Leibniz : Loc. cit.^ p
des corps en faisant mention de formes et de qualités, sans se mettre en peine d'examiner la manière de l'opération, comme si on voulait se contenter de dire qu'une horloge a la qualité horodictique provenante de sa forme, sans considérer en quoy tout cela consiste. »
Bien loin d'imiter cette Physique, qui croyait avoir donné une explication, alors qu'elle avait seulement créé un nom, on devra, à l'imitation de Descartes et de Huygens, pousser l'analyse des effets naturels jusqu'à ce qu'ils soient réduits aux phénomènes les plus simples; mais, lorsqu'on sera parvenu à ces propriétés premières des corps, qui expliquent toutes les autres, on trouvera qu'elles ne consistent «pas seulement dans l'étendue*, c'est-à-dire dans la grandeur, figure et mouvement, mais qu'il faut nécessairement y reconnoistre quelque chose qui aye du rapport aux âmes, et qu'on appelle communément forme substantielle » ou force^ comme dit Leibniz en maint endroit.
Leibniz était parti d'un système dans lequel il rejetait l'attraction, car elle lui semblait être « une certaine vertu incorporelle et inexplicable » ; ses méditations touchant les fondements de la Mécanique l'ont amené à partager, sur la nature de cette vertu, l'opinion des disciples immédiats de Newton et à mettre vivement en lumière l'analogie de cette opinion avec les doctrines péripatéticiennes.
Parmi les successeurs de Newton, les opinions les plus diverses furent admises touchant la nature de l'attraction.
U Leibniz : Loc. cit., p. 434.
Les uns, sous Tinfluence des Bernoulli, continuèrent à « feindre des hypothèses » pour réduire tous les effets de la Nature corporelle aux seules raisons reçues des atomistes; parmi ceux-ci, Lesage, renouvelant la tentative de Fatio de Duilliers, s'efforça d'expliquer la gravitation par le choc des corpuscules ultra-mondains sur les molécules matérielles.
D'autres ne se firent point scrupule d'invoquer dans leurs raisonnements les forces exercées ou subies par les divers points matériels qui constituent les corps ; mais ils imitèrent la prudente réserve qu'avait gardée Newton au livre des Principes'^ ils n'entreprirent point de décider si ces attractions devaient être regardées comme des propriétés irréductibles de la matière ou bien, au contraire, comme les effets de mouvements convenablement imaginés. C'est parmi ceux-ci que nous devons ranger Laplace. Le principe de l'attraction universelle, dit-il*, « est-il une loi primordiale de la Nature? N'est-il qu'un effet général d'une cause inconnue? Ici, l'ignorance où nous sommes des propriétés intimes de la matière nous arrête et nous ôte tout espoir de répondre d'une manière satisfaisante à ces questions. » — « Le principe de la pesanteur universelle, dit-il encore *, est-il une loi primordiale de la Nature, ou n'est-il qu'un effet général d'une cause inconnue?... Newton, plus circonspect que plusieurs de ses disciples, ne s'est point prononcé sur ces questions, auxquelles
1. Laplace : Exposition du Système du Monde, livre IV, chapitre xvii.