Speke, Voyage aux sources du Nil, p
les monarques omnipotents et selon leur bon plaisir sont souvent plus sévères que la vengeance poursuivie par les intéressés, selon la primitive coutume du talion : on aime à faire acte d'autorité.
Dans leurs traits généraux, les mœurs et coutumes judiciaires de l'Afrique noire se retrouvent un peu par toute la terre chez les populations sauvages de toute race. Le vol et l'adultère considéré comme vol, sont toujours fort sévèrement punis, souvent bien plus que les crimes contre les personnes. Dans le Bhoutan, dit un auteur hindou, le voleur, après un emprisonnement do six mois ou d'un an, est vendu comme esclave ; ses biens sont confisqués et parfois même ses parents sont enveloppés dans sa condamnation 4.
En effet, dans les sociétés sauvages, la pénalité est comme la vengeance ; elle s'arrange volontiers des responsabilités collectives. Les mêmes populations du Bhoutan, si sévères pour le vol, s'émeuvent médiocrement des meurtres ; un assassin bien nanti s'en tire en payant cent vingt roupies au Deb-Rajah *.
En effet, dans les petites monarchies primitives où le monarque rend la justice, les amendes et compensations, jadis payées à la partie lésée, vont toujours enrichir le trésor royal : c'est une importante source de revenus.
Du temps de Marco Polo, les Tartares punissaient les petits vols par la bastonnade, mais le voleur d'un cheval ou d'un objet important était coupé en deux avec une épée ; les riches pouvaient d'ailleurs se racheter en payant neuf fois la valeur de l'objet volé.
Les Kalmouks condamnaient le voleur à la restitution, à
1. Voyage au Bhoutan (Asiatic Researches), in Revue Britannique, p. 10 (1887).