‹ L'évasion: comédie en trois actesChapitre 108 sur 113 · ACTE TROISIEME I7I · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME I7I

Laissez-moi vous regarder... (Elle se lève, il la retient ) Jamais vous n'avez été aussi belle... {Très bas et la prenant par la taille.) Tu seras la maîtresse la plus adorable... (Lucienne le regarde longuement.)

LUCIENNE

Lâche ! Vous êtes un lâche, je vous dis ! A la fin, tout cela me blesse, me révolte, et je ne puis me contenir plus longtemps! (Tout à fait exaltée.) Ah! les choses, les ignobles choses que vous avez osé me proposer! Me réconcilier avec Jean, vous réconcilier vousmême avec lui, votre ami, et lui voler sa femme... C'était cela que vous désiriez ! L'adultère qui peut s'excuser peut-être, celui qui lie jusqu'à la mort deux malheureux qui s'enfuient, vous n'en vouliez pas... Ce qu'il vous fallait, c'était l'intrigue banale, avec tous ses mensonges et ses hypocrisies... Eh bien, cherchez autre part... J'ai beau m'y appliquer de toutes mes forces, je ne peux pas... Je ne peux pas jouer ce rôlelà!... J'ai essayé... oui... Au reçu de votre lettre, je suis allée à votre rendez-vous... Je suis arrivée devant cette maison où vous m'attendiez, et tout d'un coup, j'ai eu la vision complète de l'abjection où j'allais me jeter... Je suis remontée dans le fiacre qui m'avait amené?, je suis revenue ici, et grâce à Dieu, si je connais la bassesse des mensonges d'avant le départ, j'ignore au moins la honte du retour.

PAUL

Alors, vous ne m'aimez pas?

LUCIENNE

Il faut bien croire que non, puisque, sous votre tutoiement, tout mon être s'est instinctivement révolté comme sous une souillure.

Et vous ne croyez pas à mon amour ?

LUCIENNE

Votre amour! Il m'écœure! Il m'écœure, votre amour fait de mensonges, de lâchetés, de saletés! Cet amour-là, je le reconnais : c'est un hommage dont j'ai été injuriée par d'autres, depuis longtemps déjà... Je l'ai vu souvent, trop souvent, grâce aux promiscuités du bal, luire dans les yeux des hommes, et c'est le même que je viens de voir briller dans les vôtres... PAUL, animé, allant vers elle.

Lucienne !

LUCIENNE

Oui. c'est le même, car vous vous ressemblez tous, et c'est toujours la même bouche crispée, les mêmes mains tremblantes, la même hypocrisie frôleuse, le même désir bestial et insultant!.. Ah! si chaque femme, si chaque jeune fille même, osait dire les ignominies dont on a voulu la rendre complice, osait répéter les inexprimables propositions qui lui ont été faites pâf des amis, par des jeunes, par des vieux, par des hommes

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