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L’ÉCOLE DENTAIRE EN HOLLANDE

Il n’existe en Hollande qu’une école dentaire : « l’Institut dentaire de l’Université d’Utrecht. »

Dans les autres pays d’Europe, il n’existe ni Écoles Dentaires ni cours de dentisterie dans les Universités.

Nous terminerons donc ici l’étude que nous nous proposons de faire de l’enseignement dentaire et des établissements dans lesquels il est donné à l’étranger, en signalant la tentative faite en ce moment en Belgique à la suite du congrès pour la création d’une École Dentaire.

RÉSUMÉ

Fauchard, dans la première édition de son ouvrage « le Chirurgien-Dentiste », déplore qu’il n’existe « ni cours publics, ni cours particuliers de chirurgie où la théorie des ma-

ladies des dents soit amplement enseignée et où l’on puisse s’instruire à fond de la pratique de cet art (1). »

Un des premiers magistrats de Venise, un peu plus tard, dans un document adressé au collège de Padoue, fait, en termes analogues, la même observation. Il ajoute qu’il serait également utile d’établir « une école spéciale »,

Ils seraienttousles deux satisfaits, en parcourant le tableau des 100 écoles dentaires du monde, qui existent aujourd’hui, en voyant le personnel scolaire nombreux qui suit leurs cours.

Nous avons tâché, dans ce chapitre, de donner un aperçu du développement des écoles dentaires dans le monde entier, et particulièrement de l’École Dentaire de Paris. Malgré les renseignements divers que nous avons puisés auprès de nos confrères venus à Paris au moment du congrès, le travail ne peut être considéré comme complet, le cadre que nous nous sommes tracé nous oblige à nous limiter à donner surtout une vue d’ensemble.

Il nous reste, après cette étude historique de l’évolution du chirurgien-dentiste et des Écoles Dentaires, à définir la science et l’art odontologiques, non tels qu’on peut désirer qu’ils soient d’après des vues de l’esprit à priori, mais tels qu’ils se sont constitués à travers les âges,suivant les besoins des civilisations.

Nous l’avons vu, dans l’antiquité, au moyen âge, dans les temps modernes et jusqu’à notre siècle, le chirurgien-dentiste a toujours existé avec la même fonction. Les limites de son domaine ont peu varié. Il a dans tous les temps, suivant la définition de Fauchard, nettoyé, limé, obturé, extrait et remplacé les dents de ses contemporains. Ces diverses opérations se sont exécutées avec des instruments et par des

(1) Lemeble, loe, cit., p. 82.

procédés plus ou moins simples^ plus ou moins complexes, mais les opérations elles-mêmes ont peu varié.

Ces opérations ont de tout temps été méconnues par les médecins et abandonnées par eux aux spécialistes.

Ainsi cette situation particulière,déjà créée par le public, confirmée par les hommes de science de tous les temps, l’a été également par les lois de tous les pays.

Les revendications formulées par un petit groupe de médecins sont récentes. Elles se sont produites seulement de 1803 à 1892. Elles sont exceptionnelles et transitoires et tiennent purement et simplement aux conditions particulières de rédaction de la loi du 19 ventôse an XI qui, par son silence, a placé les médecins exerçant l’art dentaire dans l’alternative ou d’accepter pour leurs confrères non diplômés la liberté d’exercice qui leur était refusée,ou d’exprimer bruyamment une protestation pour ne pas être confondus avec les charlatans qui exerçaient la même profession et dont ils n’avaient pas d’autre moyen de se désolidariser.

Mais la loi de 1892 ayant créé à nouveau une situation légale spéciale aux chirurgiens-dentistes, cette revendication médicale est appelée à disparaître.

Tout concourt donc à confirmer la situation spéciale du chirurgien-dentiste et de l’art et de la science odontologiques au milieu des sciences médicales et mécaniques.

