II. — LE DÉCALOGUE DES PEUPLES SAUVAGES
Le mot « décalogue » est impropre. Quoique nombre des populations primitives aient déjà ébauché le système décimal, elles ne l'appliquent, pas à l'éthique. Leur conscience publique n'a pas encore codifié leur morale, si confuse, et, quand, en groupant les observations, les documents, comme nous essayons de le faire, on tache de dégager du tableau des mœurs quelques données générales, susceptibles d'être formulées en préceptes, on n'arrive pas à beaucoup près à la dizaine.
Le premier commandement, celui qui prime de beaucoup tous les autres et constitue véritablement le pivot de l'éthique, est celui-ci :
« Tu obéiras au maître en tout et pour tout. »
Toute infraction à cette injonction suprême est vite atteinte par une sanction pénale. Aussi l'éducation servile des petits ne laisse guère à désirer.
Une loi des Lombards va jusqu'à punir la pensée de nuire au maître : « Si quis contra animant régis cogita verit, animœ suce incurrat periculum et res ejus inflseentur1. »
Second commandement:
« Tu ne déroberas point le bien du voisin, ni sa femme. »
Chez la plupart des peuples sauvages, le vol des ustensiles ou armes, des animaux domestiques, des esclaves, des femmes, des provisions, est considéré comme le plus grand des crimes, après la désobéissance ou le manque de respect à l'autorité supérieure. De bonne heure donc il a du se for-