Prcscolt, loc. cit., t. Ie«\ p
rieuse. Elle a la valeur d'une expérience sociologique, dans laquelle on voit la barbarie émerger péniblement de la sauvagerie. Ces deux stades de l'évolution morale du genre humain s'y coudoient, s'y combinent, s'y ,'combattent. Une morale, déjà supérieure par certains traits, essaye de se dégager de la gangue animale. L'anthropophagie est devenue une coutume pieuse et elle se pratique (le fait est à noter essentiellement comme celle des Peaux-Rouges contemporains de l'extrême Nord. Ainsi que le fait aujourd'hui encore le Sioux septentrional, le prêtre mexicain ouvrait la poitrine du captif ; seulement il se bornait à offrir à ses dieux le cœur de la victime, morceau de choix, que le Sioux mord à belles dents.
Autre survivance : autrefois les sauvages Guaranis avaient coutume, avant de sacrifier et de manger certains captifs réservés, de leur faire une courte existence, comblée de toutes les joies grossières qu'ils pouvaient imaginer. Orle^ Mexicains choisissaient aussi un captif et ne l'immolaient qu'après l'avoir, pendant une année, rassasié de voluptés ifr toute sorte !.
Les peines terribles, infligées par le code mexicain au voleuret à l'adultère attestent aussi une sauvagerie grossière : mais la sévérité de leurs lois contre l'ivresse, la douceur relative de leur esclavage, le blâme dont ils flétrissaient le mensonge, le prix même qu'ils mettaient à la chasteté de leurs prêtres proviennent de tendances morales déjà supérieures.
En outre, quoique, comme tous les empires primitifs, le Mexique eût une organisation servile, cependant ses monarques n'étaient plus, comme les petits potentats de l'Afrique noire, de simples brutes enivrées de leur omnipotence et
i. Prcscott, loc. cit., t. I,r, p. 58, 59.
n'ayan d'autre souci que de satisfaire leurs féroces et grossiers caprices. Le roi mexicain n'avait pas que des droits, il avait des devoirs, et une portion des lourdes taxes, qu'il percevait en nature, était destinée à secourir les infirmes et les abandonnés.
L'État mexicain, représenté par son roi, ne se borne plus à exiger du sujet une abjecte soumission, comme le faisait le roi M'tésa de l'Ouganda; il le domine toujours, comme un dieu ; il lui commande et ne tolère pas la désobéissance, mais il étend sur sa tête une certaine protection.
Un coup d'œil jeté sur l'ancien Pérou nous suggérera des réflexions du mêms genre.