Il résulte donc de l’ensemhle de cette étude que la définition qui semble historiquement et sociologiquement être jusqu’à ce jour la plus rapprochée de la vérité est la formule que nous exprimions au congrès et par laquelle nous terminerons cette première partie :

« Le dentiste est un peu comme une sentinelle à la porte de la citadelle humaine, il concourt à sa défense avec les médecins et les chirurgiens ; souvent même c’est lui qui pousse le premier cri d’alarme, avertissant que l’organisme

tout entier est en danger. Il protège la région dont il a la garde contre la maladie, et lorsqu’elle est détruite, il larestaure, il la reconstitue au point d’en rétablir à peu près la fonction physiologique qu’on croyait perdue.

« C’est justement le caractère particulierdecetteintervention qui lui crée, quoi qu’on fasse, une situation à part parmi ceux qui s’occupent de la conservation de l’être humain. De sorte qu’on peut dire que l’odontologie est, parmi les sciences médicales, la plus distincte, la plus spéciale, la plus autonome. »

LES ÉCOLES DENTAIRES FRANÇAISES L’Ecole Dentaire de Paris

La première École Dentaire créée en France est l’École dentaire de Paris, fondée à la suite d’une délibération du Cercle des dentistes de Paris, en date du 19 mai 1880, délibération provoquée par une proposition et un projet que nous eûmes l’honneur de présenter à cette Société le 4 décembre 1879 (1).

Avant de passer en revue l’histoire de cette École et de son développement pendant les 20 années qui ont suivi sa fondation, nous devons quelques explications préliminaires sur le mouvement de réforme qui l’a provoquée.

Nous avons vu déjà la décision de la Cour de cassation et l’arrêt rendu le 26 juin 18i6 par la cour d’Amiens dans le procès intenté par la Société de chirurgie dentaire à 4 dentistes non diplômés, arrêt décidant que la loi du i9 ventôse an XI sur la médecine ré était pas applicable aux dentistes.

(l) Voir aus; annexes : Projet de fondation d’une Ecole professionnelle de chirurgie et de prothèse dentaires à Paris, par Ch. Godon, en 1879.

Cet arrêt fixa définitivement à cette époque la jurisprudence en cette matière et les dentistes ont pu depuis lors exercer leur art librement sous l’empire du droit commun jusqu’en 1892, sans autres contestations judiciaires de la part des médecins-dentistes.

Il ne restait plus qu’un moyen, pour ces derniers, d’avoir satisfaction, c’était d’obtenir une nouvelle loi sur la médecine réglementant en termes précis l’exercice de l’art dentaire.

Dès 1847, à leur instigation, produite sous forme de pétition, le gouvernement présenta à la Chambre des pairs un projet de réglementation qui fut adopté (projet Salvandy). Mais survint la révolution de 1848, avant que la loi fût discutée et votée par l’autre Chambre.

Ce projet ne fut pas repris sous les législations suivantes et il ne fut plus question de réglementation pendant plus de 30 ans, officiellement du moins.

« C’est en 1880 seulement qu’un nouveau projet de loi, dû à l’initiative du gouvernement, fut déposé devant les Chambres. Trois ans plus tard, un autre projet émanant de l’initiative parlementaire fut également présenté. Ces deux projets furent joints. Ils avaient pour but de remanier la loi de ventôse an XI sur l’exercice de la médecine et contenaient accessoirement des dispositions relatives aux dentistes. Plusieurs législatures se succédèrent sans que la discussion de ces projets eut lieu devant les Chambres autrement que devant les commissions législatives. En 1887, un rapport fut déposé, mais les dispositions relatives aux dentistes avaient été abandonnées à la suite de protestations des délégués de l’École Dentaire de Paris et de l’Association générale des dentistes de France (1). Ce n’est qu’en 1889 que le projet intégral fut repris, déclaré d’urgence et soumis à la Chambre des députés, puis au Sénat en 1890; enfin, après plusieurs

(1) Voir VOndontologle, 1897.

renvois successifs, il devint la loi du 30 novembre 1892, que nous avons étudiée autre part dans celles de ses dispositions qui ont trait aux chirurgiens-dentistes (1).

