‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 150 sur 375 · Uistory of Madagascar, t. I«r, p · texte numérisé non relu

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Les idées nécessaires de nos métaphysiciens, les notions soi-disant innées du vrai, du bien et du juste brillent parleur absence dans l'humanité sauvage.

La langue de Tongans, comme toutes les langues des peuples peu développés, n'avait pas de mots pour dire « vertu, justice, humanité, vice, injustice, cruauté, chasteté ».

Pourtant, en dépit de toute cette grossièreté, on a déjà conçu une certaine idée de justice; cette idée est bien informe, bien grossière ; elle existe pourtant et elle ira se perlectionnant, s'épurant peu à peu, à mesure que vieilliront les sociétés.

Dans une savante dissertation, M. P. Lafargue s'est efforcé récemment 4 de démontrer que l'idée de justice est née de la nécessité de partager les terres, de la ligne droite, du besoin de faire des parts égales, lors des périodiques redistributions du sol. Il y a une part de vérité dans cette théorie, que les anciens Égyptiens semblent avoir admise, puisque, dans leur système hiéroglyphique, ils symbolisaient la justice par leur unité de mesure, la coudée. Mais ces lotissements plus ou moins exacts, toute cette primitive géométrie, qui ont en effet laissé de nombreuses traces dans les langues des peuples civilisés, par exemple le mot « rectitude », le mot « juste », qui a un sens en arithmétique et en morale, le mot grec v6(ao;, qui vient évidemment de véjjia), partager, tout cela lui pu être inventé que par des sociétés humaines, déjà sorties de la sauvagerie première. Par exemple, il ne saurait y avoir ni géométrie ni partages de terre, là ou l'agriculture est inconnue, et pourtant beaucoup de sauvages très primitifs font déjà des distinctions entre ce qui est permis et certaines choses défendues. Gomment songerait-on à un partage équitable, si l'on n'avait déjà quelques notions d'équité? Ce n'est

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