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SCHÉMA DE LA YIE ANIMALE

muscles locomoteurs, en ce sens que ceux-ci commencent par dépenser sans compter, consommant ainsi du glycogène, appauvrissant de glycose le sang, et déterminant finalement le foie, qui aura dû déverser dans le sang appauvri une partie de sa réserve de glycogène, à en fabriquer de nouveau. C’est donc bien, en somme, du système sensori-moteur que tout part, c’est sur lui que tout converge, et l’on peut dire, sans métaphore, que le reste de l’organisme est à son service.

Ou’on réfléchisse encore à ce qui se passe dans le jeûne prolongé. C’est un fait remarquable que, chez des animaux morts de faim, on trouve le cerveau à peu près intact, alors que les autres organes ont perdu une partie plus ou moins grande de leur poids et que leurs cellules ont subi des altérations profondes1. Il semble que le reste du corps ait soutenu le système nerveux jusqu’à la dernière extrémité, se traitant lui-même comme un simple moyen dont celui-ci serait la fin.

En résumé, si l’on convient, pour abréger, d’appeler « système sensori-moteur » le système nerveux cérébrospinal avec, en plus, les appareils sensoriels en lesquels il se prolonge et les muscles locomoteurs qu’il gouverne, on pourra dire qu’un organisme supérieur est essentiellement constitué par un système sensori-moteur installé sur des appareils de digestion, de respiration, de circulation, de sécrétion, etc., qui ont pour rôle de le réparer, de le nettoyer, de le protéger, de lui créer un milieu intérieur constant, enfin et surtout de lui passer de

i. De Manacéine, Quelques observations expérimentales sur l’injluence de l'insomnie absolue ( Arch . ital. de biologie , t. XXI, i8g4, p. 322 et suiv.). Récemment, des observations analogues ont été faites sur un homme mort d’inanition après un jeûne de 35 jours. Voir, à ce sujet, dans Y Année biologique de 1898, p. 338, le résumé d’un travail (en russe) de Tarakevitcli et Stchasny.

l’énergie potentielle à convertir en mouvement de locomotion1. Il est vrai que, plus la fonction nerveuse se perfectionne, plus les fonctions destinées à la soutenir ont à se développer et deviennent par conséquent exigeantes pour elles-mêmes. A mesure que l’activité nerveuse a émergé de la masse protoplasmique où elle était noyée, elle a du appeler autour d’elle des activités de tout genre sur lesquelles s’appuyer : celles-ci ne pouvaient se développer que sur d’autres activités, qui en impliquaient d’autres encore, indéfiniment. C’est ainsi que la complication de fonctionnement des organismes supérieurs va à l’infini. L’étude d’un de ces organismes nous fait donc tourner dans un cercle, comme si tout y servait de moyen à tout. Ce cercle n’en a pas moins un centre, qui est le système d’éléments nerveux tendus entre les organes sensoriels et l’appareil de locomotion.

Nous ne nous appesantirons pas ici sur un point que nous avons longuement traité dans un travail antérieur. Rappelons seulement que le progrès du système nerveux s’est effectué, tout à la fois, dans le sens d’une adaptation plus précise des mouvements et dans celui d’une plus grande latitude laissée à l’être vivant pour choisir entre eux. Ces deux tendances peuvent paraître antagonistes, et elles le sont en elïet. Une chaîne nerveuse, même sous sa forme la plus rudimentaire, arrive cependant à les

ï. Cuvier disait déjà : « Le système nerveux est, au fond, tout l’animal ; les autres systèmes ne sont là que pour le servir » ( Sur un nouveau rapprochement à établir entre les classes qui composent le régne animal. Archives du Muséum d’histoire naturelle, Paris, 1812, p. 73-84). Il faudrait naturellement apporter à cette formule une foule de restrictions, tenir compte, par exemple, des cas de dégradation et de régression où le système nerveux passe à l’arrièreplan. Et surtout il faut joindre au système nerveux les appareils sensoriels d’un côté, moteurs de l’autre, entre lesquels il sert d’intermédiaire. Cf. Foster, art. Physioloqy de Y Encyclopacdia Britannica, Edinburgh, 1 885 , P- ll-

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