauvres d'esprit.
i. Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. (Saint Matthieu, ch. v, v. 3.)
2. L'incrédulité s'est égayée sur cette maxime : Bienheureux les pauvres d'esprit, comme sur beaucoup d'autres choses, sans la comprendre. Par les pauvres d'esprit, Jésus n'entend pas les hommes dépourvus d'intelligence, mais lés humbles : il dit que le royaume des cieux est pour eux, et non pour les orgueilleux.
Les hommes de science et d'esprit, selon le monde, ont généralement une si haute opinion d'eux-mêmes et de leur supériorité, qu'ils regardent les choses divines comme indignes de leur attention; leurs regards concentrés sur leur personne ne peuvent s'élever jusqu'à Dieu. Cette tendance à se croire au-dessus de tout ne les porte que trop souvent à nier ce qui étant au-dessus d'eux pourrait les rabaisser, à nier même la Divinité; ou, s'ils consentent à l'admettre, ils lui contestent un. de ses plus beaux attributs : son action providentielle
04, CHAPITRE Vïï;
£ur les choses de ce monde, persuadés qu'eux seuls suffisent pour le bien gouverner. Prenant leur intelligence pour la mesure de l'intelligence universelle, et se jugeant aptes à tout comprendre, ils ne peuvent croire à la possibilité de ce qu'ils ne comprennent pas; quand ils ont prononcé, leur jugement est pour eux sans appel.
S'ils refusent d'admettre le monde invisible et une puissance extra-humaine, ce n'est pas cependant que cela soit au-dessus de leur portée, mais c'est que leur orgueil se révolte à l'idée d'une chose au-dessus de laquelle ils ne peuvent se placer, et les ferait descendre de leur piédestal. C'est pourquoi ils n'ont que des sourires de dédain pour tout ce qui n'est pas du monde visible et tangible ; ils s'attribuent trop d'esprit et de cience pour croire à des choses bonnes, selon eux, >our les gens simples, tenant ceux qui les prennent au sérieux pour des pauvres d'esprit.
Cependant, quoi qu'ils en disent, il leur faudra entrer, comme les autres, dans ce monde invisible qu'ils tournent en dérision; c'est là que leurs yeux seront ouverts et qu'ils reconnaîtront leur erreur. Mais Dieu, qui est juste, ne peut recevoir au même titre celui qui a méconnu sa puissance et celui qui s'est humblement soumis à ses lois, ni leur faire une part égale.
En disant que le royaume des cieux est aux simples, Jésus entend que nul n'y est admis sans la simplicité du cœur et l'humilité de l'esprit; que l'ignorant qui possède ces qualités sera préféré au savant qui croit plus en lui qu'en Dieu.*En toutes circonstances il place l'humilité <uu rang des vertus qui rapprochent de Dieu, et l'orgueil parmi les vices qui en éloignent; et cela par une raison très naturelle, c'est que l'humilité est un acte de soumis
sion à Dieu, tandis que l'orgueil est une révolte contre lui. Mieux vaut donc, pour le bonheur futur de l'homme, être pauvre en esprit, dans le sens du monde, et riche en qualités morales.
Quiconque s'élève sera abaissé.
3. En ce même temps les disciples s'approchèrent de Jésus, et lui dirent : Qui est le plus grand dans le royaume des cieux?
— Jésus ayant appelé un peUt enfant, le mît au milieu d'eux, et leur dit : Je vous dis en vérité que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. — Quiconque donc s'humiliera et se rendra petit comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des deux, — et quiconque reçoit en
"mon nom un enfant tel que je viens de dire, c'est moi-même qu'il reçoit. (Saint Matthieu, en. xvm, v. 1 à 5.)
4. Alors la mère des enfants de Zébédée s'approcha de lui avec ses deux fils, et l'adora en lui témoignant qu'elle voulait lui demander quelque chose. — Il lui dit : Que voulez-vous? Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient assis dans votre royaume, l'un à votre droite et l'autre à votre gauche. — Mais Jésus leur répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez; pouvez-vous boire le calice que je vais boire? Ils lui dirent : Nous le pouvons. — Il leur répondit : Il est vrai que vous boirez le calice que je boirai; mais pour ce qui est d'être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi à vous le donner, mais ce sera pour ceux à qui mon Père Ta préparé. — Les dix autres apôtres ayant entendu ceci, en conçurent de l'indignation contre les deux frères. — Et Jésus les ayant appelés à lui, leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands les traitent avec empire.
— Il n'en doit pas être de même parmi vous ; mais que celui qui voudra devenir le plus grand, soit voire serviteur ; — et que celui qui voudra être le prenjier d'entre vous soit votre esclave; — comme le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais
pour servir et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. (Saint Matthieu, ch. xx, v. de 20 à 28.)
5. Jésus entra un jour de sabbat dans la maison .d'un des principaux Pharisiens pour y prendre son repas, et ceux qui étaient là l'observaient. — Alors, considérant comme les conviés choisissaient les premières places, il leur proposa cette parabole, et leur dit : — Quand vous serez conviés à des noces, n'y prenez point la première place, de peur qu'il ne se trouve parmi les conviés une personne plus considérable que vous , et que celui qui vous aura invité ne vienne vous dire : Donnez votre place à celui-ci, et qu'alors vous ne soyez réduit à vous tenir avec honte au dernier lieu. — Mais quand. vous aurez été conviés, allez vous mettre à la dernière place, afin que, lorsque celui qui vous a conviés sera venu, il vous dise : Mon ami, montez plus haut. Et alors ce sera un sujet de gloire devant ceux qui seront à table avec vous; — car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé, (Saint Luc, ch. xiv, v. 1 et de 7 à 11.)
6. Ces maximes sont les conséquences du principe d'humilité que Jésus ne cesse de poser comme condition essentielle de la félicité promise aux élus du Seigneur, et qu'il a formulé par ces paroles : « Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. » Il prend un enfant comme type de la simplicité du cœur et il dit : Celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux qui s'humiliera et se fera petit comme un enfant; c'est-à-dire qui n'aura aucune prétention à la supériorité ou à l'infaillibilité.
La même pensée fondamentale se retrouve dans cette autre maxime : « Que celui qui voudra devenir le plus grand soit votre serviteur, » et dans celle-ci : « Quiconque s'abaisse se?*a élevé, et quiconque s'élève sera abaissé. »
Le spiritisme vient sanctionner la théorie par l'exemple, en nous montrant grands dans le monde des Esprits
ceux qui étaient petits sur la terre, et souvent bien petits ceux qui y étaient les plus grands et les plus puissants. C'est que les premiers ont emporté en mourant ce qui seul fait la véritable grandeur dans le ciel et ne se perd pas : les vertus; tandis que les autres ont dû laisser ce qui faisait leur grandeur sur la terre, et ne s'emporte pas : la fortune, les titres, la gloire, la naissance; n'ayant rien autre chose, ils arrivent dans l'autre monde dépourvus de tout, comme des naufragés qui ont tout perdu, jusqu'à leurs vêtements; ils n'ont conservé que l'orgueil qui rend leur nouvelle position plus humiliante, car ils voient au-dessus d'eux, et resplendissants de gloire, ceux qu'ils ont foulés aux pieds sur la terre.
Le spiritisme nous montre une autre application de ce principe dans les incarnations successives où ceux qui ont été les plus élevés dans une -existence sont abaissés au dernier rang clans une existence suivante, s'ils ont été dominés par l'orgueil et l'ambition. Ne cherchez donc point la première place sur la terre, ni à vous mettre au-dessus des autres, si vous ne voulez être obligés de descendre; cherchez, au contraire, la plus humble et la plus modeste, car Dieu saura bien vous en donner une plus élevée dans le ciel si vous la méritez.
Mystères cachés aux sages et aux prudents.
7. Alors Jésus dit ces paroles : Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux simples et aux petits. 'Saint Matthieu, ch. xi, v. 25.)
8. Il peut paraître singulier que Jésus rende grâce à Dieu d'avoir révélé ces choses aux simples et aux petits, qui sont les pauvres d'esprit, et de les avoir cachées aux sages et aux prudents, plus aptes, en apparence, à les comprendre. C'est qu'il faut entendre par les premiers, les humbles qui s'humilient devant Dieu, et ne se croient pas supérieurs à tout le monde; et par les seconds, les orgueilleux, vains de leur science mondaine, qui se croient prudents, parce qu'ils nient, traitant Dieu d'égal à égal quand ils ne le désavouent pas ; car, dans l'antiquité, sage était synonym'e de savant; c'est pourquoi Dieu leur laisse la recherche des secrets de la terre, et révèle ceux du ciel aux simples et aux humbles qui s'inclinent devant lui.
9. Ainsi en est-il aujourd'hui des grandes vérités révélées par le spiritisme. Certains incrédules s'étonnent que les Esprits fassent si peu de frais pour les convaincre ; c'est que ces derniers s'occupent de ceux qui cherchent la lumière de bonne foi et avec humilité, de préférence à ceux qui croient posséder toute la lumière, et semblent penser que Dieu devrait être trop heureux de les ramener à lui, en leur prouvant qu'il existe.
La puissance de Dieu éclate dans les plus petites choses comme dans les plus grandes ; il ne met pas la lumière sous le boisseau, puisqu'il la répand à flots de toutes parts; aveugles donc ceux qui ne la voient pas. Dieu ne veut pas leur ouvrir les yeux de force, puisqu'il leur plaît de les tenir fermés. Leur tour viendra, mais il faut auparavant qu'ils sentent les angoisses des ténèbres et reconnaissent Dieu, et non le hasard, dans la main qui frappe leur orgueil 11 emploie pour vaincre l'incrédulité
les moyens qui lui conviennent selon les individus ; ce n'est pas à l'incrédule de lui prescrire ce qu'il doit faire, et de lui dire : Si vous voulez me convaincre, il faut vous y prendre de telle ou telle façon, à tel moment plutôt qu'à tel autre, v parce que ce moment est à ma convenance.
Que les incrédules ne s'étonnent donc pas si Dieu, et les Esprits qui sont les agents de ses volontés, ne se soumettent pas à leurs exigences. Qu'ils se demandent ce. qu'ils diraient si le dernier de leurs serviteurs voulait s'imposer à eux. Dieu impose ses conditions et n'en subit pas ; il écoute avec bonté ceux qui s'adressent à lui avec humilité, et non ceux qui se croient plus que lui.
10. Dieu, dira-t-on, ne pourrait-il les frapper personnellement par de?? signes éclatants en présence desquels l'incrédule le plus endurci devrait s'incliner? Sans doute il le pourrait, mais alors où serait leur mérite, et d'ailleurs à quoi cela servirait-il? N'en voit-on pas tous les jours se refuser à l'évidence et même dire : Si je voyais, je ne croirais pas, parce que je sais que c'est impossible? S'ils refusent de reconnaître la vérité, c'est que leur esprit n'est pas encore mûr pour la comprendre, ni leur cœur pour la sentir. L'orgueil est la taie qui obscurcit leur vue; à quoi sert de présenter la lumière à un aveugle? Il faut donc d'abord guérir la cause du mal; c'est pourquoi, en médecin habile, il châtie premièrement l'orgueil. Il n'abandonne donc pas ses enfants pet dus ; il sait que tôt ou tard leurs yeux s'ouvriront, mais il veut que ce soit de leur propre volonté, et alors que, vaincus par les tourments de l'incrédulité, ils se jetteront d'eux-mêmes dans ses bras, et, comme l'enfant prodigue, lui demanderont grâce I
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
I/orgueil et l'humilité.
1 1 . Que la paix du Seigneur soit avec vous, mes chers amis ! Je viens vers vous pour vous encourager à suivre la bonne voie.
* Aux pauvres Esprits qui, autrefois, habitaient la terre, Dieu donne mission de venir vous éclairer. Béni soit-ilde la grâce qu'il nous accorde iAe pouvoir aider à votre amélioration. Que l'Esprit-Saint m'éclaire et m'aide à rendre ma parole compréhensible et qu'il me fasse la grâce de la mettre à la portée de tous ! Vous tous incarnés, qui êtes dans la peine et cherchez la lumière, que la volonté de Dieu me soit en aide pour la faire luire à vos yeux!
L'humilité est une vertu bien oubliée parmi vous; les grands exemples qui vous en ont été donnés sont bien peu suivis, et pourtant, sans l'humilité, pouvez- vous* être charitables envers votre prochain? Oh! non, car ce sentiment nivelle les hommes; iJ leur dit qu'ils sont frères, qu'ils doivent s'entr'aider, et les amène au bien. Sans l'humilité, vous vous parez des vertus que vous n'avez pas, comme si vous portiez un habit pour cacher les difformités de votre corps. Rappelez-vous Celui qui nous sauva ; rappelez-vous son humilité qui l'a fait si grand, et l'a mis au-dessus de tous les prophètes.
L'orgueil est le terrible adversaire de l'humilité. Si le Christ promettait le royaume des cieux aux plus pauvres, c'est que les grands de la terre se figurent que les titres et les richesses sont des récompenses données à leur mérite, et que leur essence est plus pure que celle
du pauvre; ils croient que cela leur est dû, c'est pourquoi, lorsque Dieu le leur retire, ils l'accusent d'injustice. Oh! dérision et aveuglement! Dieu fait-il une distinction entre vous par le corps? L'enveloppe du pauvre n'est*elle pas la même que celle du riche? Le Créateur a-t-il lait deux espèces d'hommes? Tout ce que Dieu fait est grand et sage; ne lui attribuez jamais les idées qu'enfantent vos cerveaux orgueilleux.
0 riche, tandis que tu dors sous tes lambris dorés à l'abri du froid, ne sais-tu pas que des milliers de tes frères qui te valent sont gisants sur la paille? Le malheureux qui souffre de la faim n'est-il pas ton égal? A ce mot, ton orgueil se révolte, je le sais bien ; tu conv sentiras à lui donner l'aumône, mais à lui serrer fraternellement la roain, jamais ! « Quoi ! dis-tu ; moi, issu d'un noble sang, grand de la terre, je serais l'égal de ce misérable qui porte des haillons! Vaine utopie des soi-disant philosophes ! Si nous étions égaux, pourquoi Dieu l'aurait-il placé si bas et moi si haut? » Il est vrai que vos habits ne se ressemblent guère; mais que vous en soyez dépouillés tous deux, quelle différence y aura-t-il entre vous? La noblesse du sang, diras-tu; mai» la chimie n'a point trouvé de différence entre le sang du grand seigneur et celui du plébéien; entre celui du maître et celui de l'esclave. Qui te dit que, toi aussi, tu n'as pas été misérable et malheureux comme lui? Que tu n'as pas demandé l'aumône? Que tu ne la demanderas pas un jour à celui même que tu méprises aujourd'hui? Les richesses sont-elles éternelles ? ne finissent-elles pas avec ce corps, enveloppe périssable de ton Esprit? Oh ! un retour d'humilité sur toi-même î Jette enfin les yeux sur la réalité" des choses de ce monde," sur ce qui fait la grandeur et l'abaissement dans l'autre; songe que îa
mort ne t'épargnera pas plus qu'un autre; que tes titres ne t'en préserveront pas; qu'elle peut te frapper demain, aujourd'hui, dans une heure; et si tu t'ensevelis dans ton orgueil, oh I alors je te plains, car tu seras digne de pitié !
Orgueilleux ! qu'étiez-vous avant d'être nobles et puissants? Peut-être étiez-vous plus bas que le dernier de vos valets. Courbez donc vos fronts altiers que Dieu peut rabaisser au moment où vous les élevez le plus haut. Tous les hommes sont égaux dans la balance divine; les vertus seules les distinguent aux yeux de Dieu. Tous les Esprits sont d'une même essence, et tous les corps sont pétris de la même pâte; vos titres et vos noms n'y changent rien; ils restent dans la tombe, et ce ne sont pas eux qui donnent le bonheur promis aux élus ; la charité et l'humilité sont leurs titres de noblesse.
Pauvre créature! tues mère, tes enfants souffrent; ils ont froid; ils ont faim ; tu vas, courbée sous le poids de ta croix, t'humilier pour leur avoir un morceau de pain. Oh f je m'incline devant toi ; combien tu es noblement sainte et graude à mes yeux! Espère et prie; le bonheur n'est pas encore de ce monde. Aux pauvres opprimés et confiants en lui, Dieu donne le royaume des cieux.
Et toi, jeune fille, pauvre enfant vouée au travail, aux privations , pourquoi ces tristes pensées ? pourquoi pleurer? Que ton regard s'élève pieux et serein vers Dieu : aux petits oiseaux il donne la r^.ure: aie confiance en lui, et il ne t'abandonnera pas. Le bruit des fêtes, des plaisirs du monde lait battre ton cœur; tu voudrais aussi orner ta tête de fleurs et te mêler aux heureux de la terre; tu te dis.que tu. pourrais, comme
ces femmes que tu regardes passer, folles et rieuses, être riche aussi. Oh ! tais-toi, enfant ! Si tu savais combien cb larmes et de douleurs sans nom sont cachées sous ces habits brodés, combien de sanglots sont étouffés sous le bruit de cet orchestre joyeux, tu préférerais ' ton humble retraite et ta pauvreté. Reste pure aux yeux de Dieu, si tu ne veux que ton ange gardien remonte vers lui, le visage caché sous ses ailes blanches, et te laisse avec tes remords, sans guide, sans soutien dans •ce monde où tu serais perdue en attendant que tu sois punie dans l'autre.
Et vous tous qui souffrez des injustices des hommes, soyez indulgents pour les fautes de vos frères, en vous disant que vous-mêmes n'êtes pas sans reproches : c'est de la charité, mais c'est aussi de l'humilité. Si vous souffrez par les calomnies, courbez le front sous cette épreuve. Que vous importent les calomnies du monde? Si votre conduite est pure, Dieu ne peut-il vous en dédommager? Supporter avec courage les humiliations des hommes, c'est être humble et reconnaître que Dieu seul est grand et puissant.