L’élaboration de cette loi est trop récente pour que l’on ait perdu le souvenir du mouvement d’opinion qu’elle a fait naître chez les dentistes; nous la résumerons pourtant, quoique brièvement, d’autant plus que l'histoire des écoles françaises y est intimement liée. Quant aux raisons d’ordre législatif ou professionnel qui pouvaient contribuer au rejet du projet de loi nous les avons exposées et examinées longuement dans des brochures auxquelles nous renvoyons (2).

Donc avant 1880 les dentistes exerçant |en France se divisaient en 3 classes. La D® classe comprenait les praticiens qui s’étaient formés par Y apprentissage de la prothèse au laboratoire, et de la dentisterie au cabinet d’un dentiste, tel que nous l’avons indiqué déjà.

A côté de ces praticiens, il existait un autre groupe plus restreint de dentistes, formé de médecins qui n’avaient pour la plupart abordé la pratique de la profession dentaire qu’après quelques années de pratique médicale, et, le plus souvent, sans autre apprentissage spécial que celui que l’on fait sur la clientèle.

Un groupe de médecins-dentistes se composait aussi d’anciens mécaniciens-dentistes qui avaient obtenu par des mesures transitoires, au moment où une réglementation paraissait probable, vers 1835 et 1845, le titre d’officiers de santé.

Un 3“® groupe comprenait les diplômés des écoles étrangères, pour la plupart Anglais ou Américains.

Nous ne parlerons pas de ceux qui exerçaient la profession dentaire sans apprentissage ni titre d’aucune sorte et qui, à défaut de savoir, montraient beaucoup de savoir-faire.

(1) Voir Roger et Godon, Code du Chirurgien-Dentiste.

(2) Godon, l’Exercice de l’Art dentaire doit-il rester libre en France, 1891. Lettre àJVl. Monod, 1892.

C’est chez eux que se recrutait surtout la cohorte bruyante du charlatanisme qui a tant nui à la considération publique des dentistes et a servi chaque fois de prétexte aux divers projets ou pétitions tendant à l’intervention des pouvoirs publics pour la réglementation des conditions d’exercice.

Une certaine animosité régnait, sinon entre tous les dentistes, du moins entre les diverses fractions du corps professionnel. Les tentatives de groupement faites dans le cours du siècle avaient toujours échoué par suite des différences d’origine que nous venons de signaler. Comme nous l’avons déjà vu, des polémiques, des procès même avaient accentué les divisions sous le règne de Louis-Philippe. Aces divisions, avait succédé une période de pétitions le plus souvent individuelles en vue d’une réforme professionnelle que chacun sentait nécessaire, mais sur laquelle chacun différait. Les idées à ce sujet étaient du reste assez confuses. Etaient-ce les conditions d’exercice ou d’enseignement qu’il fallait d’abord modifier ?

Les Américains et les Anglais, comme on l’a vu, esprits pratiques, avaient d’abord commencé par réformer l’enseignement, en créant des Écoles Dentaires. Les succès de clientèle qu’obtenaient les diplômés de leurs Écoles, et qui s’étaient propagés jusqu’en France, montraient aux dentistes français, à leurs dépens, combien ils avaient raison.

Mais ces réformes s’étaient opérées par Vinitiative privée des dentistes et leur esprit d’association et de solidarité, et ces deux qualités étaient celles qui ont fait le plus défaut aux Français d’avant 1870 et en particulier aux dentistes. Ceuxci, plus que tous, manquaient d’initiative ou plutôt ils manquaient d’esprit d’entreprise, qui fait défaut à nos compatriotes. Ils avaient l’habitude de tout attendre du gouverne-

(1) Voir Aüdibran, l’Art du dentiste, et Delmond, Quelques réflexions sur la guerre des dentistes, 1846.

Godon 10

ment et c’est pourquoi aussi, contrairement aux Américains et aux Anglais, ils s’étaient obstinés à commencer par la réforme des conditions d’exercice, peut-être parce que leur intervention se bornait à l’envoi de pétitions variées qui allaient s’enfouir dans les cartons ministériels avec des avis plus ou moins favorables et dont leurs divisions ne devaient guère hâter le succès (1).

