IV. Les origines de Vesclavagc africain
Les résultats généraux de notre enquête au sujet de lorigine de l'esclavage en Afrique concordent assez bien avec les renseignements de même ordre recueillis chez les nègres mélanésiens.
Tout d'abord, chez les Africains de l'extrême sud, chez les Hottentots, le travail social est réduit presque à son minimum. La vie est surtout pastorale et il y a point encore d'agriculture. On n'a pas encore d'esclaves et Ton n'en a guère besoin. D'autre part, les femmes ne sont pas accablées de travail, comme chez les Australiens ; car les troupeaux garantissent à peu près une suffisante alimentation, surtout avec la chasse pour appoint. Mais la garde des troupeaux ne saurait être confiée aux femmes ; car sans cesse il fautdéfendre le bétail contre les voisins et contre les fauves.
Enfin le régime égali taire et communautaire des premiers âges n'est pas encore complètement aboli et la grande besogne sociale, la garde et le soin des troupeaux, pèse toute entière sur tous les hommes de la petite tribu : la femme n'est donc pas asservie, comme elle Test en Australie. Mais,
(1) Burton. Loc. cit., 115.
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comme on peut se passer d'esclaves, on tue sans pitié les prisonniers de guerre.
Quoique appartenant à une race moins inférieure, les Cafres ne sont pas moins cruels que les Holtentots; mais leur civilisation n'est plus aussi primitive, ils ont de véritables petits monarques et des notables riches ; à la vie pastorale ils ont joint l'agriculture ; leur travail social, s'est conséqueramenl compliqué et la répartition en est devenue trèsinjuste.Pourtant ils n'ont pas encore d'esclaves dans le sens ordinaire du mot; aussi exterminent-ils leurs prisonniers mâles, tout en conservant les jeunes femmes pour en faire des concubines et des travailleuses. Comme chez les Hottentots, le soin des troupeaux est en Cafrerie réservé aux hommes et réputé occupation noble ; mais l'agriculture et les pénibles travaux qu'elle nécessite sont laissés et même imposés aux femmes, qui tiennent lieu d'esclaves.
Ces derniers ne sont pourtant pas tout à fait absents; ils sont en partie remplacés par un prolétariat pauvre, dédaigné, opprimé, assimilé aux chiens, mais beaucoup moins bien traité .
Chez les nègres sauvages de la zone africaine tropicale^ du Golfe de Guinée à la région des Grands Lacs et au canal de Mozambique, nous trouvons au contraire l'esclavage institué et de la façon la plus oppressive. On tue encore et dans une large mesure les prisonniers, parfois même on lesmange; mais presque partout on en épargne au moins une partie pour les vendre ; car, au sujet de cette marchandise humaine, la demande commerciale est incessante. Pourtant on n^a pas renoncé à faire travailler les femmes, à qui Ton impose tous les travaux domestiques et agricoles concurremment avec les esclaves dont on les distingue mal. Les hommes libres travaillent aussi peu qu'il leur est possible ; quand ils ne sont pas occupés, soit à la chasse, soit à razzier les voisins pour les voler ou les réduire en esclavage, ils flânent, fument, boivent et bavardent. — Leur du-
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relé pour les femmes et les esclaves est extrême, pourtant les moins sauvages de leurs tribus distinguent déjà entre Tesclave récemment capturé et l'esclave domestique, l'esclave né de parents captifs et qui d'ailleurs est souvent Tenfant du maître.
Ce sont là les premières phases de l'évolution esclavagiste en Afrique. Dans le prochain chapitre nous allons suivre celte évolution servile un peu plus loin en étudiant l'esclavage dins les petits Etats monarchiques de l'Afrique tropicale, q i tous sont beaucoup plus importants que les sauvages l. ibus, dont je viens déparier ; qui, tous ont une organisation sociale plus complexe ; dont beaucoup même ont adopté la religion musulmane .