Oh ! mon Dieu, faudra-t-il que le Christ revienne une seconde fois sur cette terre pour apprendre aux hommes tes lois qu'ils oublient ? Devra-t-il encore chasser les vendeurs du temple qui salissent ta maison qui n'est qu'un lieu de prière ? Et qui sait ? ô hommes I si Dieu vous accordait cette grâce, peut-être le renieriez-vous comme autrefois; vous l'appelleriez blasphémateur, parce qu'il abaisserait l'orgueil des Pharisiens modernes; peut-être lui feriez-vous recommencer le chemin du Golgotha.
Lorsque Moïse fut sur le mont Sinaï recevoir les commandements de Dieu, le peuple d'Israël, livré à lui<
même, délaissa le vrai Dieu; hommes et femmes donnèrent leur or et leurs bijoux^ pour se faire une idole qu'ils adorèrent. Hommes civilisés, vous faites comme eux; le Christ vous a laissé sa doctrine ; il vous a donné l'exemple de toutes les vertus, et vous avez délaissé exemple et préceptes; chacun de vous apportant ses passions, vous vous êtes fait un Dieu à votre gré : selon les uns, terrible et sanguinaire; selon les autres, insouciant des intérêts du monde ; le Dieu que vous vous êtes fait est encore le veau d'or que chacun approprie à ses goûts et à ses idées.
Revenez à vous, mes frères, mes amis; que la voix des Esprits touche vos cœurs ; soyez généreux et charitables sans ostentation; c'est-à-dire faites le bien avec humilité; que chacun démolisse peu à peu les autels que vous avez élevés à l'orgueil, en un mot, soyez de véritables chrétiens, et vous aurez le règne de la vérité. Ne doutez plus de la bonté de Dieu, alors qu'il vous en donne tant de preuves. Nous venons préparer les voies pour l'accomplissement des prophéties. Lorsque le Seigneur vous donnera une manifestation plus éclatante de sa clémence, que l'envoyé céleste ne trouve plus en vous qu'une grande famille; que vos cœurs doux et humbles soient dignes d'entendre la parole divine qu'il viendra vous apporter; que l'élu ne trouve sur sa route que les palmes déposées pour votre retour au bien, à la charité, à la fraternité, et alors votre monde' deviendra le paradis terrestre. Mais si vous restez insensibles à la voix des Esprits envoyés pour épurer, renouveler votre société civilisée, riche en sciences, et pourtant s;; pauvre en bons sentiments, hélas ! il ne nous resterez plus qu'à pleurer et à gémir sur votre sort. Mais non, il n'en sera pas ainsi; revenez à Dieu votre père, et alors nous tous,
BIENHEUREUX LES PAUVRES D'ESPRIT. I0i>
qui aurons servi à l'accomplissement de sa volonté, nous entonnerons le cantique d'actions de grâces, pour remercier le Seigneur de son inépuisable bonté, et pour le glorifier dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. (Lacordaire. Constaniine, 4863.)
12. Hommes, pourquoi vous plaignez-vous des calamités que vous avez vous-mêmes amoncelées sur vos têtes ? Vous avez méconnu la sainte et divine morale du Christ, ne soyez donc pas étonnés que la coupe de l'iniquité ait débordé de toutes parts.
Le malaise devient général; à qui s'en prendre, si ce n'est à vous qui cherchez sans cesse à vous écraser les uns les autres ? Vous né pouvez être heureux sans bienveillance mutuelle, et comment la bienveillance peutelle exister avec l'orgueil? L'orgueil, voilà la source de tous vos maux; attachez-vous donc à le détruire, si vous n'en voulez voir perpétuer les funestes conséquences. Un seul moyen s'offre à vous pour cela, mais ce moyen est infaillible, c'est de prendre pour règle invariable de votre conduite la loi du Christ, loi que vous avez ou repoussée, ou faussée dans son interprétation.
Pourquoi avez-vous en si grande estime ce qui brille et charme les yeux, plutôt que ce qui touche le cœur?, Pourquoi le vice dans l'opulence est-il l'objet de vos adulations , alors que vous n'avez qu'un regard de dédain pour le vrai, mérite dans l'obscurité ? Qu'un riche débauché, perdu de corps et d'âme, se présente quelque part, toutes les portes lui sont ouvertes, tous les égards sont pour lui, tandis qu'on daigne à peine accorder un >alut de protection à l'homme de bien qui vit de ^son /ravail. Quand la considération que l'on accorde aux
i06 CHAPITRE VII.
gens est mesurée au poids de l'or, qu'ils possèdent ou au nom qu'ils portent, quel intérêt peuvent-ils avoir à se corriger de leurs défauts ?
Il en serait tout autrement si le vice doré était fustige par l'opinion comme le vice en haillons ; mais l'orgueil est indulgent pour tout ce qui le flatte. Siècle de cupidité et d'argent, dites-vous. Sans doute, mais pourquoi avez-vous laissé les besoins matériels empiéter sur le bon sens et la raison? Pourquoi chacun veut-il s'élever audessus de son frère ? Aujourd'hui la société en subit les conséquences.
Ne l'oubliez pas, un tel état de choses est toujours un signe de décadence morale. Lorsque l'orgueil atteint les dernières limites, c'est l'indice d'une chute prochaine, car Dieu frappe toujours les superbes. S'il les laisse parfois monter, c'est pour leur donner le temps de réfléchir et de s'amender sous les coups que, de temps à autre, il porte à leur orgueil pour les avertir; mais, au lieu de s'abaisser, ils se révoltent; alors quand la mesure est comble, il les renverse tout à fait, et leur chute est d'autant plus terrible, qu'ils étaient montés plus haut.
Pauvre race humaine, dont l'égoïsme a corrompu toutes les voies, reprends courage cependant; dans sa miséricorde infinie, Dieu t'envoie un puissant remède à tes maux, un secours inespéré dans ta détresse. Ouvre les yeux à la lumière : voici les âmes de ceux qui "ne sont plus qui viennent te rappeler à tes véritables devoirs; ils te diront, avec l'autorité de l'expérience, combien les vanités et les grandeurs de votre passagère existence sont peu de chose auprès de l'éternité; ils te diront que celui-là est le plus grand qui a été le plus humble parmi les petits d'ici-bas; que celui qui aie
plus aimé ses frères est aussi celui qui sera le plus aimé dans le ciel; que les puissants de la terre, s'ils ont abusé de leur autorité, seront réduits à obéir leurs serviteurs; que la charité et l'humilité enfin, ces deux sœurs qui se donnent la main, sonkles titres les plus efficaces pour obtenir grâce devant l'Éternel. (Adolphe, évêque d'Alger. Marmande, 1862.)
J&fssioBi de l'homme intelligent sur la terre.
13. Ne soyez pas fiers de ce que vous savez, car ce savoir a des bornes bien limitées dans le monde que vous habitez. Mais je suppose que vous soyez une des sommités intelligentes de ce globe, vous n'avez aucun droit d'en tirer vanité. Si Dieu, dans ses desseins, vous a fait naître dans un milieu où vous avez pu développer votre intelligence, c'est qu'il veut que vous en fassiez usage pour le bien de tous ; car c'est une mission qu'il vous donne, en mettant dans vos mains l'instrument à l'aide duquel vous pouvez développer à votre tour les intelligences retardataires et les amener à Dieu. La nature de l'instrument n'indique-t-elle pas l'usage qu'on en doit faire? La bêche que le jardinier met entre les mains de son ouvrier ne lui montre-t-elle pas qu'il doit bêcher? Et que diriez- vous si cet ouvrier,/ au lieu de travailler., levait sa bêche pour en frapper son maître? Vous diriez que c'est affreux, et qu'il mérite, d'être chassé. Eh bien, n'en est-il pas de même de celui qui se sert de son intelligence pour détruire l'idée de Dieu et delà Providence parmi ses frères? Ne lève-t-il pas contre son maître la bêche qui lui a été donnée pour défricher le terrain? A-t-il droit au salaire promis, et ne mérite-t-il pas, au contraire, d'être chassé du jardin?
i03 CHAPITRE VIL
Il le sera, n'en doutez pas, et traînera des existences misérables et remplies d'humiliations jusqu'à ce qu'il se soit courbé devant Celui à qui il doit tout.
L'intelligence est riche de mérites pour l'avenir, mais à la condition d'en faire un bon emploi; si tous les hommes qui en sont doués s'en servaient selon les vues de Dieu, la tâche des Esprits serait facile pour faire avancer l'humanité; malheureusement beaucoup en font un instrument d'orgueil et de perdition pour euxmêmes. L'homme abuse de son intelligence comme de toutes ses autres facultés, et cependant les leçons ne lui manquent pas pour l'avertir qu'une main puissante peut lui retirer ce qu'elle lui a donné. (Ferdinand, Es«prit protecteur. Bordeaux, 4862.)
laissez venir à moi les petits enfants. — Péché en pensée. Adultère. — Vraie pureté. Mains non lavées. — Scandales. Si votre main est un sujet de scandale, coupez-la. — Instructions des Esprits : Laissez venir à moi les petits enfants. — Bienheureux ceux qui ont les yeux fermés.
Laissez venir à moi les petits enfants.
1. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. (Saint Matthieu, ch. v, v. 8.)
2. Alors on lui présenta de petits enfants, afin qu'il les touchât; et comme ses disciples repoussaient avec des paroles rudes ceux qui les lui présentaient, — Jésus le voyant s'en fâcha et leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. — Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra point le royaume de Dieu comme un enfant, n'y entrera point. — Et les ayant embrassés, il les bénit en leur imposant les Hiains. (Saint Marc, ch. x, v. de 13 à 16.)
3. La pureté du cœur est inséparable de la simplicité et de l'humilité; elle exclut toute pensée d'égoïsme et d'orgueil; c'est pourquoi Jésus prend l'enfance pour l'emblème de cette pureté, comme. 1 Ta prise pour celui de l'humilité.
Cette comparaison pourrait ne pas sembler juste, si l'on considère que l'Esprit de l'enfant peut être trèsancien, et qu'il apporte eij renaissant à la vie corporelle
les imperfections dont il ne s'est pas dépouillé dans ses existences précédentes; un Esprit arrivé à la perfection pourrait seul nous donner le type de la vraie pureté. Mais elle est exacte au point de vue de la vie présente; car le petit enfant, n'ayant encore pu manifester aucune tendance perverse, nous offre l'image de l'innocence et de la candeur; aussi Jésus ne dit-il point d'une manière absolue que le royaume de Dieu est pour eux, mais pour ceux qui leur ressemblent,
4. Puisque l'Esprit de l'enfant a déjà vécu, pourquoi ne se montre-t-il pas, dès la naissance, ce qu'il est? Tout est sage dans les œuvres de Dieu. L'enfant a besoin de soins délicats que la tendresse maternelle peut seule lui rendre, et cette tendresse s'accroît de la faiblesse et de l'ingénuité de l'enfant Pour une mère, son enfant est toujours un ange, et il fallait qu'il en fût ainsi pour captiver sa sollicitude; elle n'aurait pu avoir avec lui le même abandon, si, au lieu de la grâce naïve, elle eût trouvé en lui, sous des traits enfantins, un caractère viril et les idées d'un adulte, et encore moins si elle eût connu son passé.
Il fallait, d'ailleurs, que l'activité du principe intelligent fût proportionnée à la faiblesse du corps qui n'aurait pu résister à une activité trop grande de l'Esprit, "ainsi qu'on le voit chez les sujets trop précoces. C'est pour cela que, dès les approches de l'incarnation, l'Esprit, entrant dans le trouble, perd peu à peu la conscience de lui-même ; il est, durant une certaine période, dans une sorte de sommeil pendant lequel toutes ses acuités demeurent à l'état latent. Cet état transitoire est nécessaire pour donner à l'Esprit un nouveau point de départ, et lui faire oublier, dans sa nouvelle existence
BIENHEUREUX CEUX QUI ONT LE COEUR PUR. iîi
terrestre, les choses qui eussent pu l'entraver. Son passé, cependant, réagit sur lui ; il renaît à la vie plu^ grand, plus fort moralement et intellectuellement, soutenu et secondé par l'intuition qu'il conserve de l'expérience acquise.
A partir de la naissance, ses idées reprennent graduellement leur essor au fur et à mesure du développement des organes; d'où l'on peut dire que, pendant les premières années, l'Esprit est véritablement enfant, parce que les idées qui forment le fond de son caractère sont encore assoupies. Pendant le temps où ses instincts sommeillent, il est plus souple, et, par cela même, plus accessible aux impressions qui peuvent modifier sa nature et le faire progresser, ce qui rend plus facile la tâche imposée aux parents.
L'Esprit revêt donc pour un temps la robe d'innocence, et Jésus est dans le vrai quand, malgré l'antériorité de l'âme, il prend l'enfant pour emblème de la pureté et de la simplicité.
Péché en pensées. Adultère.
5. Vous avez appris qu'il a été dit aux Anciens : Vous ne commettrez point d'adultère. — Mais moi je vous dis que quiconque aura regardé une femme avec un mauvais désir pour elle a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. (Saint Matthieu, ch. v, v. ïl et 28.)
6. Le mot adultère ne doit point être entendu ici dans le sens exclusif de son acception propre , mais dans un sens plus général; Jésus l'a souvent employé par extension pour désigner le mal, le péché, et toute mauvaise pensée quelconque, comme, par exemple, dans ce pas-
sage : «Car si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles parmi cette race adultère et pécheresse, le Fils de l'homme rougira aussi de lui, lorsqu'il viendra accompagné des saints anges dans la gloire de son Père. » (Saint Marc, ch. vin, v. 38.)
La vraie pureté n'est pas seulement dans lés actes; elle est aussi dans la pensée, car celui qui a le cœur pur ne pense même pas au mal; c'est ce qu'a voulu dire Jésus : il condamne le péché, même en pensée, parce que c'est un signe d'impureté.
7. Ce principe amène naturellement cette question : Subit-on les conséquences d'une mauvaise pensée non suivie d'effet?
Il y a ici une importante distinction à faire. A mesure que Tâme engagée dans la mauvaise voie, avance dans la vie spirituelle, elle s'éclaire et se dépouille peu à peu de ses imperfections, selon le plus ou moins de bonne volonté qu'elle y apporte en vertu de son libre arbitre. Toute mauvaise pensée est donc le résultat de l'imperfection de l'âme; mais selon le désir qu'elle a conçu de s'épurer, cette mauvaise pensée même devient pour elle une occasion d'avancement, parce qu'elle la repousse avec énergie; c'est l'indice d'une tache qu'elle s'efforce d'effacer; elle ne cédera pas si l'occasion se présente de satisfaire un mauvais désir; et après qu'elle aura résisté, elle se sentira plus forte et joyeuse de sa victoire.
Celle, au contraire, qui n'a pas pris de bonnes résolutions cherche l'occasion , et si elle n'accomplit pas l'acte mauvais, ce n'est pas l'effet de sa volonté, mais c'est l'occasion qui lui manque; elle est donc aussi coupable que si elle le commettait.
En résumé, chez la personne qui ne conçoit même
BIENHEUREUX Cisux gui uiNT LE COEUR PUR. 113
pas la pensée du mal, le progrès est accompli; chez celle à qui vient cette pensée, mais qui la repousse, le progrès est en train de s'accomplir; chez celle, enfin, qui a cette pensée et s'y complaît, le mal est encore dans toute sa force; chez l'une le travail est fait, chez l'autre il est à faire. Dieu, qui est juste, tient compte de toutes ces nuances dans la responsabilité des actes et des pensées de l'homme.
Vraie pureté, mains non lavées.
8. Alors des scribes et des pharisiens qui étaient venus de Jérusalem s'approchèrent de Jésus et lui dirent : — Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des Anciens? car ils ne lavent point leurs mains lorsqu'ils prennent leurs repas.
Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu pour suivre votre tradition? car Dieu a fait ce commandement: — Honorez votre père et votre mère; et cet autre : Que celui qui dira des paroles outrageuses à son père ou à sa mère soit puni de mort. — Mais vous autres, vous dites : Quiconque aura dit à son père ou à sa mère : Tout don que je fais à Dieu vous est utile, satisfait à la loi, — encore qu'après cela il n'honore et n'assiste point son père ou sa mère ; et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition.
Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a dit : — Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; — et c'est en vain qu'ils m'honorent en enseignant des maximes et des ordonnances humaines.
Puis ayant appelé le peuple, il leur dit : Écoutez et comprenez bien ceci : — Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme; mais c'est ce qui sort de la bouche de l'homme qui le souille. — Ce qui sort de la bouche part du cœur, et c'est ce qui rend l'homme impur ; — car c'est du cœur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes et les médisances; — ce sont là les choses qui rendent l'homme
impur ; mais de manger sans avoir lavé ses mains, ce n'est point ce qui rend un homme impur.
Alors ses disciples s'approchant de lui, lui dirent : Savez-vous bien que les Pharisiens ayant entendu ce que vous venez de dire en sont scandalisés? —Mais il répondit : Toute plante que mon Père céleste n'a point plantée sera arrachée. — Laissezles; ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles; si utf aveugle en conduit un autre, ils tombent tous les deux dans la fosse. (Saint Matthieu, ch. xv, v. de l à 20.)