Du reste, le texte de ces pétitions, très différent suivant qu’il émanait d’une personnalité appartenant à l’un ou à l’autre des groupes professionnels, reproduisait bien le principal objet de leurs divisions qui a persisté aux réformes, quoique moins vif, et que l’on retrouve encore de nos jours; il continue à mettre en présence chaque fois : l’élément technique, et l’élément médical, chacun aA^ec des solutions différentes sur toutes les questions relatives à la profession.

Les médecins-dentistes considéraient que c’était par suite d’un oubli que les législateurs de l’an XI n’avaient pas compris l’art dentaire dans la loi médicale. Après avoir sans succès essayé de faire combler cette lacune par une interprétation, à leur profit, de la loi par les tribunaux (2), ils en réclamaient la réparation, d’une nouvelle loi sur la médecine : Vobligation du Doctorat en médecine pour tous les dentistes avec la création d’une chaire d’odontologie dans les Facultés constituait pour eux toute la réforme nécessaire, exercice et enseignement.

Quoique ce projet émanât d’une minorité du corps professionnel, les Facultés étaient plutôt favorables à l’esprit encyclopédique dont nous avons déjà parlé parce qu’il leur semblait plus conforme à l’esprit universitaire, peut-être un peu par un esprit de corps bien compréhensible; les médecinsdentistes n’étaient-ils pas leurs anciens élèves?

(1) Voir : Procès des dentistes.

(2) Voir : Pétition des dentistes en 1865.

Les praticiens étaient, d’une manière générale, opposés à ce projet, parce qu’il constituait une véritable absorption de leur profession par la profession médicale, situation dont ils sentaient tous les inconvénients : pour l’avenir de la technique dentaire, jusque-là méconnue par la Faculté; pour l’intérêt général du public; et enfin par le désir de conserver à la science odontologique le caractère de spécialisation, d’autonomie que les événements et les usages lui avaient petit à petit constitué. Depuis longtemps déjà ils réclamaient eux aussi des modifications dans les conditions d’exercice, c’était un titre spécial qu’ils voulaient : soit celui d’expert-dentiste, comme l’avait créé l’édit royal de 1768, ou de chirurgiendentiste, afin de se défendre contre l’entrée trop facile de la profession, ce qui, selon eux, favorisait le développement du charlatanisme.

Mais s’ils étaient supérieurs en nombre, ils étaient inférieurs dans l’art de faire valoir leurs revendications : le fouloir et l’excavateur leur étaient le plus souvent plus familiers que la plume. Les clameurs des dentistes et leurs pétitions réitérées avaient pourtant fini par mettre en mouvement, mais bien lentement, l’initiative gouvernementale ainsi que le témoignent le projet Salvaxdy en 1847, et, plus tard, le projet Gréard, en 1877, tous les deux conformes dans leur esprit aux réclamations des médecins-dentistes.

Sous l’impulsion des lois libérales de la République, l’esprit d’initiative privée, d’association, de solidarité, s’était réveillé en France. Un important mouvement d’organisation professionnelle se développait dans toutes les branches du travail national et faisait bientôt sentir son influence bienfaisante et réformatrice jusque dans la profession dentaire.

Pendant que le petit nombre de fidèles que M. Magitot avait groupés autour de lui, sous le nom de stomatologistes^ se tenait dans une immobilité dédaigneuse, attendant tout sim-

plement la suppression des dentistes par l’extension à l’art dentaire de la loi sur la médecine, deux sociétés s’étaient enfin constituées : la première, la Société syndicale odontologique de France réussissait à grouper pour la première fois, sans faire de distinctions, les praticiens divers composant la profession, pourvu qu’ils fussent patentés et qu’ils exerçassent honorablement (1).

La première réunion eut lieu le 7 février 1879, dans le local de l’Union nationale des chambres syndicales, rue de Lancry, pour choisir 15 membres, devant former \a.chambre syndicale de l’art dentaire.

k. l’Assemblée générale du 29 avril 1879, le règlement fut adopté et la Société syndicale odontologique de France fut définitivement constituée avec le D'' Andrieu comme président (2).

