Aulu-Oellc, Noctes,l. X, 23. — Plutarquc, Romultm
326 l'évolution db la morale
est considérée comme un être dont il faut se méfier : « Celui qui se confie à une femme, dit Hésiode, se confie aux voleurs. ».
Ce profond dédain de la femme, signe de sauvagerie au premier chef, fait comprendre certaines mœurs antiques, qui nous surprennent, par exemple, le prêt de la femme, pratiqué d'ailleurs chez nombre de races sauvages. A Sparte un vieux mari pouvait sans offenser la morale se faire suppléer par un jeune homme. Dans la vie de Cimon, Plutarque raconte que Callias, riche Athénien, étant devenu amoureux de la femme de Cimon, celui-ci la lui céda. Or, Cimon était un personnage renommé pour sa grandeur d'âme f. Une femme féconde pouvait être cédée à un ami ; c'est ainsi que Caton le Censeur prêta la sienne à son ami Hortensius. D'autre part, il fallut arriver jusqu'à Justinien pour que l'on crût la femme digne d'avoir la garde de ses enfants.
Seules, les courtisanes apprenaient à chanter, à danser, à parler plusieurs langues ; aussi les hommes, mariés ou non, recherchaient leur société, et l'on sait quel rôle important jouaient ces compagnes libres, les hétaïres, dans la société grecque. 11 n'est pas sans intérêt, pour nous, de remarquer que des mœurs analogues sont encore en vigueur au Japon .
Le mari, grec ou romain, pouvait avoir des concubines, et pendant bien longtemps le terme d'adultère ne s'appliqua qu'à la femme ; ce qui est aussi très habituel dans les sociétés grossières. L'épouse antique était simplement un moyen d'avoir des enfants et le mariage des anciens était une institution purement civile, point du tout ce qu'en a fait le christianisme : un sacrement.
Avec le temps la législation relativement à la femme se
i. Plutarque, Vie de Cimon (Ve siècle av. J.-C.
modifia. Solon condamna le ravisseur d'une fille à payer cent drachmes d'argent ; il ordonna au plus proche parent d'épouser une orpheline pauvre ou de lui constituer une dot ; il n'abrogea point une des lois sanglantes de Dracon, qui mettait l'homme adultère pris en flagrant délit à la discrétion du mari offensé *. Il défendit aussi de vendre ses filles ou ses sœurs, hors les cas de conduite légère *.
A Rome, la sujétion de la femme mariée, d'abord extrême, s'adoucit peu à peu. La loi des Douze Tables permettait aux parents d'exécuter eux-mêmes la femme adultère, après l'avoir traduite devant le tribunal de la famille : Cognati necanto uti volent.
Dans la Rome primitive, comme dans tous les pays sauvages, c'était pour avoir attenté à la propriété que l'homme adultère était puni, et le mari lésé pouvait accepter une compensation pécuniaire.
Plus tard la loi se substitua à la vengeance privée. La loi Julia décréta contre l'homme adultère la peine capitale ; contre le séducteur, la confiscation de la moitié des biens 3 ; elle enjoignit au mari, en cas d'adultère de la femme, de cesser toute cohabition avec elle, sous peine de perdre ses droits civils ; en même temps elle excluait la femme coupable de tous lès temples, même de ceux des esclaves et des étrangers.
L'antiquité pratiquait la répudiation et le divorce. La première était facile ; car Cicéron répudia sa femme Terentia pour avoir un nouveau douaire, et Auguste, voulant épouser Livie, força son mari à la répudier, quoiqu'elle fut grosse 4. Plus tard, le divorce devint si aisé que saint Jérôme parle