9. Pendant qu'il parlait, un Pharisien le pria de dîner chez lui ; et Jésus y étant allé se mit à table. — Le Pharisien commença alors à dire en lui-même : Pourquoi ne s'est-il pas lavé les mains avant de dîner? — Mais îe Seigneur lui dit : Vous autres Pharisiens, vous avez grand soin de nettoyer le dehors de la coupe et du plat ; mais le dedans de vos cœurs est plein de rapines et d'iniquités. Insensés que vous êtes 1 celui qui a fait le dehors n'a-t-ii pas fait aussi le dedans ? (Saint Luc, ch.xi, v.de37 à 40.)
10. Les Juifs avaient négligé les véritables commandements de Dieu, pour s'attacher à la pratique des règlements établis par les hommes et dont les rigides observateurs se faisaient des cas de conscience; le fond, très simple, avait fini par disparaître sous la complication de la forme. Comme il était plus aisé d'observer des actes extérieurs que de se réformer moralement, de se laver les mains que de nettoyer son cœur, les hommes se firent illusion à eux-mêmes, et se croyaient quittes envers Dieu, parce qu'ils se conformaient à ces pratiques, tout en restant ce qu'ils étaient; car on leur enseignait que Dieu n'en demandait pas davantage. C'est pourquoi le prophète dit : C'est en vain que ce peuple m'honore des lèvres, en enseignant des maximes et des ordonnances humaines.
Ainsi en a-t-il été de la doctrine morale du Christ,
qui a fini par être mise au second rang, ce qui fait que beaucoup de chrétiens, à l'exemple des anciens Juifs, croient leur salut plus assuré par les pratiques extérieures que par celles de la morale. C'est à ces additions faites par les hommes à la loi de Dieu que Jésus fait allusion quand il dit : Toute plante cjue mon Père céleste ri a point plantée sera arrachée.
Le but de la religion est de conduire l'homme à Dieu; or? l'homme n'arrive à Dieu que lorsqu'il est parfait; donc toute religion qui ne rend pas l'homme meilleur n'atteint pas le but; celle sur laquelle on croit pouvoir s'appuyer pour faire le mal est, ou fausse, ou faussée dans son principe. Tel est le résultat de toutes celles où la forme l'emporte sur le fond. La croyance à l'efficacité des signes extérieurs est nulle, si elle n'empêche pas de commettre des meurtres, des adultères, des spoliations, de dire des calomnies, et de faire tort à son prochain en quoi que ce soit. Elle fait des superstitieux, des hypocrites ou des fanatiques, mais ne fait pas des hommes de bien.
Il ne suffît donc pas d'avoir les apparences de la pureté, il faut avant tout avoir celle du cœur.
Scandales. Si votre main est un sujet de scandale, coupez-la.
11. Malheur au monde à cause des scandales; car il est nécessaire qu'il arrive des scandales; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive.
Si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui pendît au cou une de ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le jetât au fond de la mer.
Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits ; je vous déclare que dans le ciel leurs anges voient sans- cesse la face de
mon Père qui est dans les deux ; car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu.
Si votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-les et les jetez loin de vous; il vaut bien mieux pour vous que vous entriez dans la vie n'ayant qu'un pied ou qu'une main, que d'en avoir deux et d'être jeté dans le feu éternel. — Et si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le, et jetez-le loin de vous ; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n'ayant qu'un œil que d'en avoir deux et d'être précipité dans le feu de l'enfer. (Saint Matthieu, ch. xvni, t?. de 6 àiO. — Ch.v, v. de 27 à 30.)
12. Dans le sens vulgaire, scandale se dit de toute action qui choque la morale ou les bienséances d'une manière ostensible. Le scandale n'est pas dans l'action en elle-même, mais dans le retentissement qu'elle peut avoir. Le mot scandale implique toujours l'idée d'un certain éclat. Beaucoup de personnes se contentent d'éviter le scandale, parce que leur orgueil en souffrirait, leur considération en serait amoindrie parmi les hommes; pourvu que leurs turpitudes soient ignorées, cela leur suffit, et leur conscience est en repos. Ce sont, selon les paroles de Jésus : « des sépulcres blanchis à l'extérieur, mais pleins de pourriture à l'intérieur; des vases nettoyés en dehors, malpropres en dedans. »
Dans le sens évangélique, l'acception du mot scandale, si fréquemment employé, est beaucoup plus générale, c'est pourquoi on n'en comprend pas l'acception dans certains cas. Ce n'est plus seulement ce qui froisse la conscience d'autrui, c'est tout ce qui est le résultat des vices et des imperfections des hommes, toute réaction mauvaise d'individu à individu avec ou sans retentissement. Le scandale, dans ce cas, est le résultat effectif du mal moral.
43. // faut quil y ait du scandale dans le monde, a dit Jésus, parce que les hommes étant imparfaits sur la terre sont enclins à faire le mal, et que de mauvais arbres donnent de mauvais fruits. Il faut donc entendre par ces paroles que le mal est une conséquence de l'imperfection des hommes, et non qu'il y a pour eux obligation de le faire.
14. // est nécessaire que le scandale arrive, parce que les hommes étant en expiation sur la terre se punissent eux-mêmes par le contact de leurs vices dont ils sont les premières victimes, et dont ils finissent par comprendre les inconvénients. Lorsqu'ils seront las de souffrir du mal, ils chercheront le remède dans le bien. La réaction de ces vices sert donc à la fois de châtiment pour les uns et d'épreuve pour les autres; c'est ainsi que Dieu fait sortir le bien du mal, que les hommes eux-mêmes utilisent les choses mauvaises ou de rebut.
15. S'il en est ainsi, dira-t-on, le mal est nécessaire et durera toujours; car s'il venait à disparaître, Dieu serait privé d'un puissant moyen de châtier les coupables ; donc il est inutile de chercher à améliorer les hommes. Mais «'il n'y avait plus de coupables, il n'y aurait plus besoin de châtiments. Supposons l'humanité transformée en hommes de bien, aucun ne cherchera à faire du mal à son prochain, et tous seront heureux, parce qu'ils seront bons. Tel est l'état des mondes avancés d'où le mal est exclu ; tel sera celui de la terre quand elle aura suffisamment progressé. Mais tandis que certains mondes avancent, d'autres se forment, peuplés d'Esprits primitifs, et qui servent en outre d'habitation, d'exil et de lieu expiatoire pour les Esprits imparfaits,
rebelles, obstinés dans le mai, et qui sont rejetés des mondes devenus heureux.
46. Mais malheur à celui par qui le scandale arrive; c'est-à-dire que le mal étant toujours le mal, celui qui a servi à son insu d'instrument pour la justice divine, dont les mauvais instincts ont été utilisés, n'en a pas moins fait le mal et doit être puni. C'est ainsi, par exemple, qu'un enfant ingrat est une punition ou une épreuve pour le père qui en souffre, parce que ce père a peut-être été lui-même un mauvais fils qui a fait souffrir son père, et qu'il subit la peine du talion ; mais le fils n'en est pas plus excusable, et devra être châtié à son tour dans ses propres enfants ou d'une autre manière.
47. Si votre main vous est une cause de scandale, coupez-la; figure énergique qu'il serait absurde de prendre à la lettre, et qui signifie simplement qu'il faut détruire en soi toute cause de scandale, c'est-à-dire de mal; arracher de son cœur tout sentiment impur et tout principe vicieux; c'est-à-dire encore qu'il vaudrait mieux pour un homme avoir eu la main coupée, que si cette main eût été pour lui l'instrument d'une mauvaise action; être privé de la vue, que si ses yeux lui eussent donné de mauvaises pensées. Jésus n'a rien dit d'absurde pour quiconque saisit le sens allégorique et profond de ses paroles; mais beaucoup de choses ne peuvent être comprises sans la clef qu'en donne le spiritisme,
BIENHEUREUX CEUX QUI ONT LE COEUR PUR. Ii9
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
laissez venir à moi les petits enfants.
18. Le Christ a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Ces paroles, profondes dans leur simplicité, n'emportaient pas avec elles le simple appel des enfants, mais celui des âmes qui gravitent dans les cercles inférieurs où le malheur ignore l'espérance. Jésus appelait à lui l'enfance intellectuelle de la créature formée : les faibles, les esclaves, les vicieux ; il ne pouvait rien enseigner à l'enfance physique, engagée dans la matière, soumise au joug de l'instinct, et n'appartenant pas encore à l'ordre supérieur de la raison et de la volonté qui s'exercent autour d'elle et pour elle.
Jésus voulait que les hommes vinssent à lui avec la confiance de ces petits êtres aux pas chancelants, dont l'appel lui conquérait le cœur des. femmes qui sont ioutes mères; il soumettait ainsi les âmes à sa tendre et mystérieuse autorité. Il fut le flambeau qui éclaire les ténèbres, le clairon matinal qui sonne le réveil ; il fut l'initiateur du spiritisme qui doit à son tour appeler à lui, non les petits enfants, mais les hommes de bonne volonté. L'action virile est engagée; il ne s'agit plus de croire instinctivement et d'obéir machinalement, il faut que l'homme suive la loi intelligente qui lui révèle son universalité.
Mes bien-aimés, voici le temps où les eneurs expliquées seront des vérités; nous vous enseignerons le sens exact des paraboles, et nous vous montrerons la corrélation puissante qui relie ce qui a été et ce qui est. Je vous dis en vérité : la manifestation spirite grandit
à riiorizon; et voici son envoyé qui va resplendir comme le soleil sur la cime des monts. (Jean l'Évangéliste. Paris, 1863.)
19. Laissez venir à moi les petits enfants, car je possède le lait qui fortifie les faibles. Laissez venir à moi ceux qui, craintifs et débiles, ont besoin d'appui et de consolation. Laissez venir à moi les ignorants pour que; je les éclaire; laissez venir à moi tous ceux qui souffrent, la multitude des affligés et des malheureux; je leur enseignerai le grand remède pour adoucir les maux de la vie, je leur donnerai le secret de guérir leurs blessures ! Quel est-il, mes amis, ce baume souverain, possédant la vertu par excellence, ce baume qui s'applique sur toutes les plaies du cœur et les ferme ? C'est l'amour, c'est la charité ! Si vous avez ce feu divin, que •craindrez-vous? Vous direz à tous les instants de votre vie: Mon père, que votre volonté soit faite et non la mienne; s'il vous plaît de m'éprouver par la douleur et les tribulations, soyez béni, car c'est pour mon bien, je le sais, que votre main s'appesantit sur moi. S'il vous convient, Seigneur, d'avoir pitié de votre faible créature, si vous donnez à son cœur les joies permises, soyez encore béni; mais faites que l'amour divin ne s'endorme pas dans son âme, et que sans cesse elle fasse monter à vos pieds la voix de sa reconnaissance !...
Si vous avez l'amour, vous aurez tout ce qui est à désirer sur votre terre, vous posséderez la perle par excellence que ni les événements, ni les méchancetés de ceux qui vous haïssent et vous persécutent ne pourront vous ravir. Si vous avez l'amour, vous aurez placé vos trésors là où les vers et la rouille ne peuvent les atteindre, et vous verrez s'effacer insensiblement dp
votre âme 'tout ce qui peut en souiller la pureté; vous sentirez le poids de la matière s'alléger de jour en jour, et, pareil à l'oiseau qui plane dans les airs et ne se souvient plus de la terre, vous monterez sans cesse, vous monterez toujours, jusqu'à vce que votre âme enivrée puisse s'abreuver à son élément (Je vie dans le sein du Seigneur. (Un Esprit protecteur. Bordeaux, 1861.)
Bienheureux ceux qufi ont les yeux fermés r.
20. Mes bons amis, vous m'avez appelé, pourquoi? Est-ce pour me faire imposer Les mains sur la pauvre souffrante qui est ici, et la guérir? Eh! quelle souffrance, bon Dieu! Elle a perdu la vue, et les ténèbres se font pour elle. Pauvre enfant! qu'elle prie et qu'elle espère; je ne sais point faire de miracles, moi, sans la volonté du bon Dieu. Toutes les guérisons que j'ai pu, obtenir, et qui vous ont été signalées, ne les attribuez qu'à celui qui est notre Père à tous. Dans vos afflictions, regardez donc toujours le ciel , et dites du fond de votre cœur : « Mon Père, guérissez-moi, mais faîtes que mon âme malade soit guérie avant les infirmités de mon corps; que ma chair soit châtiée, s'il le faut, pour que mon âme s'élève vers vous avec la blancheur qu'elle avait quand vous l'avez créée. » Après cette prière, mes bons amis, que le bon Dieu entendra toujours, la force et le courage vous seront donnés , et peut-être aussi cette guérison que vous n'aurez demandée que craintivement, en récompense de votre abnégation.
Mais puisque je suis ici, dans une assemblée où il
j 1 Celte communication a élé donnée à propos d'une personne aveugle, pour laquelle on avait évoqué l'Esprit deJ.-B, Vianket, curé d'Ars.
s'agit avant tout d'études, je vous dirai que ceux qui sont privés de la vue devraient se considérer comme les bienheureux de l'expiation. Rappelez-vous que Christ a dit qu'il fallait arracher votre œil s'il était mauvais, et qu'il valait mieux qu'il fût jeté au feu que d'être la cause de votre damnation. Hélas! combien en est-il sur votre terre qui maudiront un jour dans les ténèbres d'avoir vu la lumière! Oh! oui, qu'ils sont heureux ceux-là qui, dans l'expiation, sont frappés par la vue ! leur œil ne sera point un sujet de scandale et de chute; ils peuvent vivre tout entiers de la vie des âmes; ils peuvent voir plus que vous qui voyez clair... Quand Dieu me permet d'aller ouvrir la paupière à quelqu'un de ces pauvres souffrants et de lui rendre la lumière, je me dis : Chère âme, pourquoi ne connais-tu point toutes les délices de l'Esprit qui vit de contemplation et d'amour? tu ne demanderais pas à voir des images moins pures et moins suaves que celles qu'il t'est donné d'entrevoir dans ta cécité.
Oh! oui, bienheureux l'aveugle qui veut vivre avec Dieu ; plus heureux que vous qui êtes ici , il sent le bonheur, il le touche, il voit les âmes et peut s'élancer avec elles dans les sphères spirites que les prédestinés de votre terre même ne voient point. L'œil ouvert est toujours prêt à faire faillir l'âme; l'œil fermé, au contraire, est toujours prêt à la faire monter à Dieu. Croyezmoi bien, mes bons et chers amis, l'aveuglement des yeux est souvent la véritable lumière du cœur, tandis que la vue, c'est spuvent l'ange ténébreux qui condui à la mort.
Et maintenant quelques mots pour toi, ma pauvre souffrante : espère et prends courage! si jeté disais: Mon enfant , tes yeux vont s'ouvrir, comme tu serais
joyeuse! et qui sait si cette joie ne te perdrait pas? Aie confiance dans le bon Dieu qui a fait le bonheur et permis la tristesse I Je ferai tout ce qu'il me sera permis pour toi; mais, à ton tour, prie, et surtout songe à tout ce que je viens de te dire.
Avant que je m'éloigne, vous tous qui êtes ici, recevez ma bénédiction. (Vianney, curé d'Ars. Paris, 1863.)
21 . Remarque. Lorsqu'une affliction n'est pas une suite des actes de la vie présente, il faut en chercher la cause dans une vie antérieure. Ce que l'on appelle les caprices du sort, ne sont autre chose que les effets de la justice de Dieu. Dieu n'inflige point de punitions arbitraires; il veut qu'entre la faute et la peine, il y ait toujours corrélation. Si, dans sa bonté, il a jeté un voile sur nos actes passés, il nous met cependant sur la voie, en disant : « Qui a tué par l'épée, périra par l'épée; » paroles qui peuvent se traduire ainsi : « On est toujours puni par où l'on a péché. » Si donc quelqu'un est affligé par la perte de îa vue, c'est que la vue a été pour lui une cause de chute. Peut-être aussi a-t-il été cause de la perte de la vue chez un autre; peut-être quelqu'un estil devenu aveugle par l'excès de travail qu'il lui a imposé, ou par suite de mauvais traitements, de manque de soins, etc., et alors il subit la peine du talion. Luimême, dans son repentir, a pu choisir cette expiation, Rappliquant cette parole de Jésus : « Si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le. »
Injures et violences. — Instructions des Esprits ; L'affabilité et la douceur — La patience. — Obéissance et résignation. — La colère.
Injures et violences.
\ . Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre. (Saint Matthieu, ch. v, v. 4.)
2. Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. (Id., v. 9.)
3. Vous avez appris qu'il a été dit aux Anciens : Vous ne tuerez point, et quiconque tuera méritera d'être condamné par le jugement. — Mais moi je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d'être condamné par le jugement ; que celui qui dira à son frère : Racca, méritera d'être condamné par le conseil; et que celui qui lui dira : Vous êtes fou, méritera d'être condamné au feu de l'enfer. (Id., v. 21,22.)
4. Par ces maximes, Jésus fait une loi de la douceur, de la modération, de la mansuétude, de l'affabilité et de la patience; il condamne par conséquent la violence, la colère et même toute expression désobligeante à l'égard de ses semblables. Racca était chez les Hébreux un terme de mépris qui signifiait hemmc de rien, et se prononçait en crachant et en détournant la tête. Il va même
plus loin, puisqu'il menace du feu de l'enfer celui qui dira à son frère : Vous êtes fou.
Il .est évident qu'ici, comme en toute circonstance, l'intention aggrave ou atténue la faute; mais en quoi une simple parole peut-elle avoir assez de gravité pour mériter une réprobation si sévère? C'est que toute parole offensante est l'expression d'un sentiment contraire à la loi d'amour et de charité qui doit régler les rapports des hommes et maintenir entre eux la concorde et l'union; que c'est une atteinte portée à la bienveillance réciproque et à la fraternité; qu'elle entretient la haine et l'animosité; enfin qu'après l'humilité envers Dieu, la charité envers le prochain est la première loi de tout chrétien.