Toujours sous la même obsession de protection contre le recrutement professionnel et contre le charlatanisme, la chambre syndicale présenta à l’Assemblée générale de 1880, qui l’adopta, un projet de réglementation de la profession qui fut adressé sous forme de pétition au Ministre de l’Instruction publique (3).

Ce projet de réglementation, assez restrictif en ce qui concernait les jeunes dentistes, se distinguait du projet des stomatologistes et des pétitions des médecins-dentistes de 1846 par la demande d’un titre et d’études spéciales, mais il contenait certaines clauses assez restrictives au sujet de la rétroactivité (4).

Aussi une autre Société « le Cercle des dentistes de Paris »,

(1) L’origine etle titre de cette nouvelle Société montraient bien que sa création était due à la renaissance du mouvement syndical des diverses professions à cette époque.

(2) Voir Gazette odontologique, 1879, et Annuaire général des dentistes, 1883-1884, p. 23.

(3) Voir page 50 de Y Annuaire 1883-84.

(4) Voir projet Andrieu.

s’était-elle aussitôt formée (1), pour défendre la liberté professionnelle et les jeunes dentistes menacés par le projet de réglementation de la chambre syndicale. Cette deuxième société fut fondée au mois d’avril 1879 par un comité d’initiative composé de cinq jeunes dentistes, alors employés en qualité d’assistants opérateurs ou mécaniciens (2).'

La première réunion eut lieu le 8 avril, dans une salle d’un petit café de la rue Drouot; le 29 mai, la Société était régulièrement constituée avec M. A. Glaser comme président.

Cette nouvelle société, à la fondation et au développement de laquelle nous sommes fier d’avoir pris part, car elle est le berceau de toutes les œuvres qui ont transformé l’art dentaire en France depuis 20 ans, adressa à son tour, au nom de ses llo membres, une protestation aux pouvoirs publics contre la Pétition de la Chambre Syndicale, protestation qui provoqua une certaine hostilité et une polémique entre les deux Sociétés qui avaient créé chacune un journal (3) .

Mais le Cercle des dentistes de Paris n^avait pas borné son rôle à cette action négative.

Un des reproches qui étaient adressés aux fondateurs du Cercle et qui leur fut le plus sensible était celui d’être les défenseurs de l’ignorance,parce qu’ils réclamaient le maintien de la liberté d’exercice !

Aussi, voyant l’inertie de la Chambre syndicale, sitôt sa pétition déposée, voyant qu’elle avait même refusé de s’occuper, avant le succès de sa pétition, de tout projet de création d’une école qu’elle attendait de l’État (4), je déposai, le 4 décembre 1879, au Cercle des dentistes de Paris, le Projet de fondation d’une école professionnelle libre de chirurgie et de prothèse dentaires qui est reproduit plus loin.

(1) Voir le Bullelin du Cercle des dentistes de Paris (avril 1879).

(2) MM. Boovin, a. Glaser, Ch.Godon, M.Dogit, G. Viau.

(3) Voir projet Cheétiex.

(4) Voir Gazette Odontologique et Bullelin du Cercle des D.D. Paris.

Je donnai lecture de ce projet à cette séance; une seconde lecture eut lieu le il décembre, puis il fut, après discussion, pris en considération à l’Assemblée générale du 18 décembre 1879.

Une Assemblée générale fut convoquée spécialement le 15 janvier 1880, à l’effet de nommer une commission d’études.

Le 25 mars 1880, la commission ayant terminé ses travaux, le rapporteur déposaitun rapport favorable,concluant à l’adoption par le Cercle du projet qui lui avait été présenté.

Dans cette même séance, 25 mars 1880, le Cercle, approuvant le rapport de sa commission, adoptait, après quelques légères modifications, ce projet à l’unanimité moins deux voix et une abstention (1).

Dans l’intervalle de ces diverses séances et en présence de l’approbation générale qui avait accueilli notre projet, nous l’avions étendu, développé, complété,en tenant compte chaque fois des diverses observations qui nous étaient faites.

Nous ajoutons aux Annexes le projet tel qu’il était après ces différentes modifications, lorsqu’il fut adopté par la commission et présenté à l’approbation du Cercle.

