‹ L'évolution de la matièreChapitre 9 sur 132 · THÉORIE DE L'ÉNERGIE INTRA-ATOMIQLE · texte numérisé non relu

THÉORIE DE L'ÉNERGIE INTRA-ATOMIQLE

séculaire de la conservation de la matière constituait un fondement scientifique nécessaire. C'est ainsi, par exemple, qu'Herbert Spencer dans un chapitre des Premiers principes intitulé V Indestructibilité de la matière, dont il fait une des colonnes de son système, déclare que « si l'on pouvait supposer que la matière peut devenir non existante, il serait nécessaire de confesser que la science et la philosophie sont impossibles ». Cette asp=ertion semblera évidemment excessive. La philosophie n'a jamais éprouvé de peine à s'adapter aux découvertes scientifiques nouvelles. Elle les suit, mais ne les précède pas.

Ce ne sont pas les philosophes seuls qui déclaraient impossible de toucher au dogme de l'indestructibilité de la matière. Il y a quelques années à peine, le savant chimiste Naquet, alors professeur à la Faculté de Médecine de Paris, écrivait :

« Nous n'avons jamais vu le retour du pondérable /à l'impondérable. La chimie tout entière est même fondée sur cette loi qu'un tel retour n'a pas lieu, car s'il avait lieu, adieu les équations chimiques ! »

Évidemment, si la transformation du pondérable en impondérable était rapide, il faudrait renoncer non seulement aux équations de la chimie mais encore à celles de la mécanique. Cependant, au point de vue pratique, aucune de ces équations n'est encore atteinte, parce que la destruction de la matière s'accomplit d'une façon si lente qu'elle n'est pas perceptible par les moyens d'observation anciennement employés. Des pertes de poids inférieures au centième de milligramme étant insaisissables à la balance, les chimistes n'ont pas à en tenir compte.

L'intérêt pratique de la doctrine de l'évanouissement de la matière, par suite de sa transformation en wiergie, n'apparaîtra que lorsque sera trouvé le moyendeprovoquerfacilement une dissociationrapide des corps simples. Ce jour-là, une source presque indéfinie d'énergie étant gratuitement mise à la dispo-

sition de l'homme, le monde changera nécessairemenl de face. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Actuellement, toutes ces questions n'ont qu'un intérêt scientifique pur, et restent provisoiremeni aussi dépourvues d'applications que l'était l'électri- <;ité au temps de Voita.

Leur intérêt scientilique est cependant considérable, car les notions nouvelles prouvent que les seules choses de l'univers auxquelles la science accordait la durée et la fixité ne sont, en réalité, ni lîxes, ni •durables.

Depuis Lavoisier la chimie croyait avoir montré qu'on peut dépouiller la matière de tous ses attributs, un seul excepté. La solidité, la forme, la couleur, les propriétés disparaissent facilement. Le corps le plus dur peut être transformé en une invisible vapeur. Mais, au milieu de tous ces changements, la masse des corps mesurée par leur poids restait invariable et se retrouvait intacte.

Cette invariabilité constituait Tunique point fixe dans l'océan mobile des phénomènes. Elle permettait au chimiste, comme au physicien, de suivre la matière 4 travers ses perpétuelles transformations. Aussi la considéraient-ils comme quelque chose de mobile, mais cependant indestructible et par conséquent ■éternel.

C'est à cette propriété fondamentale de l'invariabilité de la masse qu'il fallait revenir toujours. Les philosophes et les savants avaient renoncé depuis longtemps à découvrir une définition exacte de la matière. L'invariabilité de la masse demeurait le seul caractère irréductible de la matière.

En dehors de cette notion essentielle, tout ce que nous pouvions dire de la matière c'est qu'elle constitue l'élément mystérieux et changeant dont sont formés les mondes et les êtres qui les habitent.

La permanence, c'est-à-dire l'indestructibilité de la masse, constatée à travers les changements de la

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matière étant le seul caractère permettant de saisir cette grande inconnue, son importance était nécessairement devenue prépondérante. Sur elle les édifices de la chimie et de la mécanique ont été péniblement bâtis.

A cette première conception, il avait fallu cependant en ajouter une seconde. La matière paraissant incapable par elle-même de sortir du repos, on avait recours pour l'animer à des causes diverses, d'essence ignorée, désignées sous le nom de forces. La physique en comptait plusieurs qu'elle séparait jadis nettement, mais une science plus avancée avait fini par les fusionner dans une grande entité, l'énergie, à laquelle le privilège de l'immortalité avait été également conféré.

Et c'est ainsi que, sur les débris des anciennes doctrines et après un siècle de persévérants efforts, s'étaient élevées deux puissances souveraines qui semblaient éternelles : la matière comme trame fondamentale des choses et l'énergie pour l'animer. Avec les équations qui les reliaient, la science moderne croyait pouvoir expliquer les phénomènes. Dans ses formules savantes, tous les secrets de l'Univers étaient enfermés. Les divinités des vieux âges étaient remplacées par des systèmes ingénieux d'équations différentielles.

Ce sont ces dogmes fondamentaux, bases de la science moderne, que les recherches exposées dans cet ouvrage tendent à détruire. Si le principe de la conservation de l'énergie — qui n'est d'ailleurs qu'une généralisation hardie d'expériences faites sur des cas très simples — vient également à périr sous les coups qui déjà l'ébranlent^, il en faudra conclure que rien dans le monde n'est éternel. Les grandes divinités de la science seraient condamnées elles aussi à subir ce cycle invariable qui régit les choses : naître, grandir, décliner et mourir.

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