5. Mais qu'entend Jésus par ces paroles : «Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre, » lui qui dit de renoncer aux biens de ce monde et promet ceux du ciel ?
En attendant les biens du ciel, l'homme a besoin de ceux de la terre pour vivre; seulement il lui recommande de ne point attacher à ces derniers plus d'importance qu'aux premiers.
Par ces paroles, il veut dire que, jusqu'à ce jour, les biens de la terre sont accaparés par les violents au préjudice de ceux qui* sont doux et pacifiques; que ceux-ci manquent souvent du nécessaire, tandis que d'autres ont le superflu ; il promet que justice leur sera rendue su?" la terre comme dans le ciel, parce qu'ils sont appelés les enfants de Dieu. Lorsque la loi d'amour et de charité sera la loi de L'humanité, il n'y aura plus d'égoïsme; le faible et le pacifique ne seront plus exploités ni écrasés par le fort et le violent. Tel sera l'état de la terre
lorsque^ selon la loi du progrès et la promesse de Jésus, elle sera devenue un monde heureux par l'expulsion des méchants.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
L'affabilité et la douceur.
6. La bienveillance pour ses semblables, fruit de l'amour du prochain, produit l'affabilité et la douceur qui en sont la manifestation. Cependant il ne faut pas toujours se fier aux apparences; l'éducation et l'usage du monde peuvent donner le vernis de ces qualités. Combien en est-il dont la feinte bonhomie n'est qu'un masque pour l'extérieur, un habit dont la coupe calculée dissimule les difformités cachées! Le monde est plein de ces gens qui ont le sourire sur les lèvres et le venin dans le cœur; qui sont doux pourvu que rven ne les froisse mais qui mordent à la moindre contrariété; dont la langue dorée, quand ils parlent en face, se change en dard empoisonné quand ils sont par derrière.
À cette classe appartiennent encore ces hommes, aux dehors bénins, qui, chez eux, tyrans domestiques, font souffrir à leur famille et à leurs subordonnés le poids de leur orgueil et de leur despotisme, ils semblent vouloir se dédommager de la contrainte qu'ils se sont imposée ailleurs; n'osant faire acte d'autorité sur des étrangers qui les remettraient à leur place, îJ^ veulent moins se faire craindre de ceux qui ne peuvent leur résister; leur vanité jouit, de pouvoir dire : « Ici je commande et je suis obéi; » sans songer qu'ils pourraient ajouter avec plus de raison : « Et je suis détesté. »
Il ne suffit pas que des lèvres découlent le lait et le
miel; si le cœur n'y est pour rien, c'est de l'hypocrisie. Celui dont l'affabilité et la douceur ne sont pas feintes, ne se dément jamais; il est le même devant le monde et dans l'intimité; il sait d'ailleurs que si l'on trompe les hommes par des apparences, on ne trompe pas Dieu. (Lazare. Paris, 1861.)
lia patience.
7. La douleur est une bénédiction que Dieu envoie à ses élus ; ne vous affligez donc pas quand vous souffrez, mais bénissez au contraire le Dieu tout-puissant qui vous a marqués par la douleur ici-bas pour la gloire dans le ciel.
Soyez patients; c'est une charité aussi que la patience, et vous devez pratiquer la loi de charité enseignée par le Christ, envoyé de Dieu. La charité qui consiste dans l'aumône donnée aux pauvres est la plus facile des charités; mais il en est une bien plus pénible et conséquemment bien plus méritoire, c'est de pardonner à ceux que Dieu a placés sur notre route pour être les instruments de nos souffrances et mettre notre patience à V épreuve.
La vie est difficile, je le sais; elle se compose de mille riens qui sont des coups d'épingle et finissent par blesser; mais il faut regarder aux devoirs qui nous sont imposés, aux consolations et aux compensations que nous avons d'un autre côté, et alors nous verrons que les bénédictions sont plus nombreuses que les douleurs. Le fardeau semble moins lourd quand on regarde en haut que lorsqu'on courbe son front vers la terre.
Courage, amis, le Christ est votre modèle; il a plus souffert qu'aucun de vous, et il n'avait rien à se reprocher, tandis que vous, vous avez à expier votre passé
et à vous fortifier pour l'avenir. Soyez donc patients; soyez chrétiens, ce mot renferme tout. (Un Esprit ami. Le Havre, 4862.)
Obéissance et résignation.
8. La doctrine de Jésus enseigne partout l'obéissance et la résignation, deux vertus compagnes de la douceur, très militantes quoique les hommes les confondent à tort avec la négation du sentiment et de la volonté. L'obéissance est le consentement de la raison; la résignation est le consentement du cœur; toutes deux sont des forces actives, car elles portent le fardeau des épreuves que la révolte insensée laisse retomber. Le lâche ne peut être résigné , pas plus que l'orgueilleux et l'égoïste ne peuvent être obéissants. Jésus a été l'incarnation de ces vertus méprisées par la matérielle antiquité. Il vint au moment où la société romaine périssait dans les défaillances de la corruption ; il vint faire luire, au sein de l'humanité affaissée, les triomphes du sacrifice et du renoncement charnel.
Chaque époque est ainsi marquée au coin de la vertu ou du vice qui doit la sauver ou la perdre. La vertu de votre génération est l'activité intellectuelle; son vice est l'indifférence morale. Je dis seulement activité, car le génie s'élève tout à coup et découvre à un seul les horizons que la multitude ne verra qu'après lui, tandis que l'activité est la réunion des efforts de tous pour atteindre un but moins éclatant, mais qui prouve l'élévation intellectuelle d'une époque. Soumettez-vous à l'impulsion que nous venons donner à vos esprits; obéissez à la grande loi du progrès qui est le mot de votre génération. Malheur à l'esprit paresseux, à celui
BIENHEUREUX CEUX QUI SONT DOUX ET PACIFIQUES, i^
qui, bouche son entendement I Malheur! car nous qui sommes les guides de l'humanité en marche, nous le frapperons du fouet, et forcerons sa volonté rebelle dans le double effort du frein et de l'éperon ; toute résistance orgueilleuse devra céder tôt ou tard; mais bienheureux ceux qui sont doux, car ils prêteront une oreille docile aux enseignements. (Lazare. Paris, 1863.)
Ra colère.
9. L'orgueil vous porte à vous croire plus que vous n'êtes; à ne pouvoir souffrir une comparaison qui puisse vous rabaisser; à vous voir, au contraire, tellement audessus de vos frères, soit comme esprit, soit comme position sociale, soit même comme avantages personnels, que le moindre parallèle vous ira te et vous froisse; et qu'advient-il alors? c'est que vous vous livrez à la colère.
Cherchez l'origine de ces accès de démence passagère qui vous assimilent à la brute en vous faisant perdre le sang-froid et la raison; cherchez, et vous trouverez presque toujours pour base l'orgueil froissé. N'est-ce pas l'orgueil froissé par une contradiction qui vous fait rejeter les observations justes, qui vous fait repousser avec colère les plus sages conseils? Les impatiences même que causent des contrariétés souvent puériles, tiennent à l'importance que l'on attache à sa personnalité devant laquelle on croit que tout doit plier.
Dans sa frénésie, l'homme colère s'en prend à tout, à la nature brute, aux objets inanimés qu'il brise, parce qu'ils ne lui obéissent pas. Ah! si dans ces moments-là il pouvait se voir de sang-froid, il aurait peur de lui, ou se trouverait bien ridicule ! Qu'il juge par là de l'im-
pression qu'il doit produire sur les autres. Quand ce ne serait que par respect pour lui-même, il devrait s'efforcer de vaincre un penchant qui fait de lui un objet de pitié.
S'il songeait que la colère ne remédie à rien, qu'elle altère sa santé, compromet même sa vie , il verrait qu'il ,en est la première victime; mais une autre considération devrait surtout l'arrêter, c'est la pensée qu'il rend malheureux tous ceux qui l'entourent; s'il a du cœur, n'estce pas un remords pour lui de faire souffrir les êtres qu'il aime le plus? Et quel regret mortel si, dans un Hccès d'emportement, il commettait un acte qu'il eût à *e reprocher toute sa vie !
En somme, la colère n'exclut pas certaines qualités du cœur; mais elle empêche de faire beaucoup de bien, et peut faire faire beaucoup de mal; cela doit suffire pour exciter à faire des efforts pour la dominer. Le spirite est en outre sollicité par un autre motif, c'est qu'eila est contraire à la charité et à l'humilité chrétiennes. (Un Esprit protecteur. Bordeaux, 4 863.)
10. D'après l'idée très fausse qu'on ne peut pas réformer sa propre nature, l'homme se croit dispensé de faire des efforts pour se corriger des défauts dans lesquels il se complaît volontiers, ou qui exigeraient trop de persévérance; c'est ainsi, par exemple, que l'homme enclin à la colère s'excuse presque toujours sur son tempérament; plutôt que de s'avouer coupable, il rejette la faute sur son organisation, accusant ainsi Dieu de ses propres méfaits. C'est encore une suite de l'orgueil que l'on trouve mêlé à toutes ses imperfections.
Sans contredit, il est des tempéraments qui se prêtent plus que d'autres aux actes violents, comme il est des
muscles plus souples qui se prêtent mieux aux tours de force; mais ne croyez pas que là soit la cause première de la colère, et>soyez persuadés qu'un Esprit pacifique, fût-il dans un corps bilieux, sera toujours pacifique; eii qu'un Esprit violent, dans un corps lymphatique, n'en sera pas plus doux; seulement, la violence prendra un autre caractère; n'ayant pas un organisme propre à seconder sa violence, la colère sera concentrée, et dans l'autre cas elle sera expansive.
Le corps ne donne pas plus la colère à celui qui ne l'a pas, qu'il ne donne les autres vices; toutes les vertus et tous les vices sont inhérents à l'Esprit; sans cela où serait le mérite et la responsabilité? L'homme qui est contrefait ne peut se rendre droit parce que l'Esprit n'y est pour rien, mais il peut modifier ce qui est de l'Esprit quand il en a la ferme volonté. L'expérience ne vous prouve-t-elle pas, spirites, jusqu'où peut aller la puissance de la volonté, par les transformations vraiment miraculeuses que vous voyez s'opérer? Dites-vous donc que r homme ne reste vicieux que parce qu'il veut rester vicieux; mais que celui qui veut se corriger le peut toujours, autrement la loi du progrès n'existerait pas pour l'homme. (Hahnemann. Paris, 1863.)
Pardonnez pour que Dieu vous pardonne. — S'accorder avec ses adversaires. -« Le sacrifice le plus agréable à Dieu. — La paille et la poutre dans l'œil. — Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés. Que celui qui est sans péchi lui jette la première pierre. — Instructions des Esprits :Par don des offenses.— L'indulgence. — Est-il permis de reprendre les autres; d'observer les impervfections d' autrui; de divulguer le mal d'autrui?
Pardonnez pour que Dieu tous pardonne.
1. Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. (Saint Matthieu, ch. v, », 7.)
2. Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils font contre vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi vos péchés ; — mais si vous ne pardonnez point aux hommes lorsqu'ils vous ont offensés, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés. (Id., ch. vi, v. 14, 15.)
3. Si votre frère a péché contre vous, allez lui représenter sa faute en particulier, entre vous et lui ; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. — Alors Pierre Rapprochant lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il aura péché contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? — Jésus lui répondît : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. (Id., ch.xvm, v. 15, 21, 22.)
4. La miséricorde est le complément de la douceur ; car celui qui n'est pas miséricordieux ne saurait être
douxjet pacifique; elle consiste dans l'oubli et le pardon des offenses. La haine et la rancune dénotent une âme sans élévation ni grandeur; l'oubli des offenses est le propre de l'âme élevée qui est au-dessus des atteintes qu'on peut lui porter; Tune est toujours anxieuse, d'une susceptibilité ombrageuse et pleine de fiel; l'autre est calme, pleine de mansuétude et de charité.
Malheur à celui qui dit : Je ne pardonnerai jamais, car s'il n'est pas condamné par les hommes, il le ser.a certainement par Dieu ; de quel droit réclamerait-il le pardon de ses propres fautes si lui-même ne pardonne t)as celles des autres ? Jésus nous enseigne que la miséricorde ne doit pas avoir de limites., quand il dit de pardonner à son frère, non pas sept fois, mais septante fois sept fois.
Mais il y a deux manières bien différentes de pardonner : l'une grande, noble, vraiment généreuse, sans arrière-pensée, qui ménage avec délicatesse l'amourpropre et la susceptibilité de l'adversaire, ce dernier eût-il même tous les torts; la seconde par laquelle l'offensé, ou celui qui croit l'être, impose à l'autre des conditions humiliantes, et fait sentir le poids d'un pardon qui irrite au lieu de calmer; s'il tend la main, ce n'est pas avec bienveillance, mais avec ostentation afin de pouvoir dire à tout le monde : Voyez combien je suis généreux ! Dans de telles circonstances, il est impossible que la réconciliation soit sincère de part et d'autre. Non, ce n'est pas là de la générosité, c'est une manière de satisfaire l'orgueil., Dans toute contestation, celui qui se montre le plus conciliant, qui prouve le plus de désintéressement, de charité et de véritable grandeur d'âme se conciliera toujours la sympathie des gens impartiaux.
S'accorder avec ses adversaires.
5. Accordez-vous au plus tôt avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui, de peur que votre adversaire ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre au ministre de la justice, et que vous ne soyez mis en prison. — Je vous dis, en vérité , que vous ne sortirez point de là que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole. (Saint Matthieu, ch. v, vv25, 26.)
6. Il y a dans la pratique du pardon, et dans celle du bien en général, plus qu'un effet moral, il y a aussi un effet matériel. La mort, on le sait, ne nous délivre pas de nos ennemis; les Esprits vindicatifs poursuivent souvent de leur haine, au delà de la tombe, ceux contre lesquels ils ont conservé de la rancune ; c'est pourquoi le proverbe qui dit : « Morte la bête, mort le venin, » est faux quand on l'applique à l'homme. L'Esprit mauvais attend que celui à qui il veut du mal soit enchaîné à son corps et moins libre, pour le tourmenter plus facilement, l'atteindre dans ses intérêts pu dans ses affections les plus chères. Il faut voir dans ce fait la cause de la plupart des cas d'obsession, de ceux surtout qui présentent une certaine gravité, comme la subjugation et la possession. L'obsédé et le possède sont donc presque toujours victimes d'une vengeance antérieure, à laquelle ils ont probablement donné lieu par leur conduite. Dieu le permet pour les punir du mal qu'ils ont fait eux-mêmes, ou, s'ils n'en ont pas fait, pour avoir manqué d'indulgence et de charité en ne pardonnant pas. Il importe donc, au point de vue de sa tranquillité future, de réparer au plus tôt les torts que l'on a eus envers son prochain, de pardonner à ses
ennemis, afin d'éteindre, avant de mourir, tout sujet de dissensions, toute cause fondée d'animosité ultérieure ; par ce moyen, d'un ennemi acharné en ce monde, on peut se faire un ami dans l'autre; tout au moins on met le bon droit de son côté, et Dieu ne laisse pas celui qui a pardonné en butte à la vengeance. Quand Jésus recommande de s'arranger au plus tôt avec son adversaire, ce n'est pas seulement en vue d'apaiser les discordes pendant l'existence actuelle, mais d'éviter qu'elles ne se perpétuent dans les existences futures. Vous ne sortirez point de là, dit-il, que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole, c'est-à-dire, satisfait complètement à la justice de Dieu.
Ei© sacrifice le plus agréable à Dieu.
7. Si donc, lorsque vous présentez votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, — laissez là votre don au pied de l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère, et puis vous reviendrez offrir votre don. (Saint Matthieu, ch. v, v. 23, 24,)
8. Lorsque Jésus dit : « Allez vous réconcilier avec votre frère avant de présenter votre offrande à l'autel, » il enseigne que le sacrifice le plus agréable au Seigneur est celui de son propre ressentiment; qu'avant de se présenter à lui pour être pardonné, il faut avoir soimême pardonné, et que si l'on a un tort envers un de ses frères, il faut l'avoir réparé; alors seulement l'offrande sera agréée, parce qu'elle viendra d'un cœur pur de toute mauvaise pensée. Il matérialise ce précepte , parce que les Juifs offraient des sacrifices matériels; il devait conformer ses paroles à leurs usages. Le chrétien n'offre pas de dons matériels; il a spiritualisé le sacri-
iice, mais Je précepte n'en a que plus de force; il offre son âme à Dieu, et cette âme doit être purifiée; en entrant dans le temple du Seigneur, il doit laisser en dehors tout sentiment de haine et d'animosité, toute mauvaise pensée contre son frère; alors seulement sa prière sera portée par les anges aux pieds de l'Éternel. Voilà ce qu'enseigne Jésus par ces paroles : Laissez votre offrande au pied de l'autel, et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère, si vous voulez être agréable au Seigneur.
^a paille et la poutre dans l'œil.
9. Pourquoi voyez-vous une "paille dans l'œil de votre frère, vous qui ne voyez pas une poutre dans votre œil? — Ou comment dites-vous à votre frère : Laissez-moi tirer une paille de votre œil, vous qui avez une poutre dans le vôtre? — Hypocrites, ôtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez comment vous pourrez tirer la paille de l'œil de votre frère. (Saint Matthieu, ch. vu, v. 3, 4, 5.)