Le projet de fondation ayant été adopté, le Cercle décida, sur la proposition du rapporteur et conformément aux conclusions de la commission, qu’il serait nommé un comité d’organisation chargé de la mise à exécution.

Ce comité fut composé de quinze membres,dont neuf membres choisis dans le sein du Cercle,et six pris parmi les dentistes ne faisant pas partie de la Société (séance du 25 mars 1880). Les neuf membres du Comité furent nommés à la séance du premier avril 1880. Ce furent MM.E. Billard, A. Glaser, Ch* Godon, Garronnel, Jourd’heuiel, Viau, R. Chauvin, Ad. Dügit et Taillerois.

(1) Voir Bulletin du Cercle desD. D. P., n»» 0-6-7-8-9, année 1880.

M. Taillebois, n’ayant pas accepté, fut remplacé à la séance du 29 avril par E. Delsart.

Le 22 mai, les membres du comité d’organisation choisie rent, pour compléter la commission, six membres pris en dehors du Cercle : MM, P. Chrétien, Lecaüdey, Fillette, PoiNSOT, etc.

Deux membres délégués allèrent leur demander leur concours; tous acceptèrent. Le comité d’organisation de l’École et de l’Hôpital Dentaires de Paris était constitué :

Président, E. Lecaüdey ; vice-président, A. Preterre ; secrétaire général, E. Billard; secrétaire particulier, Ch. Godon; trésorier.?. Chrétien; assesseur du trésorier, A. Claser.

La commission d’étude avait adopté pour la mise à exécution du projet le mode de souscription que nous avions proposé au début, mais le Cercle laissa au comité d’organisation le soin d’en déterminer les conditions.

Nous proposâmes donc au comité d’organisation, dans sa séance du 19 mai 1880, un projet de règlement qui fut adopté et publié de suite et qui déterminait les conditions de la souscription; nous le reproduisons ci-après.

Art. 1 . — Le Cercle des dentistes de Paris, dans son Assemblée générale du 2.5 mars 1880, sur le rapport de la commission spéciale chargée d’étudier le projet émis par un de ses membres, a décidé la fondation, à Paris, d’une École professionnelle dentaire libre pour donner aux jeunes étudiants dentistes l’instruction professionnelle, et d’une Clinique ou Hôpital dentaire pour donner gratuitement aux indigents les soins et les consultations qu’ils pourront réclamer pour des affections du système dentaire.

Art. 2. — Pour la mise à exécution de cette œuvre nationale philanthropique, une souscription publique est ouverte par le Cercle à partir du l®"" juin, tant parmi les dentistes que parmi le publie sympathique.

Art. 3. — La souscription est facultative, sans maximum ni minimum.

Art. 4-. — Une période d’un an est accordée pour la libération de chaque souscription. Chaque souscripteur devra indiquer en souscrivant les époques auxquelles il s’engage à opérer ses divers versements. Il devra de plus déclarer si la souscription est simple ou annuelle ou simple et annuelle. (Pour toute souscription annuelle, indiquer le nombre des annuités.)

Art. 5. — Les souscripteurs se divisent en deux classes :

1° Les souscripteurs dentistes, médecins ou fournisseurs pour dentistes;

2° Les souscripteurs étrangers à la profession.

Art. 6. — Tous les dentistes, médecins ou fournisseurs pour dentistes^ souscrivant une somme de cent francs, seront « membres fondateurs », et par conséquent feront partie de l’Assemblée administrative de l’École.

Art. 7. — Tous les souscripteurs étrangers à la profession fournissant une souscription minimum de 100 francs ou annuelle de vingt francs seront membres bienfaiteurs.

Art. 8. — Les membres bienfaiteurs recevront tous les ans une carte attestant leur qualité et leur donnant le droit de recommander à la clinique de TÉcole une ou plusieurs personnes pour trois opérations exigeant un traitement spécial.

Art. 9. — Les membres bienfaiteurs recevront autant de cartes qu’ils auront souscrit de fois cent francs ou annuellement de fois 20 francs.

