Lettres édifiantes, t, XV, p
On ne se borne pas à des moralités abstraites : « Dans les routes où il se trouve peu de bourgades, ordonne un édit, on élèvera, de distance en distance, des loges où les voyageurs puissent se reposer *. » Comme il arrivait dans l'Inde, les Chinois riches tiennent à honneur de construire des ponts sur les rivières, de bâtir le long des chemins des asiles pour les voyageurs, de faire offrir, l'été, par des gens à leurs gages, du thé aux voyageurs pauvres2. — Chose étrange pour nous, occidentaux, le gouvernement chinois se garde bien de faire toujours et quand même cause commune avec ses fonctionnaires. Quand une sédition éclate dans une province, le gouverneur est toujours révoqué3. « Le peuple, dit un ancien édit, ne pèche que parce qu'il n'est pas instruit. » En cas de crime énorme, par exemple, de parricide, tous les mandarins du district sont destitués4.
Bien avant nous, Européens, les Chinois avaient imaginé et organisé toutes nos institutions de bienfaisance : secours aux indigents, asiles pour les enfants trouvés, barques de miséricorde pour secourir les naufragés, sœurs de charité qu'on appelle « annihilées », qu'on pourrait appeler nonnes de la Pitié, etc. Du temps de Marco Polo, l'empereur profitait des années fertiles pour remplir des greniers d'abondance, dont le contenu servait, en cas de disette, à maintenir le prix des céréales ;\ un taux raisonnable et à secourir les pauvres; il distribuait jusqu'à 30.000 rations par joui"5. En 1260, un édit impérial décida que les lettrés âgés, les orphelins, les hommes sans asile, les malades infirmes -étaient la population du Ciel 6.