40. Un des travers de l'humanité, c'est de voir le mal d' autrui avant de voir celui qui est en nous. Pour se juger soi-même, il faudrait pouvoir se regarder dans un miroir, se transporter en quelque sorte en dehors de soi, et se considérer comme une autre personne, en se demandant : Que penserais-je si je voyais quelqu'un faire ce que je fais? C'est incontestablement l'orgueil qui porte l'homme à se dissimuler ses propres défauts, au moral comme au physique. Ce travers est essentiellement contraire à la charité, car la vraie charité est modeste, simple et indulgente; la charité orgueilleuse est un non-sens, puisque ces deux sentiments se neutralisent l'un l'autre. Comment, en effet, un homme assez vain pour croire à l'importance de sa personnalité
et à la suprématie de ses qualités, peut-il avoir en même temps assez d'abnégation pour faire ressortir, dans autrui, le bien qui pourrait l'éclipser, au lieu du mal qui pourrait le rehausser? Si l'orgueil est le père de beaucoup de vices, il est aussi la négation de beaucoup de vertus ; on le retrouve au fond et comme mobile de presque toutes les actions. C'est pourquoi Jésus s'est attaché à le combattre comme le principal obstacle au progrès.
Me jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés. Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.
41. Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; — car vous serez jugés selon que vous aurez jugé les autres ; et on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis envers eux. (Saint Matthieu, ch. tu, v. \, 2.)
42. Alors les Scribes et les Pharisbns lui amenèrent una femme qui avait été surprise en adultère, et la faisant tenir debout au milieu du peuple, — ils dirent à Jésus : Maître, cette femme vient d'être surprise en adultère; or, Moïse nous ordonne dans la loi de lapider les adultères. Quel est donc sur cela votre sentiment ?— Ils disaient ceci en le tentant, afin d'avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, écrivit avec son doigt sur la terre. — Comme ils continuaient à l'interroger, il se leva, et leur dit : Que celui d'entre vous qui est saris péché lui jette la première pierre. — Puis se baissant de nouveau, il continua à écrire sur la terre. — Mais pour eux, l'ayant entendu parler de la sorte, ils se retirèrent l'un après l'autre, les vieillards sortant les premiers; et ainsi Jésus demeura seul avec la femme, qui était au milieu de la place.
Alors Jésus, se relevant, lui dit : Femme, où sont vos accusateurs? Personne ne vous a-t-il condamnée? — Elle lui dit * Non, Seigneur. Jésus lui répondit : Je ne vous condamnerai pas
non plus. Allez-vous-en, et à l'avenir ne péchez plus. (Saint Jean, ch. vin, v. de 3 à H.)
43. « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre, » a dit Jésus. Cette maxime nous fait un devoir de l'indulgence, parce qu'il n'est personne qui n'en ait besoin pour son propre compte. Elle nous apprend que nous ne devons pas juger les autres plus sévèrement que nous ne nous jugeons nous-mêmes, ni condamner en autrui ce que nous excusons en nous. Avant de reprocher une faute à quelqu'un, voyons si le même blâme ne peut retomber sur nous.
Le blâme jeté sur la conduite d'autrui peut avoir deux mobiles : réprimer le mal, ou discréditer la personne dont on critique les actes; ce dernier motif n'a jamais d'excuse, car c'est de la médisance et de la méchanceté. Le premier peut être louable , et devient même un devoir dans certains cas, puisqu'il en doit résulter un bien, et que sans cela le mal ne serait jamais réprimé dans la société; l'homme, d'ailleurs, ne jdoit-il pas aider au progrès de son semblable ? Il ne faudrait donc p£s prendre dans le sens absolu ce principe : « Ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugé », car la lettre tue, et l'esprit vivifie.
Jésus ne pouvait défendre de blâmer ce qui est mal, puisque lui-même nous en a donné l'exemple, et l'a fait en termes énergiques; mais il a voulu dire que l'autorité du blâme est en raison de l'autorité morale de celui qui le prononce; se rendre coupable de ce que l'on condamne en autrui, c'est abdiquer cette autorité; c'est de plus s'enlever le droit de répression. La conscience intime, du reste, refuse tout respect et toute soumission volontaire à celui qui, étant investi d'un pouvoir quel-
conque, viole les lois et les principes qu'il est chargé d'appliquer. Il ri y a d'autorité légitime aux yeux de Dieu, que celle qui s appuie sur V exemple quelle donne du bien', c'est ce qui ressort également des paroles de Jésus.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
Pardon des offenses.
14. Combien de fois pardonnerai-je à mon frère? Vous lui pardonnerez non pas sept fois, mais septante fois sept fois. Voilà une de ces paroles de Jésus qui doivent frapper le plus votre intelligence et parler le plus haut.à votre cœur. Rapprochez ces paroles de miséricorde de l'oraison si simple, si résumée et si grande dans ses aspirations que Jésus donne à ses disciples, et vous trouverez toujours la même pensée. Jésus, le juste par excellence, répond à Pierre : Tu pardonneras, mais sans limites; tu pardonneras chaque offense aussi souvent que l'offense te sera faite; tu enseigneras à tes frères cet oubli de soi-même qui rend invulnérable contre l'attaque, les mauvais procédés et les injures ; tu seras doux et humble de cœur, ne mesurant jamais ta mansuétude ; tu feras enfin ce que tu désires que le Père céleste fasse pour toi; n'a-t-il pas à te pardonner souvent, et compte-t-il le nombre de fois que son pardon descend effacer tes fautes?
Écoutez donc cette réponse de Jésus, et, comme Pierre, appliquez-la à vous-mêmes, pardonnez, usez d'indulgence, soyez charitables, généreux, prodigues même de votre amour. Donnez, car le Seigneur vous rendra, pardonnez, car le Seigneur vous pardon-
nera; abaissez-vous, car le Seigneur vous relèvera; humiliez-vous , car le Seigneur vous fera asseoir à sa droite.
Allez, mes bien-aimés, étudiez et commentez ces paroles que je vous adresse de la part de Celui qui, du haut des splendeurs célestes, regarde toujours vers vous, et continue avec amour la tâche ingrate qu'il a commencée il y a dix-huit siècles. Pardonnez donc à vos frères comme vous avez besoin qu'on vous pardonne à vous-mêmes. Si leurs actes vous ont été personnellement préjudiciables, c'est un motif de plus pour être indulgents, car le mérite du pardon est proportionné à la gravité du mal; il n'y en aurait aucun à passer sur les torts de vos frères, s'ils ne vous avaient fait que des blessures légères.
Spirites, n'oubliez jamais qu'en paroles, comme en actions, le pardon des injures ne doit pas être un vain mot. Si vous vous dites spirites, soyez-le donc; oubliez le mal qu'on a pu vous faire, et ne pensez qu'à une chose : le bien que vous pouvez rendre. Celui qui est entré dans cette voie ne s'en doit point écarter même par la pensée, car vous êtes responsables de vos pensées que Dieu connaît. Faites" donc qu'elles soient dépouillées de tout sentiment de rancune; Dieu sait ce qui demeure au fond du cœur de chacun. Heureux donc celui qui peut chaque soir s endormir en disant : Je nai rien contre mon prochain. (Sisïéon. Bordeaux, 1862.)
15. Pardonner à ses ennemis, c'est demander pardon pour soi-même; pardonnera ses amis, c'est leur donner une preuve d'amitié; pardonner les offenses, c'est montrer qu'on devient meilleur. Pardonnez donc, mes amis, afin que Dieu vous pardonne, car si vous êtes durs,
exigeants, inflexibles, si vous tenez rigueur même pour une légère offense, comment voulez-vous que Dieu oublie que chaque jour vous avez le plus grand besoin d'indulgence? Oh! malheur à celui qui dit: « Je ne pardonnerai jamais, » car il prononce sa propre condamnation. Qui sait, d'ailleurs, si, en descendant en vous-même, vous n'avez pas été l'agresseur? Qui sait si, dans cette lutte qui commence par un coup d'épingle et finit par une rupture, vous n'avez pas commencé à porter le premier coup ? si une parole blessante ne vous est pas échappée ? si vous avez usé' de toute la modération nécessaire? Sans doute votre adversaire a tort de se montrer trop susceptible, mais c'est une raison pour vous d'être indulgent et de ne pas mériter le reproche que vous lui adressez. Admettons que vous ayez été réellement l'offensé dans une circonstance, qui dit que vous n'avez pas envenimé la chose par des représailles, et que vous n'avez pas fait dégénérer en querelle sérieuse ce qui aurait pu facilement tomber dans l'oubli? S'il dépendait de vous d'en empêcher les suites, et si vous ne l'avez pas fait, vous êtes coupable. Admettons enfin que vous n'ayez absolument aucun reproche à vous faire, vous n'en aurez rjue plus de mérite à vous montrer clément.
Mais il y a deux manières bien différentes de pardonner : il y a le pardon des lèvres et le pardon du cœur. Bien des gens disent de leur adversaire : « Je lui pardonne, » tandis qu'intérieurement ils éprouvent un secret plaisir du mal qui lui arrive, disant en euxmêmes qu'il n'a que ce qu'il mérite. Combien disent : «Je pardonne » et qu;. ajoutent : « mais je ne me réconcilierai jamais; je ne le reverrai de ma vie. » Est-ce là le pardon selon l'Évangile? Non; le véritable par-
don, le pardon chrétien, est celui qui jette un voile sur le passé; c'est le seul dont il vous sera tenu compte, car Dieu ne se contente pas de l'apparence : il sonde le fond des cœurs et les plus secrètes pensées; on ne lui en impose pas par des paroles et de vains simulacres. L'oubli complet et absolu des offenses est le propre des grandes âmes; la rancune est toujours un signe d'abaissement et d'infériorité. N'oubliez pas que le vrai pardon se reconnaît aux actes bien plus qu'aux paroles. (Paul apôtre. Lyon, 4861.)
f/indulgence.
16. Spirites, nous voulons vous parler aujourd'hui de l'indulgence, ce sentiment si doux, si fraternel que tout homme doit avoir pour ses frères, mais dont bien peu font usage.
L'indulgence ne voit point les défauts d' autrui, ou si elle les voit, elle se garde d'en parler, de les colporter; elle lés cache au contraire , afin qu'ils ne soient connus que d'elle seule, et si la malveillance les découvre, elle a toujours une excuse prête pour les pallier, c'est-àdire une excuse plausible, sérieuse, et rien de celles qui ayant l'air d'atténuer lu faute la font ressortir avec une perfide adresse.
L'indulgence ne s'occupe jamais des actes mauvais d'autrui, à moins que ce ne so/t pour rendre un service, encore a-t-elle soin de les atténuer autant que possible. Elle ne fait point d'observation choquante, n'a point de reproches aux lèvres, mais seulement des conseils, le plus souvent voilés. Quand vous jetez la critique, quelle conséquence doit-on tirer de vos paroles? c'est que vous, qui blâmez, n'auriez pas fait ce que vous re-
BIENHEUREUX CEUX çQUI SONT MISÉRICORDIEUX. 143
prochez, c'est que vous valez mieux que le coupable. 0 hommes ! quand donc jugerez-vous vos propres cœurs. vos propres pensées, vos propres actes, sans vous occuper de ce que font vos frères? Quand n'ouvrirez-vous vos yeux sévères que sur vous-mêmes?
Soyez donc sévères envers vous, indulgents envers les autres. Songez à celui qui juge en dernier ressort , qui voit les secrètes pensées de chaque cœur, et qui, par conséquent, excuse souvent les fautes que vous blâmez, ou condamne ce que vous excusez, parce qu'il connaît le mobile, de tous les actes, et que vous, qui criez si haut : anathème ! auriez peut-être commis des fautes plus graves.
Soyez indulgents, mes amis, car l'indulgence attire, calme, redresse, tandis que la rigueur décourage, éloigne et irrite. (Joseph, Esp, protect. Bordeaux, 4863.)
17. Soyez indulgents pour les fautes d'autrui, quelles qu'elles soient; ne jugez, avec sévérité que vos propres actions, et le Seigneur usera d'indulgence envers vous, comme vous en aurez usé envers les autres.
Soutenez les forts : encouragez-les à la persévérance; fortifiez les faibles en leur montrant la bonté de Dieu qui compte le'moindre repentir; montrez à tous l'ange de la repentance étendant son aile blanche sur les fautes des humains, et les voilant ainsi aux yeux de celui qui ne peut voir ce qui est impur. Comprenez tous la miséricorde infinie de votre Père, et n'oubliez jamais de lui dire par votre pensée et surtout par vos actes : « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Comprenez bien la valeur de ces sublimes paroles; la lettre n'en est pas seule admirable, mais aussi l'enseignement qu'elle renferme.
Que demandez-vous au Seigneur en lui demandant votre pardon? Est-ce seulement l'oubli de vos offenses? oubli qui vous laisse dans le néant, car si Dieu se contente d'oublier vos fautes, il ne punit pas, mais non plus il ne récompense pas. La récompense ne peut être le prix du bien que l'on n'a pas fait, et encore moins du mal que l'on a fait, ce mal fût-il oublié? En lui demandant pardon de vos transgressions, vous lui demandez la faveur de ses grâces pour n'y plus retomber; la force nécessaire pour entrer dans une voie nouvelle, voie de soumission et d'amour dans laquelle vous pourrez ajouter la réparation au repentir.
Quand vous pardonnez à vos frères, ne vous contentez pas d'étendre le voile de l'oubli sur leurs fautes; ce voile est souvent bien transparent à vos yeux; apportez-leur l'amour en même temps que le pardon; faites pour eux ce que vous demanderez à votre Père céleste de faire pour vous. Remplacez la colère qui souille par l'amour qui purifie. Prêchez d'exemple cette charité active, infatigable; que Jésus vous a enseignée; prêchezla comme il le lit lui-même tout le temps qu'il vécut sur la terre visible aux yeux du corps, et comme il la prêche encore sans cesse depuis qu'il n'est plus visible qu'aux yeux de l'esprit. Suivez ce divin modèle; marchez sur ses traces : elles vous conduiront au lieu de refuge où vous trouverez le repos après la lutte. Gomme lui, chargez-vous tous de votre croix, et gravissez péniblement, mais courageusement votre calvaire : au sommet est la glorification. (Jean, év. de Bordeaux, 1862.)
18. Chers amis, soyez sévères pour vous-mêmes, indulgents pour les faiblesses des autres; c'est encore une pratique de la sainte charité que bien peu de personnes
observent. Tous vous avez de mauvais penchants à vaincre, des défauts à corriger, des habitudes à modifier; tous vous avez un fardeau plus ou moins lourd à déposer pour gravir le sommet de la montagne du progrès. Pourquoi donc être si clairvoyants pour le prochain et si aveugles pour vous-mêmes? Quand donc cesserezvous d'apercevoir dans l'œil de votre frère le fétu de paille qui le blesse, sans regarder dans le vôtre la poutre qui vous aveugle et vous fait marcher de chute en chute? Croyez-en vos frères les Esprits: Tout homme assez orgueilleux pour se croire supérieur en vertu et en mérite à ses frères incarnés est insensé et coupable, et Dieu le châtiera au jour de sa justice. Le véritable caractère de la charité est la modestie et l'humilité qui consistent à ne voir que superficiellement les défauts^ d'autrui pour s'attacher à faire valoir ce qu'il y en a lui de bon et de vertueux; car si le cœur humain est un abîme de corruption, il existe toujours dans quelquesuns de ses replis les plus cachés le germe de quelques bons sentiments, étincelle vivace de l'essence spirituelle.
Spiritisme, doctrine consolante et bénie, heureux ceux qui te connaissent et qui mettent à profit les salutaires enseignements des Esprits du Seigneur! Pour eux, la voie est éclairée, et tout le long de la route ils peuvent lire ces mots qui leur indiquent le moyen d'arriver au but : charité pratique, charité de cœur, charité pour le prochain comme pour soi-même; en un mot, charité pour tous et amour de Dieu par- dessus toute chose, parce que l'amour de Dieu résume tous les devoirs, et qu'il est impossible d'aimer réellement Dieu sans pratiquer la charité dont il fait une loi à toutes ses créatures (Dufêtre, évêque de Ne vers. Bordeaux.)
19. Personne n'étant parfait, s'ensuit-il que personne n'a le droit de reprendre son voisin?
Assurément non, puisque chacun de vous doit travailler au progrès de tous, et surtout de ceux dont la tutelle vous est confiée; mais c'est une raison de le faire avec modération, dans un but utile, et, non, comme on le fait la plupart du temps, pour le plaisir de dénigrer. Dans ce dernier cas, le blâme est une méchanceté; dans le premier, c'est un devoir que la charité commande d'accomplir avec tous les ménagements possibles; et encore le blâme qu'on jette sur autrui, doit-on en même temps se l'adresser à soi-même et se demander si on ne le mérite pas. (Saint Louis. Paris, 4860.)
• 20. Est-on répréhcnsible d'observer les imperfections des autres, lorsqii il n en peut résulter aucun profit pour eux, et alors quon ne les divulgue pas ?
Tout dépend de l'intention; certainement il n'est pas défendu de voir le mal, quand le mal existe; il y aurait même de l'inconvénient à ne voir partout que le bien : cette illusion nuirait au progrès. Le tort est de faire tourner cette observation au détriment du prochain, en le décriant sans nécessité dans l'opinion. On serait encore répréhensible de ne le faire que pour s'y complaire soi-même avec un sentiment de malveillance et de joie de trouver les autres en défaut. Il en est tout autrement lorsque, jetant un voile sur le mal pour le public, on se borne à l'observer pour en faire son profit personnel, c'est-à-dire pour s'étudier à éviter ce qu'on blâme dans les autres. Cette observation, d'ailleurs, n'est-elle pas utile au moraliste? Comment peindrait-il les travers de l'humanité s'il n'étudiait pas les modèles? (Saint Louis. Paris, 1860.)
