L'UTILISATION DE L'ÉNERGIE INTRA-ATOMIQUE
Les dernières objections à la doctrine de l'énergie intra-atomique s'évanouissent chaque jour, et on ne
1. Précédemraeni, nous avons simplement eiaininé Ténergie d'un gramme de matière dissociée animé, non plus du mouvement de rotation que nous venons de supposer, mais d'un mouvement de translation en ligne droite tel d'ailleurs qu'on l'observe dans les émissions de rayons cathodiques.
Dans ce dernier cas les ciiiffres étaient encore supérieurs à ceux que nous venons de donner pour une sphère du poids de 1 gramme tournant sur ellemême avec une vitesse de 100.000 kilomètres par seconde.
Le calcul montre, en effet, que l'énergie d'une sphère en rotation représente seulement les 2/5 de celle que posséderait la même sphère animée d'une vitesse de translation égale à la vitesse équatoriale V primitivement supposée :
Ce n'est qu'une conséquence de ce fait bien connu que le carré du rayon de giration d'une sphère est les 2/5 du carré du rayon de cette sphèr*.
conteste plus guère que la matière soit un réservoir prodigieux d'énergie.
La recherche des moyens de libérer facilement cette énergie constituera sûrement un des plus importants problèmes de l'avenir.
Il importe de remarquer, en effet, que si les nombres, trouvés par des voies diverses, indiquent dans la matière l'existence — si imprévue jadis — de forces immenses, ils ne signifient pas du tout que ces forces soient déjà disponibles. En fait, les corps qui se dissocient le plus rapidement, comme le radium, n'en dégagent que de très minimes quantités. Tous ces milliards de kilogrammètres qu'un simple gramme de matière contient, reviennent à très peu de chose si, pour les obtenir, il faut attendre des milliers d'années. Supposons qu'un coffre-fort contenant plusieurs milliards en poudre d'or, soit fermé par un mécanisme tel qu'on ne puisse extraire chaque jour qu'un milligramme du précieux métal. Malgré sa grande richesse, le possesseur d'un tel coffre sera en réalité très pauvre, et il le restera tant que ses efforts n'auront pas réussi à lui faire trouver le secret du mécanisme permettant de l'ouvrir.
Ainsi sommes-nous à l'égard des forces que la matière renferme. Mais, pour parvenir à les capter, il fallait d'abord connaître leur existence et c'est ce dont on n'avait pas la moindre idée, il y a quelques années. On se croyait même très certain qu'elles n'existaient pas.
Arriverons-nous à libérer facilement la colossale puissance que les atomes recèlent en leur sein ? Nul ne peut le prévoir. On n'eût pu dire non plus, au temps de Galvani, que l'énergie électrique qui réussissait péniblement à agiter des pattes de grenouille et à attirer de petits fragments de papier, véhiculerait un jour d'énormes trains de chemin de fer.
Dissocier complètement l'atome sera peut-être toujours au-dessus de nos forces, parce que la diflîculté doit croître à mesure qu'avance la dissociation,
l'ÉNEBGIE INTRA-ATOMIQUE. SA GRANDEUR 57
mais il suffirait de pouvoir en dissocier aisément une faible partie. Que le gramme de matière dissociée supposé plus haut soit emprunté à une tonne de matière ou même à beaucoup plus, il n'importe. Le résultat serait toujours le même au point de vue de l'énergie produite.
Les recherches que j'ai tentées dans cette voie et qui seront exposées plus loin, montrent qu'il est possible d'activer considérablement la dissociation de diverses substances.
Les méthodes de dissociation sont, comme nous le verrons, nombreuses. La plus simple est l'action de la lumière. Elle a en plus l'avantage de ne rien coûter.
Sur un terrain aussi neuf, devant le monde nouveau qui s'ouvre à nous, aucune de nos vieilles théories ne doit arrêter les chercheurs. « Le secret de tous ceux qui font des découvertes, dit Liebig, est qu'ils ne regardent rien comme impossible. »
Les résultats à obtenir dans cet ordre de recherches seraient en vérité immenses. Dissocier facilement la matière mettrait à notre disposition une source indéfinie d'énergie et rendrait inutile l'extraction de la houille dont la provision s'épuise rapidement. Le savant qui trouvera le moyen de libérer économiquement les forces que contient la matière changera presque instantanément la face du monde. Une source illimitée d'énergie étant gratuitement à la disposition de l'homme, il n'aurait pas à se la procurer par un dur travail. Le pauvre serait alors l'égal du riche et nulle question sociale ne se poserait plus.