‹ L'évolution de la morale; leçons professées pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 94 sur 375 · Ellia, Polynesian Researches, t. III, p · texte numérisé non relu

Ellia, Polynesian Researches, t. III, p

3. Cook, Premier voyage (Iîist univ. des voyages, t. V, p. 253;.

se renouvelaient invariablement. Des pirogues chargées de femmes voguaient vers le vaisseau, et les passagères trafiquaient de leurs personnes pour un clou, une plume rouge, une chemise, un miroir, un colifichet quelconque. Les hommes, pères ou frères, souvent les maris, leur donnaient au départ des instructions relativement au prix qu'elles devaient demander. Celles qui n'avaient pu trouver place dans les embarcations gagnaient le navire à la nage et grimpaient, toutes nues, non seulement sur le pont, mais même dans la mâture *. Dans les promenades ou visites, que faisaient les officiers européens à terre, constamment les femmes ou s'offraient elles-mêmes, ou étaient offertes par les ayants droits. « Ils ne comprenaient pas, dit Bougainville, l'embarras que nous en éprouvions. »

Rien ne serait plus facile que de citer à ce propos un grand nombre d'incidents curieux, d'anecdotes piquantes. Je m'en tiendrai là. La brève description, que je viens de donner de ces mœurs singulières, suffit à prouver que les Polynésiens, c'est-à-dire toute une race humaine1 étaient étrangers au sentiment de la pudeur. Or, il ne s'agit pas ici de gens stupides, comme les Mélanésiensinférieurs d'Australie et de Tasmanie. La race polynésienne était enfantine, mais intelligente. Certains de ses représentants, les Havaïens, par exemple, se sont plies avec une remarquable facilité à la civilisation européenne, qui d'ailleurs les tue. Néanmoins, sur ce point particulier, les Polynésiens avaient conservé toute l'absence de scrupule des animaux et des populations absolument primitives.

Des traits du même genre ont été signalés chez quantité de peuplades inférieures : les Hottentots traitent leurs femmes comme des animaux, et les prêtent sans scrupules aux étran-

Page 1