‹ L'évasion: comédie en trois actesChapitre 104 sur 113 · ACTE TROISIÈME l · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME l

mais combien elle t'a aimée. Les larmes qu'elle a versées à cause de toi, tu les ignoreras toujours» LUCIENNE, un peu radowie.

Pourquoi pleurait-elle à cause de moi ?

BERTRY

Parce qu'elle t'aimait et que ton avenir l'inquiétait. Son rêve, c'eût été de se sacrifier toute à toi. D'autres fois, elle se reprochait de t'avoir donné son nom dans le premier élan d'amour maternel, et elle en pleura souvent. {Peu à peu la voix de Bertry s'alière.) Lorsqu'elle sentit que la fin approchait, elle m'appela et me dit : « Il est bon que je meure, parce que je l'aurais gênée plus tard. »

LUCIENNE, émue.

Elle disait cela?

BERTRY

Je te ferai voir une lettre qu'elle m'écrivit à ce sujet... C'est elle qui me supplia de te reconnaître... Moi, je l'ai fait, Lucienne, pour elle et pour toi. {L'émotion Vempêche de parler un instant.) La feuille de papier de l'état civil où était inscrite la déclaration par laquelle tu devenais ma fille, je la lui apportai le jour même qui devait être son dernier jour... Elle eut encore la force de lire et sa figure, que la souffrance et la maladie avaient ravagée, redevint belle et calrae, et tout illuminée de joie ; deux larmes tombèren': du coin de ses yeux sur l'oreiller; elle me dit merci !... Elle me

dit merci, Lucienne, et elle passa... Tu vois comme elle t'aimait.

LUCIENNE, doucement, les mains jointes comme à elle-même.

Maman ! [Elle pleure en silence.)

BERTRY, sans regarder au ciel. Oh ! ma chérie ! Si elle pouvait t'entendre. {Un temps. Il la relève.) Dis-moi si tu trouves encore que j'ai eu tort ?

LUCIENNE

Je te demande pardon.

BERTRY

Si tu veux que je te pardonne tout à fait, tu te réconcilieras avec Jean.

LUCIENNE

Cela n'est pas possible. 'Jean l'a dit lui-même. Il y a des forces contre lesquelles on ne lutte pas.

BERTRY

Mais, je te connais bien, moi, je sais ce que tu es réellement; tu te trompes sur toi-même, Lucienne.

LUCIENNE

Non. J'ai trop lu les livres du docteur Bertry et je l'ai trop écouté pour ne savoir à quoi m'en f^nir... Je suis une savante, vois-tu ! Et puis... je crois bien que je n'ai jamais aimé que Paul de Maucour. C'est lui que j'aurais dû épouser.

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