‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 16 sur 63 · I. — LES STATISTIQUES · texte numérisé non relu

I. — LES STATISTIQUES

Si nous pouvions répondre à ces questions, nous jugerions exactement de l'évolution accomplie. Mais le pourrons-nous? Certainement pas d'une façon complète et satisfaisante. Tout d'abord, sur la route que parcourent les foules rurales, il en est qui roulent en automobiles, d'autres qui vont en chars à bœufs et quelques-uns aussi qui se traînent sur des béquilles. Nous ne devons pas regarder seulement du côté de ceux qui mènent le train. Et, d'autre part, les statisticiens n'ont pas posé le long de la route assez de jalons pour que nous puissions mesurer très exactement le chemin parcouru. L'office des renseignements agricoles du Ministère de l'Agriculture, qui a cependant pour fonction de nous documenter, ne fait pas preuve de beaucoup de curiosité et ne pousse pas bien loin ses investigations. Les statistiques douanières, les statistiques agricoles nous fourniront quelques chiffres ; mais quand nous prendrons soin de les discuter, nous verrons qu'ils résilient mal à un examen critique. Nous devrons nous servir, faute de mieux, de statistiques dont nous a\irons caractérisé les inexacti-

tudes, d'indications prises comme exemples, de comparaisons partielles et de monographies. Le plus sage, quand on ne dispose que de documents défectueux, n'est-il pas de les utiliser exactement pour ce qu'ils valent?

On recueillerait sans doute une première indication sur Tactivité agricole jugée d'après ses résultats les plus généraux si Ton pouvait comparer Tétendue du territoire cultivé à diverses époques. Un accroissement sensible donnerait à penser que les cultivateurs à Tétroit dans leurs domaines anciens ont dû s'attaquer aux terrains incultes pour les défricher et les mettre en rapport. Essayons donc de déterminer ces variations. Disons-le dès l'abord, cette recherche aura surtout pour utilité de montrer quelles sortes de difficultés se présentent quand on veut faire état des chiffres « officiels ». Elle nous apprendra à nous en défier; ce n'est pas un résultat négligeable. Quelle est la superficie totale de la France? 53 646 374 hectares d'après le Service géographique de l'Armée mesurant ses cartes d'État-major; 52 840000 d'après le Bureau des longitudes; 52 857 199 d'après les Statistiques agricoles de 1882 et de 1892; 52955 764 d'après la Statistique agricole annuelle pour 1909, ces statistiques adoptant les chiffres donnés par le cadastre. C'est un écart d'évaluation de 800 000 hectares environ entre les chiffres extrêmes (explicable d'ailleurs par le fait qu'on a compté ou négligé les laisses de la plus basse merflts estuaires, les glaciers) et c'est un écart de près de 100 000 hectares entre les chiffres adoptés par le même ministère.

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