Bhagavvad-Gitâ, trad. Ern. B urnouf, passim
soient moins confus quand on les prend en flagrant délit defausseté, qui soient plus indifférents aux souffrances de leurs, voisins, si ceux-ci ne sont pas de leur caste ou de leur famille ; dont la conversation ordinaire et familière soit aussi licencieuse et qui, dans les districts sauvages où les lois sont sans force, versent le sang avec moins de répugnance *. » D'après le même observateur, rien n'est plus commun dans l'Inde, que le parjure et on le considère comme une vétille ; les meurtres sont très fréquents, longuement prémédités et lâchement commis ; les femmes surtout sont sacrifiées par jalousie et les enfants égorgés uniquement pour s'emparer des bijoux qu'ils portent.
Je me suis à dessein étendu quelque peu sur la morale religieuse d'après Brahma. Cela me permettra d'être bref en parlant des autres morales religieuses. Sans doute les prescriptions varient suivant le genre de croyance, mais toujours elles ont le même caractère de déraison, de puérilité.
Un certain souffle d'humanitarisme relève moralement la religion du Bouddha. On y prêche l'égalité fondamentale de tous les hommes : « La peau, la chair, les os, la tête sont les mêmes chez tous les hommes ; les ornements seuls et lesparures font la différence *. » Religieusement parlant, la femme est l'égale de l'homme ; elle peut entrer dans les ordres, etc. Mais, comme il arrive dans la doctrine chrétienne, les maximes égalitaires du Bouddha s'appliquent bien plus à la vie spirituelle qu'à la vie réelle. D'ailleurs rien de plus méprisable que cette vie réelle ; c'est un lieu de punition ; toute existence est un mal et le bien suprême est le non-être, le nirvana. A cet anéantissement si enviable, on arrive par
i. Heber, Journal, etc , t. III, p. 355.
2. Légende bouddhique, in B. Saint-Hilaire, le Bouddhisme, p. 107.
l'ascétisme, le célibat, l'humilité, la résignation quand même, aussi par la charité animalitaire, en épargnant les animaux, même nuisibles, en rachetant des poissons péchés pour les rendre à leur élément, etc. Une légende raconte, que le Bouddha donna son corps à manger à une tigresse affamée*. Là aussi la morale a totalement perdu de vue l'utilité sociale et, dans le décalogue bouddhique, le commandement de ne pas avoir un lit trop large est aussi important que ceux de ne pas tuer, de ne pas voler, de ne pas mentir *.
La morale judaïque a moins d'envergure : elle est faite pour un petit peuple et ne se soucie ni d'animalité, ni même d'humanité. Elle a pourtant certains cotés relativement élevés, que j'ai précédemment signalés, mais ces côtés tiennent simplement au degré de développement mental où l'on était arrivé en Israël. Pour tout ce qui est clérical, le Jéhovisme est aussi absurde que le Brahmanisme.
La bible est toute semée de prescriptions atroces ou déraisonnables. Pour Jéhovah, les crimes inexpiables sont l'idolâtrie et le blasphème. Il faut lapider sans rémission quiconque vous pousse à l'idolâtrie, fût-ce jm fils, une fille, un frère, une épouse. Il faut exterminer les habitants et les animaux, détruire même les meubles des villes idolâtres ayant attiré et converti des Hébreux 3.
Le blasphémateur doit être lapidé 4, de même le sorcier 5. La mort à quiconque recourt à des magiciens6. C'est de la justice à la mode des nègres de l'Afrique centrale. Jébovah ressemble aussi à certaines idoles des riverains du Niger par
i . B. Saint-Hilaire, Le Bouddha, p. 89.