Ibid. loc. cit., p
L'ORIGINE DES. PENCHANTS MORAfJX 39
tant, chez les vertébrés supérieurs et chez l'homme, est le plus puissant des instincts *. De même, en Chine et en Polynésie, où le chien était élevé spécialement comme animal comestible, ravalé à n'être plus qu'un animal de boucherie, nourri d'ordinaire avec des végétaux, il avait totalement perdu l'antique instinct Carnivore de l'espèce, etc. 2.
De même encore, si Ton prend la peine de domestiquer les lapins de garenne, ils finissent, après quelques générations, par ne plus songer à creuser des terriers 3.
Un très petit nombre de générations suffisent quelquefois à opérer ces métamorphoses. Ainsi une poule, à qui l'on avait fait couver, trois fois de suite, des œufs de canard, poussait consciencieusement, dans l'eau d'un ruisseau, de véritables poussins qu'on lui avait enfin permis d'élever : tant ses instincts étaient bouleversés 4.
L'éducation artificielle, l'intervention de l'homme suffisent donc à perturber, chez certains animaux, les instincts les mieux fixés; bien plus, il en peut résulter l'éclosion de tendances nouvelles, comme le prouvent nombre de faits d'observation. — Une panthère apprivoisée, toujours bien traitée, et à laquelle on avait eu soin de ne jamais donner d'animaux vivants à dévorer, rentrait poliment ses redoutables griffes en présentant la patte : elle faisait patte de velours, comme un chat 5.
L'aboiement de nos chiens domestiques semble bien être une sorte de langage acquis, grâce à la longue et intime cohabitation, au commerce d'amitié avec l'homme. En effet, les chiens sauvages n'aboient pas : les chiens des Peaux-