21. Est-il des cas ou il soit utile de dévoiler le mal en autrui"?
Cette question est très délicate, et c'est ici qu'il faut faire appel à la charité bien comprise. Si les imperfections d'une personne ne nuisent qu'à elle-même, il n'y a jamais utilité à les faire connaître ; mais si elles peuvent porter préjudice à d'autres, il faut préférer l'intérêt du plus grand nombre à l'intérêt d'un seul. Suivant les circonstances, démasquer l'hypocrisie et le mensonge peut être un devoir; car il faut mieux qu'un homme tombe que si plusieurs deviennent ses dupes ou ses victimes. En pareil cas, il faut peser la somme des avantages et des inconvénients. (Saint Louis. Paris, 1860 J
te plus grand commandement. Faire pour les autres ce que nous voudrions que les autres fissent pour nous. Parabole des créanciers et des débiteurs. — Rendez à César ce qui est à César. — Instructions des Esprits : La loi d'amour. — L'égoïsme. — La foi et la charité. — Charité envers les criminels.— Doiton exposer sa vie pour un malfaiteur?
E,e plus grand commandement.
\ . Les Pharisiens ayant appris qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, s'assemblèrent; — et l'un d'eux, qui était docteur de la loi, vint lui 'faire cette question pour le tenter*. — Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? — Jésus leur répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit ; c'est le plus grand et le premier commandement. Et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes. ~ Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. (Saint Matthieu, ch^ xxn, v. 34 à 40.)
2. Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu'ils vous fassent; car c'est la loi et les prophètes. (Id., ch. vu, v. 12.)
Traitez tous les hommes de la même manière que vous voudriez qu'ils vous traitassent. (Saint Luc, ch. vi, v. 3i.)
3. Le royaume des cieux est comparé à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs; — et ayant commencé à le faire, on lui en présenta un qui lui devait dix mille talents. — Mais comme x il n'avait pas les moyens de les lui rendre, son
maître commanda qu'on le vendit, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour satisfaire à cette dette. — Le serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je vous rendrai le tout. — Alors le maître de ce serviteur, étant touché de compassion, le laissa aller et lui remit sa dette. — Mais ce serviteur ne fut pas plutôt sorti, que trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, il le prit à la gorge et l'étouffait presque en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois. — Et son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu de patience et je vous rendrai le tout. — Mais il ne voulut pas l'écouter; et il s'en alla, et le fit mettre en prison, pour l'y tenir jusqu'à ce qu'il lui rendit ce qu'il lui devait.
Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant ce qui se passait, en furent extrêmement affligés, et avertirent leur maître de tout ce qui était arrivé. — Alors le maître l'ayant fait venir lui dit : Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié; — - ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon, comme j'avais eu pitié de vous. Et son maître, étant ému de colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu'à ce qu'il payât tout ce qu'il devait.
C'est ainsi que mon Père qui est dans le ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne du fond de son cœur à son frère les fautes qu'il aura commises contre lui. (Saint Matthieu, ch. xviii, v. de 23 à 35.)
4. « Aimer son prochain comme soi-même; faire pour les autres ce que nous voudrions que les autres lissent pour nous, » est l'expression la plus complète de la charité, car elle résume tous les devoirs envers le! prochain. On ne peut avoir de guide plus sûr à cet égard qu'en prenant pour mesure de ce que l'on doit faire aux. autres ce que l'on désire pour soi. De quel droit exigerait-on de ses semblables plus de bons procédés, d'indulgence, de bienveillance et de dévoûment que l'on n'en a soi-même pour eux ? La pratique de ces
maximes tend à la destruction de l'égoïsme; qiîand les hommes les prendront pour règle de leur conduite et pour base de leurs institutions, ils comprendront la véritable fraternité, et feront régner entre eux* la paix et la justice; il n'y aura plus ni haines ni dissensions, mais union, concorde et bienveillance mutuelle.
Rendez à César ce qui est à César.
5. Alors les Pharisiens s'étant retirés firent dessein entre eux de le surprendre dans ses paroles. — Ils lui envoyèrent donc leurs disciples avec les Hérodiens, lui dire : Maître, nous sa-* vons que vous êtes véritable, et que vous enseignez la voie de
J)ieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, parce -que vous ne considérez point la personne dans les hommes ; — dites7nous donc votre avis sur ceci : Nous est-il libre de payer le tribut à César, ou de ne pas le payer ?
Mais Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez -vous ? Montrez -moi la pièce d'argent qu'on donne pour le tribut. Et eux lui ayant présenté un denier, Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription?— De César, lui dirent-ils. Alors Jésus leur répondit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
L'ayant entendu parler de la sorte, ils admirèrent sa réponse, et le laissant, ils se retirèrent. (Saint Matth., ch. xxn, v. de 15 à 22 ; saint Marc, ch. xn, v. de 13 à 17.) , •
6. La question posée à Jésus était motivée par cette circonstance que les Juifs ayant en horreur le tribut qui leur était imposé par les Romains, en avaient fait une question religieuse; un parti nombreux s'était formé pour refuser l'impôt; le payement du tribut était donc pour eux une question irritante d'actualité, sans cela la demande faite à Jésus : « Nous est-il libre de payer ou
de ne pas payer le tribut a César ? » n'aurait eu aucun sens. Cette question était un piège; car, suivant sa réponse, ils- espéraient exciter contre lui soit l'autorité romaine, soit les Juifs dissidents. Mais « Jésus, connaissant leur malice, » élude la difficulté en leur donnant une leçon de justice, et en disant de rendre à chacun ce qui lui est dû. (Voir l'introduction, article : Publicains.)
7. Cette maxime : g Rendez à César ce qui est à César, » ne doit point s'entendre d'une manière restrictive et absolue. Comme tous les enseignements de Jésus, c'est un principe générai résumé sous une forme pratique et usuelle, et déduit d'une circonstance particulière. Ce principe est une conséquence de celui qui dit d'agir envers les autres comme nous voudrions que les autres agissent envers nous; il condamne tout préjudice matériel et moral porté à autrui, toute violation de ses intérêts ; il prescrit le respect des droits de chacun, comme chacun désire qu'on respecte les siens; il s'étend à l'accomplissement des devoirs contractés envers la famille, la société, l'autorité, aussi bien qu'envers les individus.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS. la loi d'amour.
8. L'amour résume la doctrine de Jésus tout entière, car c'est le sentiment par excellence, et les sentiments sont les instincts élevés à la hauteur du progrès accompli. A son point, de départ, l'homme n'a que des ins-
tincts; plus avancé et corrompu, il n'a que des sensations; mais instruit et purifié, il a des sentiments; et le point exquis du sentiment, c'est l'amour, non l'amour dans le sens vulgaire du mot, mais ce soleil intérieur qui condense et réunit dans son ardent foyer toutes les aspirations et toutes les révélations surhumaines. Laloi d'amour remplace la personnalité par la fusion des êtres; elle anéantit les misères sociales. Heureux celui qui, dépassant son humanité, aime d'un large amour ses frères en douleurs ! heureux celui qui aime, car il ne connaît ni la détresse de l'âme, ni celle du corps; ses pieds sont légers, " et il vit comme transporté hors de lui-même. Lorsque Jésus eut prononcé ce mot divin d'amour, ce mot fit tressaillir les peuples, et les martyrs, ivres d'espérance, descendirent dans le cirque.
Le spiritisme, à son tour, vient prononcer un second mot de l'alphabet divin; soyez attentifs, car ce mot soulève la pierre des tombeaux vides, et la réincarnation, triomphant de la mort, révèle à l'homme ébloui son patrimoine intellectuel ; ce n'est plus aux supplices qu'elle le conduit, mais à la conquête de son être, élevé et transfiguré. Le sang a racheté l'Esprit, et l'Esprit doit aujourd'hui racheter l'homme de la matière.
J'ai dit qu'à son début l'homme n'a que des instincts; celui donc en qui les instincts dominent est plus près du point de départ que du but. Pour avancer vers le but, il faut vaincre les instincts au profit des sentiments, c'est-à-dire perfectionner ceux-ci en étouffant les germes latents de la matière. Les instincts sont la germination et les embryons du sentiment; ils portent avec eux le progrès, comme le gland recèle le chêne, et les êtres les moins avancés sont ceux qui, ne dépouillant
que peu à peu leur chrysalide, demeurent asservis à leurs instincts. L'Esprit doit être cultivé comme un champ; toute la richesse future dépend du labour présent, et plus que des biens terrestres, il vous apportera la glorieuse élévation ; c'est alors que, comprenant la loi d'amour qui unit tous les êtres, vous y chercherez les suaves jouissances de l'âme qui sont le prélude des joies célestes. (Lazare, Paris, 1862 )
9. L'amour est d'essence divine, et depuis le premier jusqu'au dernier, vous possédez au fond du cœur l'étincelle de ce feu sacré. C'est un fait que vous avez pu constater bien des fois : l'homme le plus abject, le plus vil, le plus criminel, a pour un être ou pour un objet quelconque une affection vive et arjdente, à l'épreuve de tout ce qui tendrait à la diminuer, et atteignant souvent des proportions sublimes.
J'ai dit pour un être ou un objet quelconque, parce qu'il existe parmi vous des individus qui dépensent des trésors d'amour dont leur cœur surabonde, sur des animaux, sur des plantes, et même sur des objets matériels : espèces de misanthropes se plaignant de l'humanité en général, se roidissant contre la pente naturelle de leur âme qui cherche autour d'elle l'affection et la sympathie ; ils rabaissent la loi d'amour à l'état d'instinct. Mais, quoi qu'ils fassent, ils ne sauraient étouffer le germe vivace que Dieu a déposé dans leur cœur à leur création; ce germe se développe et grandit avec la moralité et l'intelligence, et, quoique souvent comprimé par l'égoïsme, il est la source des saintes et douces vertus qui font les affections sincères et durables, et vous aident à franchir la route escarpée et aride de l'existence humaine.
Il est quelques personnes à qui l'épreuve de la réincarnation répugne, en ce sens que d'autres participent aux sympathies affectueuses dont ils sont jaloux. Pauvres frères ! c'est votre affection qui vous rend égoïstes; votre amour est restreint à un cercle intime de parents ou d'amis, et tous les autres vous sont indifférents. Eh bien 1 pour pratiquer la loi d'amour telle que Dieu l'en, tend, il faut que vous arriviez par degrés à aimer tous vos frères indistinctement. La tâche sera longue et difficile, mais elle s'accomplira : Dieu le veut, et la loi d'amour est le premier et le plus important précepte de votre nouvelle doctrine, parce que c'est celle-là qui doit un jour tuer Fégoïsme sous quelque forme qu'il se présente; car, outre l'égoïsme personnel, il y a encore l'égoïsme de famille, de caste, de nationalité. Jésus a dit: « Aimez votre prochain comme vous-mêmes; » or, quelle est la limite du prochain? est-ce la famille, la secte, la nation? Non, c'est l'humanité tout entière.* Dans les mondes supérieurs, c'est l'amour mutuel qui harmonise et dirigé les Esprits avancés qui les habitent, et votre planète destinée à un progrès prochain, par sa transformation sociale, verra pratiquer par ses habitants cette sublime loi, reflet de la Divinité.
Les effets de la loi d'amour sont l'amélioration morale de la race humaine et le bonheur pendant la vie terrestre. Les plus rebelles et les plus vicieux devront se réformer quand ils verront les bienfaits produits par cette pratique : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait, mais faites-leur au contraire tout le bien qu'il est envotrepouvoir de leur faire.
Ne croyez pas à la stérilité et à l'endurcissement du cœur humain; il cède malgré lui à l'amour vrai; c'est un aimant auquel il ne peut résister, et le contact de
cet amour vivifie et féconde les germes de cette vertu qui est dans vos cœurs à l'état latent. La terre, séjour d'épreuve et d'exil-, sera alors purifiée par ce feu sacré, et verra pratiquer la charité, l'humilité, la patience, le dévoûment, l'abnégation, la résignation, le sacrifice, toutes vertus filles de l'amour. Ne vous lassez donc pas d'entendre les paroles de Jean l'Évangéliste; vous le savez, quand l'infirmité et la vieillesse suspendirent le cours'de ses prédications, il ne répétait que ces douces paroles : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. »
Chers frères aimés, mettez à profit ces leçons; la pratique en est difficile, mais l'âme en retire un bien immense. Croyez-moi, faites le sublime effort que je vous demande : « Aimez-vous, » vous verrez bientôt la terre transformée et devenir l'Elysée où les âmes des justes viendront goûter le repos. (Fénelon. Bordeaux, 1861.)
4 0. Mes chers condisciples, les Esprits ici présents vous disent par ma voix : Aimez bien, afin d'être aimés. Cette pensée est si juste, que vous trouverez en elle tout ce qui console et calme les peines de chaque jour ; ou plutôt, en pratiquant cette sage maxime, vous vous élèverez tellement, au-dessus de la matière, que vous vous spiritualiserez avant votre dépouillement terrestre. Les études spintes ayant développé chez vous la compréhension de l'avenir, vous avez une certitude : l'avancement vers Dieu, avec toutes les promesses qui répondent aux aspirations de votre âme; aussi devez-vous vous élever assez haut pour juger sans les étreintes de la matière, et ne pas condamner votre prochain avant d'avoir reporté votre pensée vers Dieu.
loC CHAPITRE XI.
Aimer, dans le sens profond du mot, c'est être loyal, probe, consciencieux, pour faire aux autres ce que Ton voudrait pour soi-rîiême ; c'est chercher autour de soi le sens intime1 de toutes les douleurs qui accablent vos frères pour y apporter un adoucissement; c'est regarder la grande famille humaine comme Ja sienne, car cette famille, vous la retrouverez dans une certaine période, en des mondes plus avancés, et les Esprits qui la composent sont, comme vous, enfants de Dieu, marqués au front pour s'élever vers l'infini. C'est pour cela que vous ne pouvez refuser à vos frères ce que Dieu vous a libéralement donné, parce que, de votre côté, vous seriez bien aises que vos frères vous donnassent ce dont vous auriez besoin. A toutes les souffrances donnez donc une parole d'espérance et d'appui, afin que vous soyez tout amour, toute justice.
Croyez que cette sage parole : « Aimez bien pour être aimés, » fera son chemin; elle est révolutionnaire, et suit la route qui est fixe, invariable. Mais vous avez déjà gagné, vous qui m'écoutez; vous êtes infiniment meilleurs qu'il y a cent ans; vous avez tellement changé à votre avantage que vous acceptez sans conteste une foule d'idées nouvelles sur la liberté et la fraternité que vous eussiez rejetées jadis; or, dans cent ans d'ici, vous accepterez avec la même facilité celles qui n'ont pu encore entrer dans votre cerveau.
Aujourd'hui que le mouvement spirite a fait un grand pas, voyez avec quelle rapidité les idées de justice et de rénovation renfermées dans les dictées des Esprits sont acceptées par la moyenne partie du monde intelligent; c'est que ces idées répondent à tout ce qu'il y a de divin en vous ; c'est que vous êtes préparés par une semence féconde : celle du siècle dernier, qui a implanté dans
fa société les grandes idées de progrès; et comme tout s'enchaîne sous le doigt du Très-Haut, toutes les leçons reçues et acceptées seront renfermées dans cet échange universel de l'amour du prochain; par lui, les Esprits incarnés jugeant mieux, sentant mieux, se tendront la main des confins de votre planète ; on se réunira pour s'entendre et s'aimer, pour détruire toutes les injustices, toutes les causes de mésintelligence entre les peuples.
Grande pensée de rénovation par le spiritisme, si bien décrite dans le Livre des Esprits, tu produiras le grand miracle du siècle à venir, celui de la réunion de tousses intérêts matériels et spirituels des hommes, par l'application de cette maxime bien comprise : Aimez bien, afin d'être aimé, (Sanson, ancien membre de la Société spirite de Paris, 1863.)
l/égoï'SBiie.
14. L'égoïsme, cette plaie de l'humanité, doit disparaître dé la terre, dont il arrête le progrès moral; c'est au spiritisme qu'est réservée la tâche de la faire monter dans la hiérarchie des mondes. L'égoïsme est donc le but vers lequel tous les vrais croyants doivent diriger leurs armes, leurs forces, leur courage; je'dis. leur courage, car il en faut plus pour se vaincre soi-même que pour vaincre les autres. Que chacun mette donc tous ses soins à le combattre en soi, car ce monstre dévorant de toutes les intelligences, cet enfant de l'orgueil est la source de toutes les misères d'ici-bas. Il est la négation de la charité, et par conséquent le plus grand obstacle au bonheur des hommes. ,
Jésus vous a donné l'exemple de la charité, et Ponce-
Pilate de l'égoïsme; car lorsque le Juste va parcourir les saintes stations de son martyre, Pilate se lave les mains en disant : Que m'importe ! Il dit aux Juifs : Cet homme est juste, pourquoi voulez-vous le crucifier? et cependant il le laisse conduire au supplice.
C'est à cet antagonisme de la charité et de l'égoïsme, c'est à l'envahissement de cette lèpre du cœur humain que le christianisme doit de n'avoir pas encore accompli toute sa mission. C'est à vous, apôtres nouveaux de la foi et que les Esprits supérieurs éclairent, qu'incombent la tâche et le devoir d'extirper ce mal pour donner au christianisme toute sa force et déblayer la route des ronces qui entravent sa marche. Chassez l'égoïsme de la terre pour qu'elle puisse graviter dans l'échelle des mondes, car il est temps que l'humanité revête sa robe virile, et pour cela il faut d'abord le chasser de votre cœur. (Emmanuel. Paris, 1861.)
