‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 29 sur 375 · La Mer libre · texte numérisé non relu

La Mer libre

C'est vous qui le savez, sublimes animaux ! »

— Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,

Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur !

Il disait: « Si tu peux, fais que ton âme arrive,

A force de rester studieuse et pensive,

Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté

Où naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.

Gémir, pleurer, prier est également lâche.

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu Rappeler,

Puis après, comme moi, soufTreet meurs sans parler! »

Dans nombre d'espèces animales, ces prodiges d'héroïsme sont ordinaires chez les femelles. Parfois cependant le mâle rivalise avec sa moitié. Audubon raconte, qu'en cas de danger menaçant le nid, l'oie mâle du Canada oblige sa femelle â fuir et, seul, fait face à l'ennemi 4.

Très puissant est le sentiment familial dans beaucoup d'espèces animales; mais là, comme dans l'humanité, la force même de l'amour de la famille restreint les' sentiments altruistes. Rien de plus naturel que [cet antagonisme moral.

« La perdrix, qui,! dit G. Leroy, est très soigneuse et très agissante pour [l'intérêt de ses petits, poursuit et tue impitoyablement tous ceux qui ne lui appartiennent pas, lorsqu'ils viennent à croiser ses recherches2 ». D'autres oiseaux ont au contraire le cœur très large. « La poule faisane, dit encore G. Leroy, a moins d'empressement pour ses enfants, abandonne ceux qui s'égarent ou la quittent, mais il suffit de la suivre pour avoir droit à ses soins et elle devient la mère commune de tous ceux qui ont besoin d'elle 3. »

J'ai surtout parlé jusqu'ici de l'amour des parents, spécialement de la femelle pour ies jeunes. C'est en effet, chez

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