Épictète, Maximes (éd. Tampucci
dans celle-ci : « J'aime toujours mieux ce qui arrive, étant persuadé que ce que les dieux veulent est meilleur pour moi que ce que je veux f . » Il est d'ailleurs bien entendu que l'homme est libre ; son moi est une entité distincte et détachée des organe$ : « Je suis boiteux, voilà un empêchement pour mon corps, mais, pour ma volonté, point du tout *. » « Les choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature ; rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle 3. »
Pourtant, sur d autres points, les stoïciens avaient rompu avec la métaphysique. C^rysippe n'accordait la vie future qu'aux âmes d'élite ; Épictète affirmait la mortalité de l'Ame; il admit que la méchanceté est une maladie : « On a pitié des aveugles, des boiteux... Les méchants aussi sont aveugles malgré eux 4. » Pour lui, les habitudes ne peuvent être vaincues que par des habitudes contraires 5. Enfin, selon les stoïques, il fallait non pas punir, mais prévenir le crime.
Sans songer à aucun paradis, Epictète en était arrivé à une morale pratique, fort analogue à la morale chrétienne. Il recommande le célibat, au moins la chasteté avant le mariage 6. Pourtant il veut que l'on soit indulgent pour les faiblesses de ce genre7, mais il blâme énergiquement l'adultère; le commettre, dit-il, c'est se ravaler au niveau des singes et et des loups 8.
Ce qui, par exemple, n'a rien de chrétien dans le stoï-
Cpiclète, Maximes
(éd.
Tampucci),
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.,
Lktourneau. — L'évolution de la morale. 28
cisme, c'est le souci de la propreté. « La propreté, dit Epie-
tète, est pour le corps ce que la pureté est pour l'âme *. »
Mais le trait qui rend particulièrement estimable, parfois admirable, la morale stoïcienne, c'est sa dignité, son inflexible fierté. La volonté du stoïque est un ressort toujours tendu et c'est sûrement ce perpétuel effort de la volonté qui donna aux stoïques l'illusion du libre arbitre. Les maximes stoïciennes étaient souvent déraisonnables, par exemple, celles qui déclaraient égales toutes les fautes, petites ou grandes, à la mode draconienne. Mais enfin la doctrine fleurit surtout à une époque lamentable, où, suivant l'expression de Tacite, la vertu était une sentence de mort, et elle fut le refuge des quelques nobles caractères, protestant encore contre l'abjection générale.
Les derniers Romains n'avaient que trop conscience de leur parfaite impuissance individuelle, aussi Épictète déclaret-il hautement que les philosophes sont en tout soumis au prince, ne songent ni n'enseignent à se révolter contre lui2. Les stoïques n'ont d'énergie que pour la résistance passive, mais là ils sont à la fois nobles, héroïques et délicats : e D y a des gens, dit Epictète, pour qui tendre le vase de nuit à un maître vaut mieux que de mourir de faim. Il y en a d'autres à qui cela serait insupportable : Examine ce que tu vaux 3. »
« Il ne iaut avoir peur ni de la pauvreté, ni de l'exil, ni de la prison, ni de la mort ; mais il faut avoir peur de la peur 4. »
« Ce que Socrate dit et fit en refusant de se sauver et en