‹ L'évasion, drame en un acte, en proseChapitre 8 sur 18 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE PETIT PÈRE MATHIEU

Eh ben!... des nouveaux mariés, ça cause! ça fait des projets avant de se coucher!... Tu comprends, tu te caches par là et tu écoutes. Forcément tu verras bien à peu près où c'qu'il a mis le magot, et, alors!... — Ils seront bien sages, va ! (A part.) D'autant mieu.x qu'en aidant à servir le dîner de noce, j'ai laissé tomber dans leurs verres quelques gouttes de ceci... (Il montre une fiole.) Encore un cadeau du Prélat !

Des nouveaux mariés qui dorment! C'te bonne farce! Ça leur prendra de s'assoupir toutd'un coup, et paf!... Pagnol fera le reste avec son gros pouce.

PAGNOL, très bas.

Supposons que j'aie fait le coup.

LE PETIT PÈRE MATHIEU, de même, à part.

Ça ira tout seul, et je n'ai pas besoin de lui expliquer la chose : ça entraîne... comment donc qu'ils disent ? La complicité de meurtre! Pas de bêtise. On ne sait pas ce qui peut arriver.

PAGNOL, le regardant.

A quoi donc tu penses là tout seul ?

LE PETIT PÈRE MATHIEU

A la façon dont tu fileras!... Voici. Là, c'est Ig, chambre de la mère Yvonne. Je lui ai offert une prise bien des fois, histoire de causer, tu comprends. Enfin, j'ai vu venir la chose de longueur. Et si je t'ai fait évader juste à point, c'est pour éviter le temps perdu. Je te réponds que j'suis pas ungnian.

PAGNOL.

Bon! Bon!... Après?... On le sait bon qu'tés pas un gnian.

LE PETIT PERE MATHIEU

Une fois l'affaire faite, tu entreras là, chez la vieille : si elle se réveillait... Ah! tu sais, mon bon Pagnol,- — faut pas de bruit !

PAGXOL.

Gn'y aura pas de bruit.

LE PETIT PÈRE MATHIEU, très soriibre.

Tu es vraiment gentil, mon petit Pagnol... Une fois dans sa chambre est-ce pas?... ben, tu pousses la porte du fond. Tu vois devant toi l'escalier de service. Tu descends, tu arrives devant la cave, tu entres; c'est ouvert ce soir. Dans la cave, tu vois un soupirail qui donne sur la campagne. En dehors je serai à faire le guet et à t'attendre. Tu n'as qu'à me faire « psitt! s je te jette une corde; tu gTimpes ; dix minutes après nous" sommes dans ma cahute. Nous partageons. Vingt mille pour moi, vingt mille pour toi. Je te cache dans le souterrain de Bordier^ et, après du temps, au large! lu es riche, tu es libre!... C'est clair comme l'eau de roche.

PAGNOL.

J'pourraipas passer par un soupirail de cave.

LE PETIT PÈRE MATHIEU

Si, mon amour. J'ai descellé deux grosses pierres ; si nous avons le temps, nous les replacerons ; — avec de la terre glaise. Comme ça, on ne pourra jamais savoir comment ni par où tu as pu filer.

PAGNOL.

Pourquoi pas la fenêtre ? Caserait plus vite fait...

S.:ÉNE DEUXIEME 9

LE PETIT PÈRE MATHIEU

Minute. DisLingo!... Je ne veux pas que dans une heure ou deux, quand le bal finira et qu'il y aura des passants de ce côté, je ne veux pas qu'on puisse me voir dans ce jardin-là, moi. (A part.) Et je vas commencer par me procurer un alibi. On ne sait pas ce qui peut arriver. (Haut.) Dans trois quarts d'heure, je serai au soupirail. Là, c'est un chemin désert, extérieur, allant vers le port, longeant un petit bois, et où je peux passer tout naturellement ! Et puis, c'est le plus sûr et le plus court.

PAGXOL, presque à lui-même.

Il ne pourrait les avoir mis que dans le secrétaire ?

LE PETIT PÈRE MATHIEU, le regardant.

C'est probable. Mais c"est égal! Faut voir... faut savoir, faut, écouter ! Enfin, du toupet, du nez et de la poigne! Toute la vie est là. Je vois qu't'as saisi l'alfaire. Compte sur un vieux zig qui tient ce qu'il promet. (11 enjambe le balcon.) A tout à l'heure, au soupirail.

11 disparaît.

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