12. Si les hommes s'aimaient d'un commun amour, la charité serait mieux pratiquée; mais il faudrait pour cela que vous vous efforçassiez de vous débarrasser de cette cuirasse qui couvre vos cœurs, afin d'être plus sensibles envers ceux qui souffrent. La rigidité tue les bons sentiments ; le Christ ne se rebutait pas ; celui qui s'adressait à lui, quel qu'il fût, n'était pas repoussé : la femme adultère, le criminel étaient secourus par lui; il ne craignait jamais que ^a propre considération eût à en souffrir. Quand donc le prendrez-vous pour modèle de toutes vos actions ? Si la charité régnait sur la terre, le méchant n'aurait plus d'empire; il fuirait honteux; il se cacnerait, car il se trouverait déplacé partout. C'est alors que le mal disparaîtrait; soyez bien pénétrés de ceci.,
•Commencez par donner l'exemple vous-mêmes; soyez
charitables envers tous indistinctement ; efforcez-vous de ne plus remarquer ceux qui vous regardent avec dédain, et laissez à Dieu le soin de toute justice, car chaque jour, dans son royaume, il sépare le bon grain de l'ivraie.
L'égoïsme est la négation de la charité; or, sans la cïiarité point de repos dans la société ; je dis plus , point de sécurité ; avec l'égoïsme et l'orgueil, qui se donnent la main, ce sera toujours une course au plus adroit, une lutte d'intérêts où sont foulées aux pieds les plus saintes affections, où les liens sacrés de la famille ne sont pas môme respectés. (Pascal. Sens, 1862.)
a. a foi et la charité.
13. Je ,vous ai dit dernièrement, mes chers enfants, que la charité sans la foi ne suffisait point pour maintenir parmi les hommes un ordre social capable de les rendre heureux. J'aurais dû dire que la charité est impossible sans la foi. Vous pourrez bien trouver, à la vérité, des élans généreux même chez la personne privée de religion, mais cette charité austère qui ne s'exerce que par l'abnégation, par le sacrifice constant de tout intérêt égoïste, il n'y a que la foi qui puisse l'inspirer, car il n'y a qu'elle qui nous fasse porter avec .courage et persévérance la croix de cette vie.
Oui, mes enfants, c'est en vain que l'homme avide de jouissances voudrait se faire illusion sur sa destinée icibas, en soutenant qu'il lui est permis de né s'occuper que de son bonheur. Certes, Dieu nous créa pour être heureux dans l'éternité; cependant la vie terrestre doit uniquement servir à notre perfectionnement moral, lequel s'acquiert plus facilement avec l'aide des organes
100 CHAPITRE Xï.
et du monde matériel. Sans compter les vicissitudes ordinaires de la vie, la diversité de vos goûts, de vos penchants, de vos besoins, est aussi un moyen de vous perfectionner en vous exerçant dans la charité. Car, ce n'est qu'à force de concessions et de sacrifices mutuels que vous pouvez maintenir l'harmonie entre des éléments aussi divers.
" Vous aurez cependant raison en affirmant que le bonheur est destiné à l'homme ici-bas, si vous le cherchez, non dans les jouissances matérielles, mais dans le bien. L'histoire de la chrétienté parle de martyrs qui allaient au supplice avec joie; aujourd'hui, et dans votre société, il ne faut pour être chrétien, ni l'holocauste du martyre, ni le sacrifice de la vie, mais uniquement et simplement le sacrifice de votre égoïsme, de votre orgueil et de votre vanité. Vous triompherez, -si la charité vous inspire et si la foi vous soutient. (Esprit protecteur. Cracovie, 1861.)
Charité envers les criminels.
14, La vraie charité est un des plus sublimes enseignements que Dieu ait donnés au monde. Il doit exister entre les véritables disciples de sa doctrine une fraternité complète. Vous devez aimer les malheureux, les criminels, comme des créatures de Dieu, auxquelles le pardon et la miséricorde seront accordés s'ils se repentent, comme à vous-mêmes, pour les fautes que vous commettez contre sa loi. Songez que vous êtes plus répréhensibles, plus coupables que ceux auxquels vous refusez le pardon et la commisération , car souvent ils ne connaissent pas Dieu comme vous le connaissez, et il leur sera moins demandé qu'à vous.
Ne jugez point, oh! ne jugez point, mes chers amis, car le jugement que vous portez vous sera appliqué plus sévèrement encore, et vous avez besoin d'indulgence pour les péchés que vous commettez sans cesse. Ne savez-vous pas qu'il fy a bien des actions qui sont des crimes aux*yeux du Dieu de pureté, et que le monde ne • considère pas même comme des fautes légères?
La vraie charité ne consiste pas seulement dans l'aumône que vous donnez, ni même dans les paroles de consolation dont vous pouvez l'accompagner ; non, ce n'est pas seulement ce que Dieu exige de vous. La charité sublime enseignée par Jésus consiste aussi dans la bienveillance accordée toujours et en toutes choses à votre prochain. Vous pouvez encore exercer cette suilime vertu sur bien des êtres qui n'ont que faire d'aumônes, et que des paroles d'amour, de consolation, d'encouragement amèneront au Seigneur.
Les temps sont proches, je le dis encore, où la grande fraternité régnera sur ce globe; la loi du Christ est celle qui régira les hommes : celle-là seule sera le frein et l'espérance, et conduira les âmes aux séjours bienheureux. Aimez-vous donc comme les enfants d'un même père ; ne faites point de différence entre les autres malheureux, car c'est Dieu qui veut que tous soient égaux; ne méprisez donc personne ; Dieu permet que de grands criminels soient parmi vous, afin qu'ils vous servent d'enseignement. Bientôt, quand les hommes seront . amenés aux vraies lois de Dieu , il n'y aura plus besoin de ces enseignements-là , et tous les Esprits impurs et révoltés seront dispersés dans des mondes inférieurs en harmonie avec leurs penchants.
Vous devez à ceux dont je parle le secours de vos prières : c'est la vraie charité. Il ne faut point dire d'un
criminel : « C'est un misérable ; il faut en purger la terre; la mort qu'on lui inflige est trop. douce pour un être de celte espèce. » Non, ce n'est point ainsi que vous devez parler. Regardez votre modèle, Jésus; que diraitil, s'il voyait ce malheureuxprès de lui ? Il le plaindrait; il le considérerait comme un malade bien misérable; il lui tendrait la main. Vous ne pouvez le faire en réalité, mais au moins vous pouvez prier pour lui, assister son Esprit pendant les quelques instants qu'il doit encore passer sur votre terre. Le repentir peut toucher son cœur, si vous priez avec la foi. Il est votre prochain comme le meilleur d'entre les hommes ; son âme égarée et révoltée est créée, comme la vôtre, pour se perfectionner; aidez-le donc à* sortir du bourbier et priez pour lui. (Elisabeth de France. Le Havre, 1862.)
4 5. Un homme est en danger de mort; pour le sauver, il faut exposer sa vie; mais on sait que cet homme est un malfaiteur, et que, sHl en réchappe, il pourra commettre de nouveaux crimes. Doit-on, malgré cela, s'exposer pour le sauver ?
Ceci est une question fort grave et qui peut se présenter naturellement à l'esprit. Je répondrai selon mon avancement moral, puisque nous en sommes sur ce point de savoir si l'on doit exposer sa vie même pour un malfaiteur. Le dévoûment est aveugle : on secourt un ennemi, on doit donc secourir l'ennemi de la société, un malfaiteur en un mot. Croyez-vous que ce soit seulement à la mort que l'on court arracher ce malheureux? c'est peut-être à sa vie passée tout entière. Car, songez-y, dans ces rapides instants qui lui ravissent les dernières minutes de la vie, l'homme perdu revient sur sa vie passée, ou plutôt elle se dresse devant lui. La
mort, peut-être, arrive trop tôt pour lui; la réincarnation pourra être terrible; élancez-vous donc, hommes ! vous que la science spirite a éclairés; élancez-vous, arrachez le à sa damnation, et alors, peut-être, cet homme qui serait mort en vous blasphémant se jettera dans vos bras. Toutefois, il ne faut pas vous demander s'il le fera ou s'il ne le fera point, mais aller à son secours, car, en le sauvant, vous obéissez à cette voix du cœur qui vous dit : « Tu peux le sauver, sauve-le I » (Lamennais. Paris, 4862.)
Rendre le bien pour le mal. — Les ennemis désincarnés. — Si quelqu'un wus a frappé sur la joue droite, présentez lui encore l'autre. — Instructions des Esprits : La vengeance. — La haine. — Le duel.
Eendre le bien pour le mal.
\. Vous avez appris qu'il a été dit: Vous aimerez votre prochain et vous haïrez vos ennemis. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient; afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les deux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et les "injustes; — car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? Les publicains ne le font-ils pas aussi? — Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous en cela de plus que les autres ? .Les païens ne le font-ils pas aussi? — Je vous dis que si votre justice n'est pas plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. (Saint Matthieu, ch. v, v. 20 et de 43 à 47.)
2. Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie aiment aussi ceux qui les aiment? — Et si vous ne faites du bien qu'à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie font la même chose? — Et si vous ne prêtez qu'à ceux de qui vous espérez recevoir la même grâce, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie s'entre-prêtentdela sorte, pour recevoir le même avantage? —
. AIMEZ VOS ENNEMIS. m 165
Mais pour vous, aimez vos ennemis, faites du bien à tous, et prêtez sans en rien espérer, et alors votre récompense sera très grande, et vous serez les enfants du Très-Haut, parce qu'il est bon aux ingrats, et même aux méchants. — Soyez donc pleins de miséricorde, comme votre Dieu est plein de miséricorde. (Saint Luc, ch. vi, v. de 32 à 36.)
3.. Si l'amour du prochain est le principe de la charité, aimer ses ennemis en est l'application sublime, car cette vertu est une des plus grandes Victoires remportées sur l'égoïsme et l'orgueil.
Cependant on se méprend généralement sur le sens du mot aimer en cette circonstance ; Jésus n'a point entendu, par ces paroles, que l'on doit avoir pour son ennemi la tendresse qu'on a pour un frère ou un ami; la tendresse suppose la confiance; or, on ne peut avoir confiance en celui qu'on sait nous vouloir du mal ; on ne peut avoir avec lui les épanchements de l'amitié, parce qu'on le sait capable d'en abuser; entre gens qui se méfient les uns des autres, il ne saurait y avoir les élans de sympathie qui existent entre ceux qui sont en communion de pensées; on ne peut enfin avoir le même plaisir à se trouver avec un ennemi qu'avec un ami.
Ce sentiment même résulte d'une loi physique : celle de l'assimilation et de la répulsion des fluides; la pensée malveillante dirige un courant fluidique dont l'impression est pénible; la pensée bienveillante vous enveloppe d'une effluve agréable;' de là la différence des sensations que l'on éprouve à l'approche d'un ami ou d'un ennemi. Aimer ses ennemis ne peut donc signifier qu'on ne doit faire aucune différence entre eux et les amis; ce précepte ne semble difficile, impossible mê^ie à pratiquer, que parce qu'on croit faussement qu'il prescrit de leur donner la même place dans le cœur. Si
Hïï CHAPITRE XIÏ. •
ia pauvreté des langues humaines oblige à se servir du même mot pour exprimer diverses nuances de sentiments, la raison doit en faire la différence selon les cas.
Aimer ses ennemis, ce n'est donc point avoir pour eux une affection qui n'est pas dans la nature, car le contact d'un ennemi fait battre le cœur d'une tout autre manière que celui d'un ami; c'est n'avoir contre eux ni haine, ni rancune, ni désir de vengeance; c'est leur pardonner sans arrière-pensée et sans condition le mal qu'ils nous font; c'est n'apporter aucun obstacle à la réconciliation; c'est leur souhaiter du bien au lieu de leur souhaiter du mal; c'est se réjouir au lieu de s'affliger du bien qui leur arrive; c'est leur tendre une main secourable en cas de besoin ; c'est s'abstenir en paroles et en actions de tout ce qui peut leur nuire ; c'est enfin leur rendre en tout le bien pour le mal, sans intention de les humilier. Quiconque fait cela remplit les conditions du commandement : Aimez vos ennemis.
4. Aimer ses ennemis, est un non-sens pourj'incré^ dule ; celui pour qui la vie présente est tout ne voiL dans son ennemi qu'un être nuisible troublant son re-i pos, et dont il croit que la mort seule peut le débarras-^ ser; de là le désir de la vengeance; il n'a aucun intérêt à pardonner, si ce n'est pour satisfaire son orgueil aux yeux du monde; pardonner même, dans certains cas, lui semble une faiblesse indigne de lui; s'il ne se venge pas,, il n'en conserve pas moins de la rancune et un secret désir du mal.
Pour le croyant, mais pour le spirite surtout, la manière de voir est tout autre, parce qu'il porte ses regards sur le passé et sur l'avenir, entre lesquels la vie
AIMEZ VOS ENNEMIS. iG7
présente n'est qu'un point; il sait que, par la destination même de la terre, il doit s'attendre à y trouver des hommes méchants et pervers; que les méchancetés auxquelles il est en butte font partie des épreuves qu'il doit subir, et le point de vue élevé où il se place lui rend les vicissitudes moins amères, qu'elles viennent des hommes ou des choses; s' il ne murmure pas contre les épreuves, il ne doit pas murmurer contre ceux qui en sont les instruments ; si, au lieu de se plaindre, il remercie Dieu de l'éprouver, il doit remercier la main qui lui fournit l'occasion de montrer sa patience et sa résignation. Cette pensée le dispose naturellement au pardon; il sent en outre que plus il est généreux, plus il grandit à ses propres yeux et se trouve hors de l'atteinte des traits malveillants de son ennemi.
L'homme qui occupe un rang élevé dans le monde ne se croit pas offensé par les insultes de celui qu'il regarde comme son inférieur; ainsi en est-il de celui qui s'élève dans le monde moral au-dessus de l'humanité matérielle; il comprend que la haine et la rancune l'aviliraient et l'abaisseraient; or, pour être supérieur à son adversaire, il faut qu'il ait l'âme plus grande, plus noble, plus généreuse.
JLes ennemis désincarnés,
5. Le spirite a encore d'autres motifs d'indulgence envers ses ennemis. Il sait d'abord que la méchanceté n'est point l'état permanent des hommes; qu'elle tient à une imperfection momentanée, et que, de même que l'enfant se corrige de ses* défauts, l'homme méchant reconnaîtra un jour ses torts, et -deviendra bon.
Il sait encore que la mort ne le délivre que de la pré-
sence matérielle de son ennemi, mais que celui-ci peut le poursuivre de sa haine, même après avoir quitté la terre; qu'ainsi la vengeance manque son but; quelle a au contraire pour effet de produire une irritation plus grande qui peut se continuer d'une existence à l'autre. Il appartenait au spiritisme de prouver, par l'expérience et la loi qui régit les rapports du monde visible et du monde invisible, que l'expression : Éteindre la haine dans le sang, est radicalement fausse, et que ce qui est vrai, c'est que le sang entretient la haine même au delà de la tombe; de donner, par conséquent, une raison d'être effective et une utilité pratique au pardon, et à la sublime maxime du Christ: Aimez vos ennemis. Il n'est pas de cœur si pervers qui ne soit touché des bons procédés, même à son insu; par les bons procédés, on ôte du moins tout prétexte de représailles; d'un ennemi, on peut se faire un ami avant et après sa mort. Par les mauvais procédés on l'irrite, et c'est alors qu'il sert lui-même d'instrument à la justice de Dieu pour punir celui qui n'a pas pardonné.
6. On peut donc avoir des ennemis parmi les incarnés et parmi les désincarnés; les ennemis du monde invisible manifestent leur malveillance par les obsessions et les subjugations auxquelles tant de gens sont en butte, et qui sont une variété dans les épreuves de la vie; ces épreuves, comme les autres, aident à l'avancement et doivent être acceptées avec résignation, et comme conséquence de la nature inférieure du globe terrestre; s'il n'y avait pas des hommes mauvais sur la terre, il n'y aurait pas d'Esprits mauvais autour de la terre. Si donc on doit avoir de l'indulgence et de la bienveillance pour des ennemis incarnés,
AIMEZ VOS ENNEMIS. iG9
on doit en avoir également pour ceux qui sont désincarnés.
Jadis on sacrifiait des victimes sanglantes pour apaiser les dieux infernaux, qui n'étaient autres que les .Esprits méchants. Aux dieux infernaux ont succédé les [démons, qui sont la même chose. Le spiritisme vient prouver que ces démons ne sont autres que les âmes des- hommes pervers qui n'ont point encore dépouillé les instincts matériels; qiïon ne les apaise que par le sacrifice de sa haine, c est-à-dire par la charité; que la charité n'a pas seulement pour effet de les empêcher de faire le mal, mais de les ramener dans la voie du bien, et de contribuer à leur salut. C'est ainsi que la maxime : Aimez vos ennemis, n'est point circonscrite au cercle étroit de la terre et de la vie présente, mais qu'elle rentre dans la grande loi de la solidarité et de la fraternité universelles.
Hl quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui
encore l'autre.
7. Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. — Et moi je vous dis de ne point résister au mal que l'on veut vous faire; mais si quelqu'un vous a frappé sur la joue droite, présentez-lui encore Vautre; — et si quelqu'un veut plaider contre vous pour prendre votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau ; — et si quelqu'un veut vous contraindre de faire mille pas avec lui, faites-en encore deux mille. — Donnez à celui qui vous demande, et ne rejetez point celui qui veut emprunter de vous. (Saint Matthieu, ch. v, v. de 38 à 42.)
