‹ L'évasion: comédie en trois actesChapitre 47 sur 113 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

pas à son désœuvrement, mais bien à sa destinée, et qu'alors, se croyant condamnée par avance, elle ne: se défende pas, elle ne réagisse pas comme toute autre honnête femme le ferait à sa place. Et si jamais elle était vaincue, ce sont les idées maudites que tu lui as mises dans la tête qui en seraient la cause et non pas son hérédité!

LE DOCTEUR

Oh ! je voudrais avoir tort ; malheureusement tu verras que les événements me donneront raison... Moi, je ne le verrai pas I

Comment cela?

LE DOCTEUR

Je n'ai plus longtemps à vivre.

M. BERTRY

Allons !... Je croyais que tu allais mieux...

LE DOCTEUR

Le mal revient et progresse toutes les nuits.

M. BERTRY

Qu'est-ce que tu éprouves?

LE DOCTEUR

Tout à coup, sans aucun prodrome, je ressens une douleur atroce au cœur, une angoisse folle. La sensation de la mort immédiatement prochaine. Ces symptomes me feraient croire à une maladie classée, connue .

mais d'autres me déroutent complètement. La crise finie, je tombe dans une dépression physique et morale extraordinaire, puis, lorsque la circulation s'est rétablie, je redeviens le même qu'avant l'alerte, avec toute ma volonté, toute mon intelligence...

M. BERTRY

Qu'est-ce que tu fais?

LE DOCTEUR

Rien... Si j'osais je consulterais Richon.

Pourquoi pas?

LE DOCTEUR

Il croirait que je me moque de lui. Et puis, ne parlons pas de cela ; rien ne m'irrite comme d'y penser. Un médecin ne doit pas être malade. Les clients sont si égoïstes et si bêtes qu'ils n'ont plus confiance en nous lorsqu'ils ne nous croient plus en bonne santé. Ils ont envie de nous crier : « Guéris-toi toi-même, guérisseur ! » Avec une logique absurde, ils pensent que si nous ne savons pas nous soulager, c'est que nous sommes des ignorants. J'en ai un ici, à Ebreville, qui est atteint de la même maladie que moi... Il en a eu l'intuition, il l'a deviné je ne sais comment. Mon cher, tu ne peux pas t'imaginer avec quelle férocité il me demande de mes nouvelles. Il m'observe avec une attention folle ; il cherche à deviner sur mon visage si je vais

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