‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 139 sur 375 · Bowdich, Mission to Aschantee, p · texte numérisé non relu

Bowdich, Mission to Aschantee, p

qu'au xvie siècle, avait conservé l'industrie de l'âge de la pierre d'Europe, en avait aussi gardé les mœurs, et ce que nous en savons suffit à nous montrer que nos ancêtres préhistoriques directs avaient tout autant de ferveur monarchique que les Nègres de l'Achanti. A l'avènement de leurs princes, nous dit un vieux voyageur, plusieurs Guanches briguaient la faveur de se sacrifier en l'honneur du nouveau roi.

La chose se faisait solennellement. Le monarque donnait une grande fête, pendant laquelle on conduisait au sommet d'une montagne les individus voués, qui de là se jetaient dans un précipice, sur des pointes de rochers 4.

b. Tout l'abject cérémonial, toute l'ardeur servile, dont je viens de citer quelques exemples, indiquent assez, qu'en régime sauvage, les chefs sont considérés comme des êtres à la fois redoutables et supérieurs au reste de l'humanité. Leurs privilèges doivent donc être exorbitants dans la société qu'ils dominent : ils le sont en effet.

Dans la plupart des archipels polynésiens, le chef avait le droit de domaine éminent dans toute sa rigueur ; les inférieurs ne possédaient que sous son bon plaisir et tout ce qui était à sa convenance lui appartenait sans conteste 2. Mais ce n'était pas seulement les biens, c'était aussi la vie des inférieurs, qui étaient à la merci des classes dirigeantes. Cellesci usaient aussi naïvement que brutalement de leurs prérogatives.

Elles avaient une foi robuste dans leur essence supérieure. Gomme nous l'avons vu, les aliments de choix étaient au spécial usage des nobles, qui pouvaient même tuer leurs inférieurs, selon leur bon plaisir, par pur caprice. A Tonga,

Page 1