8. Les préjugés du monde, sur ce que l'on est convenu d'appeler le point d'honneur, donnent cette susceptibilité ombrageuse, née de l'orgueil et de l'exaltation
de Ja personnalité, qui porte l'homme à rendre injure pour injure, blessure pour blessure, ce qui semble la justice pour celui dont le sens moral ne s'élève pas audessus des passions terrestres; c'est pourquoi la loi mosaïque disait : œil pour œil, dent pour dent, loi en harmonie avec le temps où vivait Moïse. Christ est venu qui a dit : Rendez le bien pour le mal. Il dit de plus : « Ne résistez point au mal qu'on veut vous faire; si l'on vous frappe sur une joue, tendez l'autre. » A l'orgueilleux, cette maxime semble une lâcheté, car il ne comprend pas qu'il y ait plus de courage à supporter une insulte qu'à se venger, et cela toujours par cette cause qui fait que sa vue ne se porte pas au delà du présent. Faut-il, cependant, prendre cette maxime à la lettre? Non, pas plus que celle qui dit d'arracher son œil, s'il est une occasion de scandale; poussée dans toutes ses conséquences, ce serait condamner toute répression, même légale, et laisser le champ libre aux méchants en leur ôtant toute crainte; si l'on n'opposait un frein à leurs agressions, bientôt tous les bons seraient leurs victimes. L'instinct même de conservation, qui est une loi de nature, dit qu'il ne faut pas tendre bénévolement le cou à l'assassin. Par ces paroles Jésus n'a donc point interdit la défense, mais condamné la vengeance. En disant de tendre une joue quand l'autre est frappée, c'est dire, sous une autre forme, qu'il ne faut pas rendre le mal pour le mal; que l'homme doit accepter avec humilité tout ce qui tend à rabaisser son orgueil ; qu'il est plus glorieux pour lui d'être frappé que de frapper, de supporter patiemment une injustice que d'en commettre une lui-même ; qu'il vaut mieux être trompé que trompeur, être ruiné que de ruiner les autres. C'est en même temps la condamnation du
duel, qui n'est autre qu'une manifestation de l'orgueil. La foi en la vie future et en la justice de Dieu, qui ne laisse jamais le mal impuni, peut seule donner la force de supporter patiemment les atteintes portées à nos intérêts et à notre amour-propre; c'est pourquoi nous disons sans cesse: Portez vos regards en avant; plus vous vous élèverez par la pensée au-dessus de la vie matérielle, moins vous serez froissés par les choses de la terre.
INSTRUCTIONS DES ESPRITS
La vengeance,
9. La vengeance est une dernière épave abandonnée par les mœurs barbares qui tendent à s'effacer du milieu des hommes. Elle est, avec le duel, un des derniers vestiges de ces mœurs sauvages sous lesquelles se débattait l'humanité dans le , commencement do l'ère chrétienne. C'est pourquoi la vengeance est un indice certain de l'état arriéré des hommes qui s'y livrent et des Esprits qui peuvent encore l'inspirer. Donc, mes amis, ce sentiment ne doit jamais faire vibrer le cœur de quiconque se dit et s'affirme spirite. Se venger, est, vous le savez, tellement contraire à cette prescription du Christ : «Pardonnez à vos ennemis ! » que celui qui se refus e à pardonner, non-seulement n'est pas spirite, mais il n'est pas même chrétien. La vengeance est une inspiration d'autant plus funeste que la fausseté et la bassesse sont ses compagnes assidues; en effet, celui qui s'abandonne à cette fatale et aveugle passion ne se venge presque jamais à ciel ouvert. Quand il est le plus fort, il fond comme une bête fauve sur celui qu'il ap-
pelle son ennemi, lorsque la vue de celui-ci vient en* flammer sa passion, sa colère et sa haine. Mais le plus souvent il revêt une apparence hypocrite, en dissimulant au plus profond de son cœur les mauvais sentiments qui l'animent; il prend des chemins détournés, il suit dans l'ombre son ennemi sans défiance et attend le moment propice pour le frapper sans danger ; il se cache de lui tout en l'épiant sans cesse; il lui tend des pièges odieux et sème à l'occasion le poison dans sa «coupe. Quand sa haine ne va pas jusqu'à ces extrémités, il l'attaque alors dans son honneur et dans ses affections ; il ne recule pas devant la calomnie, et ses insinuations perfides, habilement semées à tous les vents, vont grossissant en x chemin. Aussi, lorsque celui qu'il poursuit se présente dans les milieux où son souffle eçipoisonné a passé, il est étonné de trouver des visages froids où il rencontrait autrefois des visages amis •et bienveillants; il est stupéfait quand des mains qui recherchaient la sienne se refusent à la serrer maintenant; enfin il est anéanti quand ses amis les plus chers et ses proches se détournent et s'enfuient de lui. Ah ! le lâche qui se venge ainsi est cent fois plus coupable que celui qui va droit à son ennemi et l'insulte à visage découvert.
Arrière donc ces coutumes sauvages! Arrière ces mœurs d'un autre temps! Tout spirite qui prétendrait aujourd'hui avoir encore le droit de se venger serait indigne de figurer plus longtemps dans la phalange qui a pris pour devise : Hors la charité, pas de salut! Mais non, je ne saurais m'arrêter à une telle idée qu'un membre de la grande famille spirite puisse jamais à l'avenir céder à l'impulsion de la vengeance autrement que pour pardonner. (Jules Olivier. Paris, 1862.).
lia haine.
10. Aimez-vous les uns les autres, et vous serez heu- 1 reux. Prenez surtout à tâche d'aimer ceux qui vous in-j spirent de l'indifférence, de la haine et du mépris. Le Christ, dont vous devez faire votre modèle, vous a donnvé l'exemple de ce dévoûment; missionnaire d'amour, il a aimé jusqu'à donner son sang et sa vie. Le sacrifice qui vous oblige à aimer ceux qui vous outragent et vous persécutent est pénible ; mais c'est précisément ce qui vous rend supérieurs à eux; si vous les haïssez comme ils vous haïssent, vous ne valez pas mieux qu'eux; c'est l'hostie sans tache offerte à Dieu sur l'autel de vos cœure, hostie d'agréable odeur, dont les parfums montent jusqu'à lui. Quoique la loi d'amour veuille que l'on aime indistinctement tous ses frères, elle ne cuirasse pas le cœur contre les mauvais procédés; c'est au contraire l'épreuve la plus pénible, je le sais, puisque pendant ma dernière existence terrestre j'ai éprouvé cette torture; mais Dieu est là, et il punit dans cette vie et dans l'autre ceux qui faillissent à la loi d'amour. N'oubliez pas, mes chers enfants, que l'amour rapproche de Dieu, et que la haine en éloigne. (Fénelon. Bordeaux, 1861.)
lie duel,
11. Celui-là seul est véritablement grand qui, considérant la vie comme un voyage qui doit le conduire à! un but, fait peu de cas des aspérités du chemin ; il ne se laisse jamais un instant détourner de la voie droite; l'œil sans cesse dirigé vers le terme, il lui importe peu
iO.
que les ronces et les épines du sentier menacent de lui faire des égratignures; elles l'effleurent sans l'atteindre, et il n'en poursuit pas moins sa course. Exposer ses jours pour se venger d'une injure, c'est reculer devant les épreuves de la vie; c'est toujours un crime aux yeux de Dieu, et si vous n'étiez pas abusés comme vous l'êtes par vos préjugés, ce serait une ridicule et suprême folie> aux yeux des hommes.
Il y a crime dans l'homicide par le duel ; votre législation même le reconnaft ; nul n'a le droit, clans aucun cas, d'attenter à la vie de son semblable; crime aux yeux de Dieu qui vous a tracé votre ligne de conduite ; ici, plus que partout ailleurs, vous êtes juges dans votre propre cause. Souvenez-vous qu'il vous sera pardonné selon que vous aurez pardonné vous-mêmes; par le pardon vous vous rapprochez de la Divinité, car la clémence est sœur de la puissance. Tant qu'une goutte de sang humain coulera sur la terre par la main des hommes, le vrai règne de Dieu ne sera pas encore arrivé, ce règne de pacification et d'amour qui doit à tout jamais bannir de votre globe l'animosité, la discorde, la guerre. Alors le mot duel n'existera plus dans votre langue que comme un lointain et vague souvenir d'un passé qui n'est plus; les hommes ne connaîtront entre eux d'autre antagonisme que la noble rivalité du bien. (Adolphe, évêque d'Alger. Marmande, 1861.)
42. Le duel peut, sans doute, dans certains cas, être une preuve de courage physique, du mépris de la vie, . mais c'est incontestablement la preuve d'une lâcheté morale, comme dans le suicide. Le suicidé n'a pas le courage d'affronter les vicissitudes de la vie : le duelliste n'a pas celui d'affronter les offenses. Christ ne vous
a-t-il point dit qu'il y a plus d'honneur et de courage à tendre la joue gauche à celui qui a frappé la joue droite, qu'à se venger d'une injure? Christ n'a-t-il point dit à Pierre au jardin des Oliviers : « Remettez votre épée dans son fourreau, car celui qui tuera par l'épée périra par l'épée? n Par ces paroles, Jésus ne condamne-t-il point à jamais le duel? En effet, mes enfants, qu'est-ce donc- que ce courage né d'un tempérament, violent, sanguin et colère, rugissant à la première offense? Où donc est la grandeuî* d'âme de celui qui, à la moindre injure, veut la laver dans le sang? Mais qu'il tremble! car toujours, au fond de sa conscience, une voix lui criera : Gain I Caïn! qu'as-tu fait de ton frère? Il m'a Mlu du sang pour sauver mon honneur, dira-t-il à cette voix; mais elle lui répondra : Tu as voulu le sauver devant les hommes pour quelques instants qui te restaient à vivre sur la terre, et tu n'as pas songé à le sauver devant Dieu ! Pauvre fou ! que de sang vous demanderait donc Christ pour tous les outrages qu'il a reçus! Nonseulement vous l'avez blessé avec l'épine et la lance, non-seulement vous l'avez attaché à un gibet infamant, mais encore au milieu de son agonie, il a pu entendre les railleries qui lui étaient prodiguées. Quelle réparation, après tant d'outrages, vous a-t-il demandée? Le dernier cri de l'agneau fut une prière pour ses bourreaux. Oh! comme lui, pardonnez et priez pour ceux qui vous offensent.
Amis, rappelez-vous ce précepte : « Aimez-vous les uns les autres, » et alors au coup donné par la haine vous répondrez par un sourire, et à l'outrage par le pardon. Le monde sans doute se dressera furieux, et vous traitera de lâche; levez la tête haute, et montrez alors que votre front ne craindrait pas, lui aussi, de se char-
ger d'épines à l'exemple du Christ, mais que votre main ne veut point être complice d'un meurtre qu'autorise, soi-disant, un faux semblant d'honneur qui n'est que de /l'orgueil et de l'amour-propre. En vous créant, Dieu vous a-t-il donné le droit de vie et de mort les uns sur les autres? Non, il n'a donné ce droit qu'à la nature seule, pour se réformer et se reconstruire; mais à vous, il n'a pas même permis de disposer de vous-mêmes. Comme le suicidé, le duelliste sera marqué de sang quand il arrivera à Dieu, et à l'un et à l'autre le Souverain Juge prépare de rudes et longs châtiments. S'il a menacé de sa justice celui qui dit à son frère Racca, combien la peine ne sera-t-elle pas plus sévère pour celui qui paraîtra devant lui les mains rougies du sang de son frère! (Saint Augustin. Paris, 1862.)
13. Le duel est, comme autrefois ce qu'on appelait le jugement de Dieu, une de ces institutions barbares qui régissent encore la société. Que diriez-vous cependant si voas voyiez plonger les deux antagonistes dans l'eau bouillante ou soumis au contact d'un fer brûlant pour vider leur querelle, et donner raison à celui qui subirait le mieux l'épreuve? vous traiteriez ces coutumes d'insensées. Le duel est encore pis que tout cela. Pour le duelliste émérite, c'est un assassinat commis de sang-froid avec toute la préméditation voulue; car il est sûr du coup qu'il portera; pour l'adversaire presque certain de succomber en raison de sa faiblesse et de son inhabileté, c'est un suicide commis avec la plus froide réflexion. Je sais que souvent on cherche à éviter cette alternative également criminelle en s'en remettant au hasard; mais alors n'est-ce pas, sous une autre forme, en revenir au jugement de Dieu du moyen âge? Et en-
core à cette époque était-on infiniment moins coupable; le nom même de jugement de Dieu indique une foi, naïve il est vrai, mais enfin une foi. en la justice de Dieu qui ne pouvait laisser succomber un innocent, tandis que dans le duel on s'en remet à la force brutale, de telle sorte que c'est souvent l'offensé qui succombe.
0 amour-propre stupide, sotte vanité et fol orgueil, quand donc serez-vous remplacés par la charité chrétienne, l'amour du prochain et l'humilité dont Christ a donné l'exemple et le précepte? Alors seulement disparaîtront ces préjugés monstrueux qui gouvernent encore les hommes, et que les lois sont impuissantes à réprimer, parce qu'il ne suffit pas d'interdire le mal et de prescrire le bien, il faut que le principe du bien et l'horreur du mal soient dans le cœur de l'homme. (Un Esprit protecteur. Bordeaux, 4861.)
14. Quelle opinion aura-t-on de moi, dites-vous souvent, si je refuse la réparation qui m'est demandée, ou si je n'en demande pas une à celui qui m'a offensé? Les fous, comme vous, les hommes arriérés vous blâmeront; mais ceux qui sont éclairés par le flambeau du progrès intellectuel et moral diront que vous agissez selon la véritable sagesse. Réfléchissez un peu; pour une parole souvent dite en l'air ou très inoffensive de la part d'un de vos frères, votre orgueil se trouve froissé, vous lui répondez d'une manière piquante, et de là une provocation. Avant d'arriver au moment décisif, vous demandez-vous si vous agissez en chrétien? quel compte vous devrez à la société si vous la privez d'un de ses membres? Pensez-vous au remords d'avoir enlevé à une femme son mari, à une mère son enfant, à des enfants leur père et leur soutien? Certainement celui qui a fait
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l'offense doit une réparation; mais n'est-il pas plus honorable pour lui de la donner spontanément en reconnaissant ses torts, que d'exposer la vie de celui qui a droit de se plaindre? Quant à l'offensé, je conviens que quelquefois on peut se trouver gravement atteint, soit dans sa personne, soit par rapport à ceux qui nous tiennent de près; l'amour-propre n'est plus seulement enjeu, le cœur est blessé, il souffre; mais outre qu'il est stupide déjouer sa vie contre un misérable capable, d'une infamie, est-ce que, celui-ci étant mort, l'affront, quel qu'il soit, n'existe plus? Le sang répandu ne donne-t-il pas plus de renommée à un fait qui, s'il est faux, doit tomber de lui-même, et qui, s'il est vrai, doit se cacher sous le silence? Il ne reste donc que la satisfaction de la vengeance assouvie; hélas î triste satisfaction qui souvent laisse dès cette vie de cuisants regrets. Et si c'est l'offensé qui succombe, où est la réparation?
Quand la charité sera la règle de conduite des hommes, ils conformeront leurs actes et leurs paroles à cette maxime : « Ne faites point aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît; » alors disparaîtront toutes les causes de dissensions, et avec elles celles des duels, et des guerres, qui sont les duels de. peuple à peuple. (François-Xavieiu Bordeaux, 4861 .)
45. L'homme du monde, l'homme heureux, qui, pour un mot blessant, une cause légère, joue sa vie qu'il tient de Dieu, joue la vie de son semblable qui n'appartient qu'à Dieu, celui-là est plus coupable cent fois que le misérable qui, poussé par la cupidité, par le besoin quelquefois , s'introduit dans une demeure pour y dérober ce au'il convoite, et tue ceux qui s'op-
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posent à son dessein. Ce dernier est presque toujours un homme sans éducation, n'ayant que des notions imparfaites du bien et du mal, tandis que le duelliste appartient presque toujours à la classe la plus éclairée; l'un tue brutalement, l'autre avec méthode et politesse, ce qui fait que la société l'excuse. J'ajoute même que le duelliste est infiniment plus coupable que le malheureux qui, cédant à un sentiment de vengeance, tue dans un moment d'exaspération. Le duelliste n'a point pour excuse l'entraînement de la passion, car entre l'insulte et la réparation il a toujours le temps de réfléchir; il agit donc froidement et de dessein prémédité; tout est calculé et étudié pour tuer plus sûrement son adversaire. Il est vrai qu'il expose aussi sa vie, et c'est là ce qui réhabilite le duel aux yeux du monde, parce qu'on y voit un acte de courage et un mépris de sa propre vie; mais y a-t-il du vrai courage quand on est sûr de soi? Le duel, reste des temps de barbarie où le droit du plus .fort faisait la loi, disparaîtra avec une plus saine appréciation du véritable point d'honneur, et à mesure que l'homme aura une foi plus vive en la vie future. (Augustin. Bordeaux, 4861.)
1 6. Remarque. — Les duels deviennent de plus en plus rares, et si l'on en voit encore de temps en temps de douloureux exemples, le nombre n'en est pas comparable à ce qu'il était autrefois. Jadis un homme ne sortait pas de chez lui sans prévoir une rencontre, aussi prenait-il toujours ses précautions en conséquence. Un signe caractéristique des mœurs du temps et des peuples est dans l'usage du port habituel, ostensible ou caché, des armes offensives et défensives ; l'abolition de cet usage témoigne de l'adoucissement des mœurs, et
il est curieux d'en suivre la gradation depuis l'époque où les chevaliers ne chevauchaient jamais que bardes de fer et armés de la lance, jusqu'au port d'une simple épée, devenue plutôt une parure et un accessoire du blason qu'une arme agressive. Un autre trait de mœurs, c'est que jadis les combats singuliers avaient lieu en pleine rue, devant la foule qui s'écartait pour laisser le champ libre, et qu'aujourd'hui on se cache; aujourd'hui la mort d'un homme est un événement, on s'en émeut; jadis on n'y faisait pas attention. Le Spiritisme emportera ces derniers vestiges de la barbarie, en inculquant aux hommes l'esprit de charité et de fraternité.