IV. — OPPRESSION DU POPULAIRE
Vis-à-vis du populaire, les nobles ne se gênaient guère, se tenant pour des êtres essentiellement supérieurs. Grégoire de Tours nous raconte comment se conduisit la noble escorte franque de Rigonthe, fille du roi Ghilpéric (584) : « Ils dépouillaient les chaumières des pauvres, ravageaient les vignes, emportaient sarments et raisins, enlevaient les troupeaux et tout ce qu'ils trouvaient et ne laissaient rien dans les lieux où ils passaient, accomplissant ce qui a été dit par le prophète Joél : « La sauterelle a mangé les* restes de la
i. P. Larroque, l'Esclavage chez les nations chrétiennes, p. 121.
chenille, le ver les restes de la sauterelle et la nielle les restes du ver. »
En 997, Raoul, comte d'Évreux, se mit dans une grande colère contre ses paysans révoltés ; « Il ne veut pas les mettre en jugement, dit Robert Wace ; il les rendit tous tristes et dolents. A. plusieurs, il fit arracher les dents ; les autres, il les fit empaler, arracher les yeux, les poings couper ; à tous, il fit brûler les jarrets ; il lui importe peu qu'ils se plaignent. Il en fit brûler d'autres tout vifs et d'autres furent arrosés de plomb fondu ; il les traita tous ainsi. Ils étaient hideux à regarder 4. »
Dans les incessantes guerres féodales, le vaincu de haut rang étaient souvent épargné et même traité avec égard : il s'agissait d'en tirer une bonne rançon ; mais la canaille, la piétaille, était exterminée : pas de quartier pour elle. On n'en agissait pas autrement avec les villes. Souvent on se bornait à les rançonner : c'était, en plus grand, l'application du Wehrgcld germain, mais quand elles étaient prises d'assaut, toutes les abominations s y commettaient impunément. La mise à sac comportait le vol, le viol, le meurtre, etc., pratiqués sans scrupule. L'église même n'était pas un asile respecté par ces fervents chrétiens ivres de carnage *. On commettait, comme l'a dit Byron, en décrivant le sac d'Ismaïl, « tous les excès, devant lesquels la pensée recule d'effroi, — tout ce que le corps peut commettre de coupable, tout ce que nous avons lu, ouï dire ou rêvé des calamités humaines, — tout ce que ferait le diable, s'il devenait complètement fou » (Don Juan, ch. vin, str. cxxin). S'agissait-il d'infidèles ou d'hérétiques, le délire furieux était, si possible, plus affreux encore. Les Sarrasins et les Albigeois en surent quelque