Art. 10. — Les membres bienfaiteurs et les membres fondateurs pourront entrer librement, sur la présentation de leur carte, dans le local de l’École, assister aux divers cours ou consultations, ainsi qu’aux examens.

Art. 11. —Les noms de tous les souscripteurs sans dis-

tinction seront conservés sur un registre spécial qui restera aux archives de l’Ecole.

Art. 12. — Le comité d’organisation, chargé, par le Cercle des dentistes de Paris, de procéder à cette fondation réunira l’Assemblée administrative un mois au moins avant l’ouverture de l’École, qui aura lieu le 1®’’ octobre 1880, afin de lui remettre ses pouvoirs.

Le comité d’organisation, chargé de la mise à exécution du projet adopté par le Cercle des dentistes de Paris, travailla sans relâche dans de nombreuses réunions pour remplir le mandat qui lui était confié.

Vers le milieu de juillet, 5000 brochures contenant le projet de fondation et les conditions de la souscription ouverte polir les besoins matériels de l’entreprise furent envoyées aux dentistes et aux médecins français pour leur annoncer l’œuvre projetée et faire appel à leur généreux concours (1).

Comme on le voit, à l’article 12 des conditions de la souscription, nous avions fixé l’ouverture de l’École auJl®' octobre 1880, c’est-à-dire quatre mois après l’ouverture de la souscription; cela parut à tous bien hardi,et cependant cette date fut presque exacte.

Le 20 octobre 1880, le comité d’organisation, sa mission étant terminée, grâce au zèle déployé par ses membres, et aux brillants résultats de la souscription, qui en quelques mois avait produit 13.500 fr., réunissait les souscripteurs dans le local de l’École et de l’Hôpital dentaires de Paris, 23, rue Richer, complètement, mais modestement installé, et un mois après, le 13 novembre 1880, le premier conseil de direction de l’École invitait tous les dentistes à assister à la séance d’inauguration de cette institution (2).

Cette séance eut lieu le 13 novembre 1880, par une con-

(1) Pièces annexes.

(2) Voirie Bulletin du Cercle des Dentistes de Paris, n»* 10,11,12,13,li, 16.

férence parfaitement choisie du D'' Louis Thomas, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine, et Tun des professeurs de la nouvelle École, sur le passé de FOdontologie.

Le D’’ L. Thomas, qui fut jusqu’à sa mort un des plus dévoués collaborateurs de l’œuvre d’émancipation des dentistes, terminait sa conférence par la phrase prophétique suivante : « Moi aussi, fai foi en V avenir d'une école créée par V initiative privée et rien que par elle. »

Deux jours après, le 15 novembre 1880, les cours commençaient avec un personnel enseignant offrant les garanties les plus complètes, un matériel d’enseignement suffisant et 45 élèves, chiffre élevé pour un début. Ce chiffre avait été atteint parce qu’un certain nombre de fondateurs du Cercle de l’École avaient tenu à donner l’exemple, en s’inscrivant les premiers comme élèves.

Ainsi donc, dix mois après notre dépôt au Cercle des dentistes de Paris du projet de fondation dont nous avions pris l’initiative, quatre mois après l’ouverture de la souscription, TÉcole'tfentaire de Paris, la première institution de ce genre fondée en France, définitivement installée, ouvrait ses portes aux élèves et au public, dans des conditions particulièrement brillantes; malgré les attaques passionnées du président de la Chambre syndicale (1), les sympathies et les appuis vinrent de tous côtés.

Il convient de citer d’abord la liste des membres du comité de patronage.

Cette liste comprenait, en 1880, les noms d’un chirurgien et d’un médecin auxquels nous sommes heureux de rendre hommage :

MM. Paul et JustLüCAS-CHAMPOXNiÈRE, qui souscrivirent les premiers pour la fondation de l’École Dentaire.

A cette liste, que nous donnons ci-dessous, se sont succes-

(1) Voir débat entre Andrieu et Lecaudet, 1880.

sivement ajoutés les noms des hommes les plus éminents dans la science et dans la politique, qui sont venus tour à tour présider les séances de réouverture des cours.

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