IV. — La discipline scolaire el les maîlres
Quelle était la discipline des écoles grecques? Quelle
(\) République. III.
(2) Platon. République. III.
(3) P. Girard. 27.
(4) Pausauias. Voy. histor. en Grèce., Livre VII, parag. 27.
(5) Scbœman. Loc. cit, I. 576.
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situation y était faite aux maîtres? Nous savons que Técolier d'Athènes s'en allait à Técole, le matin, de bonne heure. On a lieu de croire qu'il travaillait environ six heures par jour; mais il devait changer d'école au moins une fois dans la journée. On pense qu'il allait, le matin, chez le grammatiste et le cithariste, puis chez le pœdotribe, plus tard (1). La primitive discipline des écoles athéniennes se relâcha assez vile. Au temps de Socrate, l'école élait déjà un lieu ouvert, que fréquentaient des adultes de tout âge (2). Il semble qu'aucune règle rigoureuse ne réglait l'emploi des heures scolaires. Chacun restait libre de faire une part plus ou moins grande soit à la littérature, soit à la musique, soit à la gymnastique (3). Pas d'autres vacances que les jours de fête, d'ailleurs très nombreux.
Mais, dans l'école même, les maîtres ne répugnaient pas à la contrainte; au contraire les coups pleuvaient, et il en était ainsi à toutes les phases de la vie scolaire, aussi bien dans l'école du grammatiste que dans l'éphébie, que j'aurai plus tard à décrire ; cependant c'était surtout dans les écoles et les palestres, que la brutalité de certains maîtres se donnait libre carrière (4). Le grammatiste et le cithariste frappaient ordinairement de la main, le pœdotribe, lui, cinglait de sa baguette le dos nu des élèves. Même le pédagogue et le professeur d'art militaire ne se gênaient pas pour inculquer d'une manière frappante, l'un, les bonnes mœurs; l'autre, la tactique, aux enfants et aux jeunes gens (5).
Dans l'antiquité, Tenfant était un peu regardé comme la propriété de son père ; or, les maîtres de tous les temps
(1) P. Girard. Lcc, cit. 249.
(2) Ibi(L 2:)0.
(3) Ihid.
(4) ma. 250.
(:;) Ibid,
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ont toujours de la tendance à se considérer, comme des pères auxiliaires, jouissant en conséquence d'une bonne partie des droits reconnus aux pères réels.
D'autre part, on peut plaider, pour les maîtres athéniens, les circonstances atténuantes. Ces maîtres devaient être souvent des gens aigris par une existence difficile. Alors comme aujourd'hui, les maîtres élémentaires, c'està-dire la masse de la classe pédagogique, de celle qui enseigne des connaissances nécessaires, mais très répandues, était fort chichement rétribuée. Un grammatisle ne touchait, comme rétribution annuelle pour chaque élève, que la très modique somme de vingt drachmes, encore fallait-il défalquer le total des absences et des jours fériés (1). Le grammatiste était habituellement un pauvre hère misérable et, pour cela sans doute, jouissant d'une très médiocre considération. A vrai dire cotte profession était souvent la ressource dernière des gens ruinés, déclassés, des exilés (2). Lucien nous montre, dans les Enfers, des rois, des satrapes, réduits à la mendicité et obligés de se faire, dit-il, ou marchands de viandes salées, ou maîtres d'école, en restant exposés aux insultes du premier venu ou souffletés comme des esclaves (3). Les écoles du V« et IV^ siècle avant J.-Chr. n'étant pas des établissements publics, les maîtres ne recevaient de la Cité aucun traitement et par suite devaient subir tous les hasards de l'offre et de la demande. Un peu plus tard, au nie et Ile siècle, de riches particuliers suppléèrent quelquefois à la non intervention de TÉtat, en fondant à leurs frais des établissements d'instruction publique. Même, il est à noter que, dans une institution de ce genre, la classe la plus élémentaire recevait les enfants des deux sexes.
(I)P. Girard. Loc. cit. 243.
(2) Ibid. 241.
(3) Ménippc ou la nécyomancie .
Dans ces élablîssements, il y avait trois degrés d'enseignement et le dernier était destiné aux éphèbes. Le maître élémentaire touchait un traitement de cinq cents drachmes; celui du second degré en recevait 550 et le maitre de premier degré, 600. Le maître de musique était payé à raison de 700 drachmes. Le pœdonome, le gymnasiarque, Thoplomaque, c'est -à-dire le maitre enseignante se servir de l'arc et du javelot, n'avaient qu'un très modique traitement de 300 drachmes (1). A la même époque, le roi de Pergame, Attale II, accorda aux gens de Delphes, sur leur demande, une somme de 18000 drachmes alexandrines, dont le revenu, 1260 drachmes à 7 0/0, devait servir à payer les maîtres d'un enseignement public. Evidemment ces maîtres étaient peu nombreux et pauvrement rétribués (2). Mais h Athènes il n'y a nulle trace de ces fondations princières, et l'on s'en l'apportait pour l'instruction publique au bon plaisir des familles et à la concurrence des maîtres. Nous savons que les résultats de ce système ou plutôt de cette absence de syslènje ont été en somme glorieux et rexpérience a sa valeur; mais peut-être serait-il imprudent d'en tirer une conséquence trop générale: car tous les peuples, même de race blanche, n'ont pas au môme degré que les Athéniens la ferveur des choses de l'esprit. Bientôt nous devrons apprécier la valeur comparative de ces deux modes d'éducation ; mais il serait prématuré de l'entreprendre avant d'avoir ter« miné l'exposition des faits.
(1) P. Girard. Loc, cit. 20-21.
(2) ma, 22.