ACTE DEUXIÈME
quoi, l'autre jour, j'ai entendu M. de Grandpré cHer le proverbe : « Telle mère, telle fille. »
JEAN
Tais-toi donc, tu te fais des idées 1
LUCIENNE
Non... Cela m'a rappelé les paroles de mon oncle.
JEAN
Allons, allons ! Puisqu'ils ne viennent pas, j'en profiterai pour aller à Rouen, voir une moissonneuselieuse dont on m'a parlé.
LUCIENNE
Tu devrais te reposer.
JEAN
Me reposer ! Mais c'est en m'occupant que je me repose ! — Vois-tu, quand on veut toucher à la culture, on n'a pas une minute à soi... Et c'est si bon, d'être affairé, de se sentir vivre... On est heureux, oc a faim... Ah ! voilà Rosalie ! [Entre Rosalie portant un hol de soupe.) Tiens, regarde si c'est appétissant... Et ça sent bon 1
ROSALIE
Monsieur mange avec un cœur... [Un temps.) Quand on est bien fatigué, on met une demi-bouteille de vin là-dedans... Je ne vous disque ça!... Du bon vin, par exemple 1 {Jean et Lucienne rient.) Monsieur n'en veut pas?
JSAN
Non, Rosalie, merci. (Rosalie sort.)
ROSALIE, en sortant, à part.
C'est ennuyeux. J'avais pourtant besoin d'aller à la cave, moi.
LUCIENNE, le regardant amicalement.
Tu as plaisir, à manger cela ?
JEAN
Dame, J'ai faim, moi I Sais-tu ce que j'ai fait, ce matin?... J'ai été d'abord, à pied, au Fonds-de-Chaux, puis, chez Carpentier, à l'Alouette, puis, de là, je suis revenu par la route jusqu'à Sanville : de Sanville aux Quatre-Chemins ; rentré ici à neuf heures, j'ai reçu mes fermiers. C'est la Saint-Michel, aujourd'hui... Tu ne le savais pas, toi ?
LUCIENNE
J'ignorais... les journaux de Paris ne sont pas arrivés?
Non, mais il y a, sur ma table, la « Vigie de Dieppe », le « Progrès Agricole... »
LUCIENNE
Merci... Est-il bien nécessaire que tu fasses toimême toutes ces courses?
JEAN
Je le crois bien ! Et puis, j'adore ça !...