ACTE TROISIEME
Ce que je voudrais, mon amie, ce serait vous emporter d^ns mes bras, très loin, loin de ceux que nous connaissons, dans un pays perdu, ignoré, vous donner toute ma vie, en échange de toute la vôtre.
LUCIENNE
Vous feriez cela?
PAUL
Je voudrais pouvoir le faire.
LUCIENNE
... Ce qui vous en empêche, c'est ?...
PAUL
Songez, ma chérie, aux douleurs que nous laisserions derrière nous... Je ne parle pas seulement de mes parents, mais des vôtres, d'Alice, de votre mari; je me demande si nous avons le droit de prendre un bonheur qui serait fait avec la souffrance de tant de gens qui ne nous ont causé aucun mal et pour lesquels notre fuite serait un affreux déchirement. Non. Aimons-nous, mais sans trop d'égoïsme.
LUCIENNE
Alors,
PAUL
Ne trouvez- vous pas que j'aie raison?
LUCIENNE
Si, si.
i68 l'évasion
Oh ! il m'en coûte assez, allez ! de renoncer à ca bonheur parfait, à cet abandon absolu... impossible, hélas!...
LUCIENNE
Impossible !
PAUL
J'ai cherché autre chose. Voici ce que j'ai trouvé,
LUCIENNE
Ah 1 Voyons 1
PAUL
Nous nous arrangerons quelque part à Paris, dans un quartier paisible, un petit nid perdu dans le feuillage et sous les fleurs... Ce sera chez nous... Nous nous y rencontrerons le plus souvent que nous pourrons... Et ce mystère, auquel nous serons contraints, sera une source de joies... Nous serons seuls à savoir que nous nous aimons. {Lucienne se lève.) N'est-ce pas, Lucienne, que nous serons très heureux ?
LUCIENNE
Peut-être... Avez-vous songé à quels mensonges incessants nous serions condamnés ?. ..
PAUL, debout.
Certes, et je le déplore autant que vous.
LUCIENNE
Cela tie serait rien ; il paraît que l'on s'y fait.