‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 117 sur 141 · V. — Parallèle entre Védiicalion de Sparte et celle · texte numérisé non relu

V. — Parallèle entre Védiicalion de Sparte et celle

d'Athènes.

Le tableau de l'éducation grecque, que je me suis efforcé d'esquisser dans ces deux derniers chapitres, en prenant comme types principaux Sparte et Athènes, a mis en parallèle sous nos yeux deux systèmes pédagogiques radicalement dissemblables: l'éducation par l'Etat, imposée d'en haut, et l'éducation libre. Le premier système, celui de Sparte, est d'un grand intérêt comme expérience. II semble bien que le législateur ait conçu dans son esprit un système d'éducation ayant un objet déterminé, celui de former un peuple éminemment propre à la guerre, puis qu'ensuite, tranquillement, comme un savant préparant une expérience, il ait accommodé les moyens au but. L'histoire atteste que la réussite a été complète; au bout d'un nombre suffisant de générations, Sparte avait créé un type humain, unique dans le monde pour la ferveur patriotique, la vigueur du corps et l'énergie de la volonté. Ainsi armée, façonnée pour la lutte, la cité de Lycurgue finit par l'emporter sur celle de Solon, mais seulement sur les champs de bataille ; car toujours elle resta bornée, inhabile au progrès intellectuel et il s'en faut qu'elle ait laissé dans l'histoire intellectuelle du genre humain le même sillon lumineux que son intelligente rivale. Celleci, qui, pour la grâce et la poésie, fut la vraie fille de la Grèce homérique, n'a pas eu de système officiel de pédagogie; elle s'en est remise à l'initiative individuelle et a laissé les divers modes d'éducation évoluer spontanément,

en limilant rintervention de l'État à la surveillance des mœurs. Que les résultats de cette liberté aient été des plus glorieux, qui pourrait le nier? Dans le domaine des arts, de la philosophie, de la science, tout ce qu'Athènes n'a pas créé, elle Ta perfectionné, transfiguré, et en soinme elle a joué, dans le monde, le rôle d'une nourrice intellectuelle. Sans doute elle a fini par périr politiquement; mais Sparte n'a guère été plus heureuse et même, sans Athènes, elle serait peut-être à peu près oubliée aujourd'hui. On n'est d'ailleurs nullement fondé à attribuer la décadence intellectuelle de l'Athènes des derniers jours à son système ou plutôt à son absence de système éducateur. Cette décadence est intimement liée à la dégénérescence sociale, dont j'ai eu, dans de précédents ouvrages, à signaler les causes dominantes.

En résume, la double expérience, faite à Sparte et à Athènes, est entièrement favorable à la théorie de la liberté scolaire. Pourtant on se tromperait peut-être en en généralisant ou Ire mesure la conclusion; car les races sont diverses ; toutes ne sauraient s'accommoder du même régime; en civilisation, elles ont des âges différents et il serait absurde de procéder avec l'enfance, comme on le doit faire avec l'âge viril.

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