ACTE DEUXIÈME l3l
pas, ne in'accable pas... J'ai été légère, peut-être; je t'en demande pardon... Ce pardon, donne-le-moi sans insister davantage. Aide-moi, Jean, je t'en prie, secours-moi. Je suis dans une crise, je ne sais pas où je vais, je ne sais où je serai demain. Tu peux encore me sauver, nous sauver... Aide-moi!...
JEAN
Tu as peur de toi-même ! Tu avoues ! Tu vois bien que tu avoues !
LUCIENNE
Oui, c'est vrai, j'ai peur de moi-même...
JEAN
Mais, tu ne comprends pas que ce serait ta seule excuse, de l'aimer ! Si tu ne l'aimais pas, quelle femme serais-tu donc?
LUCIENNE
Mon ami, mon mari, mon Jean I par pitié ! par pitié I
Va-t'en 1 va-t'en! tout est brisé! tout est fini! Ah! le beau rêve... le beau rêve disparu... Je me retrouve le malheureux que j'étais avant de t'épouser... T'épouser! J'avais cru que je pourrais, à force d'amour, te modifier, faire de toi l'épouse fidèle et respectée ; j'avais cru que je pourrais élever ton cœur au-dessus des coquetteries mondaines, et tu t'étais engagée envers moi à m'aider dans cette tâche bénie I Au lieu de
i32 l'évasion
cela, si le hasard ne m'avait pas fait découvrir votre intrigue dès le début, vous l'auriez poursuivie dans le mensonge, me donnant, toi, tes baisers,» mi, ses poignées demain. Oui, vous m' auriezlâcheraent trompé!... Et quand vous auriez été rassasiés de caresses, comme vous auriez ri de moi tous les deux !
LUCIENNE, avec des cris.
Assez, Jean! assez! c'est faux! c'est faux! Jet'aimel aie pitié de moi, je t'aime!
JEAN
Ah! oui, vous auriez ri! Vous n'auriez pas été les seuls, et je sais bien ce qu'on aurait dit... ^LUCIENNE, lui prenant les mains.
Quoi?
JEAN, les yeux dans les yeux.
Que je devais bien m'y attendre!
LUCIENNE, étoujffant un cri.
A.h\... (Froidement.) C'est fini maintenant! Le mot irréparable, tu l'as prononcé, et tu viens de tuer notre amour !
JEAN, avec la plus grande douleur.
Non, Lucienne! non, ma femme ! non! oublie! oublie ce que je t'ai dit ! Je te demande pardon ! Tu sais bien qu'il faut me pardonner... tu sais bien le pauvre homme que je suis, et comme j'ai souffert pendant toute